Interview de Huguette Chomski Magnis, présidente du Mouvement Pour la Paix et Contre le Terrorisme (MPCT)

Riposte Laïque : Comment as-tu réagi à l’assassinat de Benazir Bhutto ?
Huguette Chomski Magnis :
Avec indignation mais sans surprise. Je ne pense pas qu’il faille faire d’elle une icône mais on doit saluer le grand courage d’une femme qui a refusé de plier devant la menace.
On a voulu tuer LA FEMME, celle qui osait décider, agir et se montrer. D’autres femmes courageuses sont en danger, elles doivent être protégées, à commencer par Taslima Nasreen !
On a voulu interdire toute ouverture du Pakistan à la démocratie.
Et puis cet assassinat s’inscrit dans le développement effroyable du terrorisme dit suicidaire. Même si sa portée symbolique et politique est infiniment plus grande, humainement, la mort de Benazir Bhutto n’est pas plus condamnable que celle des centaines de civils anonymes emportés au Pakistan par cette vague mortelle.
L’assassinat politique est vieux comme le pouvoir. Mais, quelles que soient les zones d’ombre, les interrogations sur le degré de responsabilité du clan Musharraf, la mise à mort de Benazir Bhutto est avant tout marquée par le contexte de la montée de l’islamisme au Pakistan. Une chaîne sanglante relie les assassinats de Daniel Pearl et de Benazir Bhutto.
Riposte Laïque : Peux-tu nous dire quand est née l’association que tu présides, et quelles en sont les forces qui soutiennent et animent ce mouvement ?
Huguette Chomski Magnis :
Nous sommes enfants du 11 septembre. L’idée a germé en 2002, l’association Loi de 1901 est née en 2003. Il devenait flagrant que la question du terrorisme n’était pas prise en charge par les organisations se réclamant de la paix et des droits de l’homme. Un vide qu’il fallait combler. Il existe en France une association de victimes du terrorisme vraiment pionnière, SOS Attentats, qui accomplit un travail exemplaire pour défendre les droits des victimes d’attentats. Mais devant la prégnance croissante de la question politique du terrorisme au plan mondial et l’inadéquation des réponses apportées, on a voulu créer une association citoyenne et militante car le terrorisme ne concerne pas que ses victimes.
Ni à son origine ni aujourd’hui, il n’y a de forces politiques qui animent notre association.
Aussi curieux que cela puisse paraître, au départ du MPCT il y a eu deux enseignantes de Seine Saint Denis, effarées par certaines réactions après le 11 septembre : les-Américains-n’avaient-eu-que-ce-qu’ils-méritaient. Quant au Proche-Orient, on nous assénait sans honte que les attentats « suicides » commis contre les civils israéliens n’étaient pas-du-terrorisme-mais-de-la-résistance. On s’est révoltées contre la doxa et les tabous, estimant qu’il fallait défendre becs et ongles les valeurs universelles, refuser l’indignation sélective et condamner les actes terroristes quelle que soit la cause qu’ils étaient censés servir.
On s’est appuyés sur les rapports successifs d’Amnesty International, Human Rights Watch et Médecins du Monde sur les attentats « suicides » en Israël, rapports qui furent passés sous la table car ils dérangeaient.
L’expression association citoyenne est très galvaudée mais c’est vraiment ce que nous sommes, avec des membres venant d’horizons très divers. Nous restons farouchement indépendants, persuadés que c’est une force mais conscients qu’ organisationnellement c’est une faiblesse qu’il nous faut surmonter.
Riposte Laïque : Que réponds-tu à ceux qui disent que vous ne visez que l’islam politique, dans votre action ?
Huguette Chomski Magnis :
On ne s’est pas réveillés en disant « tiens, si on visait l’islam politique ? » C’est l’islam politique ou islamisme qui vise l’humanité avec une pratique terroriste au service d’un projet impérialiste.
Notre objet c’est la condamnation du terrorisme. Si demain une autre idéologie que l’islam politique mettait la planète à feu et à sang par des attentats systématiques et massifs, par le chantage, la menace, les prise d’otages et les assassinats barbares, se poserait la question de la combattre. La bataille des idées, c’est la réalité qui la façonne. Et elle se mène d’abord sur le terrain. Elle doit aller du modeste plan local au plan médiatique et international, en débusquant le soutien moral au terrorisme sous ses diverses formes.
Riposte Laïque : Quelles actions avez-vous menées, en France et dans toute l’Europe, depuis la création de votre association ?
Huguette Chomski Magnis :
On a soutenu et participé à toutes les manifestations qui nous semblaient aller dans le sens de la défense des droits humains universels et de la condamnation du terrorisme. Avec toujours pour objectif des ripostes unitaires, fédératrices et libres de toute intrumentalisation. Elles font le plus souvent défaut. On l’a encore vu lors de l’épisode de la visite de Kadhafi.
