Islam et démocratie : l’impossible alchimie !

Publié le 12 décembre 2011 - par - 889 vues
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Des élections démocratiques ont eu lieu dans trois pays arabes : Tunisie Égypte et Maroc.

La Tunisie fut le premier à être secoué par le « printemps arabe », puis ce fut l’Égypte .Les Tunisiens ont chassé Ben Ali et les Égyptiens ont fait fuir Moubarak. Le Maroc garde son roi qui a organisé des élections afin de sauvegarder son pouvoir.

Dès les premiers signes des révoltes tunisiennes et égyptiennes, nous avions exprimé notre inquiétude vis-à-vis de ces mouvements et le potentiel retour en force des islamistes. Nous avions hélas raison. Les premiers résultats  placent en tête dans chacun de ces pays des partis islamistes.

En Tunisie c’est Ennhada (41%), au Maroc c’est la Parti de la Justice et du Développement (41%), et en Égypte ce sont les Frères Musulmans, suivi de près par les salafistes (65 %à eux deux).

Nous ne pouvons pas contester ces résultats puisque le vote s’est déroulé de façon démocratique même si ces percées d’islamistes sont très inquiétantes.

Comment peuvent s’expliquer ces montées des partis religieux ? Tout d’abord n’oublions pas que l’islam n’est pas une religion comme les autres mais avant tout un système politique qui veut régir tous les aspects de la vie quotidienne, de la naissance à la mort en passant par le mariage, la nourriture ou la façon de se vêtir. Tous les partis islamiques se référent à la charia.

Le 3 décembre  Jeannette Bougrab, déclarait  qu’il n’existe pas d’« islamisme modéré » et que des lois fondées sur la charia, la loi coranique, sont « nécessairement une restriction des droits et libertés ». Elle réagissait aux succès électoraux des islamistes au Maroc, en Tunisie et en Égypte « Il n’y a pas de charia light’. Je suis juriste et on peut faire toutes les interprétations théologiques, littérales ou fondamentales que l’on veut, mais le droit fondé sur la charia est nécessairement une restriction des libertés, notamment de la liberté de conscience. (…) Je réagis en tant que citoyenne, en tant que femme française d’origine arabe. »

Jeannette Bougrab a été vertement tancée par Jean-Paul Faugère, le directeur du  cabinet de François Fillon. Il lui a reproché de remettre en cause la politique étrangère de la France