Nous, nous appelons toujours à l’unité des organisations démocratiques sur un point précis, par-delà les clivages. Par exemple, fin 2004 nous nous sommes engagés à tout faire pour que la campagne Darfour commence enfin en France et qu’un Collectif Urgence Darfour unitaire voie le jour, ce qui s’est concrétisé début 2005.
Nous relayons toutes les initiatives qui nous semblent justes comme la pétition des intellectuels arabes demandant que les responsables d’attentats suicides soient jugés par la justice internationale y compris les auteurs de fatwas légitimant ces actes. Elle avait été scandaleusement ignorée. Nous y avons répondu en lançant le Manifeste Ensemble Contre la Terreur qui a été signé par des personnalités et des citoyens de toutes tendances et qui a été adressé à l’ONU. Ensuite nous avons concentré notre intervention sur l’exigence de justice des victimes d’attentats, le refus de l’impunité des commanditaires et le soutien aux plaintes déposées contre les organisations terroristes avec la pétition Justice pour toutes les victimes civiles d’attentats.
Frappés par le fait que le terrorisme, bien qu’omniprésent, était un thème absent du débat politique de la campagne présidentielle, on a interpellé les candidats et obtenu les réponses de deux d’entre eux. (1)
Enfin, depuis 2004, nous organisons le 11 septembre un rassemblement en hommage à toutes les victimes d’attentats. En septembre dernier, de nouvelles associations, très diverses, y ont appelé.
Et surtout nous avons réalisé l’objectif que nous nous étions fixé : la tenue à Paris d’une Conférence Internationale Contre le Terrorisme.(2) Pas une énième conférence SUR le terrorisme mais une conférence CONTRE le terrorisme, qui a rassemblé des intervenants de grande qualité, pour la réflexion et l’action. Elle a réuni à la fois des citoyens et des associations d’une extrême diversité, de France et de l’étranger. A la fois des associations de victimes d’attentats venus d’Algérie, d’Espagne, d’Israël et des associations démocratiques et de défense des droits humains, en particulier l’équipe du Manifeste de Euston en Angleterre. Toutes rassemblées, dans leur diversité, sur un objectif précis : la condamnation du terrorisme/des organisations terroristes et la défense de toutes les victimes d’attentats.
Riposte Laïque : Quelles sont vos prochaines échéances, et que peuvent faire nos lecteurs pour vous aider ?
Huguette Chomski Magnis :
Notre toute prochaine conférence a lieu le 9 janvier. (3)
Avec Malka Marcovich, auteure du rapport pour la LICRA sur le Nouveau Conseil des Droits de l’Homme et la Route vers Durban II, nous réfléchirons à ce que l’on peut mettre en oeuvre ensemble pour contrer l’offensive des relativistes/alliés objectifs du terrorisme à l’ONU. Durban II s’annonce pire encore que n’a été Durban I. L’assimilation du blasphème et de la critique de la religion à du racisme, le concept d’islamophobie, cela signifie l’antiracisme pris en otage, défiguré et la liberté d’expression gravement menacée.
Ce que les lecteurs de Riposte Laïque peuvent faire pour nous aider ?
Tout ! Lire nos documents, visiter notre site (4), nous écrire, dialoguer avec nous, diffuser nos messages.
Nous renforcer en adhérant à notre Mouvement. Nous soutenir financièrement pour que le manque de moyens cesse d’ entraver notre intervention.
Et bien sûr, que Riposte Laïque participe à nos réunions et à nos journées internationales, comme tu l’as fait le 11 septembre dernier, Pierre.
Car nous sommes à un tournant : après la Conférence internationale Contre le Terrorisme du 11 septembre dernier, nous avons décidé de jeter les bases de l’Alliance Internationale Contre le Terrorisme. Pas une internationale de victimes du terrorisme mais un mouvement international de la société civile qui puisse rassembler associations de victimes et associations de défense des droits humains. La solidarité avec les victimes d’attentats ne doit pas être une formule creuse. Mais développer une telle alliance implique de pouvoir assurer les traductions en temps réel, les contacts réguliers, les voyages, les interventions aux différents congrès et conférences qui se tiennent de par le monde, sur le terrorisme et la défense des victimes. On en est loin. Il nous faut bâtir une vraie ONG internationale qui puisse lutter pied à pied, faire entendre dans l’opinion et à l’ONU une autre musique que celle des relativistes, des pro-islamistes et défenseurs des terroristes.
Propos recueillis par Pierre Cassen
(1) Ségolène Royal et François Bayrou.
(2) Les actes de la Conférence Internationale Contre le Terrorisme – Paris 11 septembre 2007, bulletin à commander à mpctasso@aol.com
(3) Conférence-Débat le 9 janvier 2008 à 19 h : ONU, quelle stratégie face au terrorisme ? Lutte ou compromis ? Avec Malka Marcovich, historienne, consultante internationale. Paris 3°. Réservation obligatoire à mpctasso@aol.com ou 06 66 26 42 23
(4) www.mpctasso.org

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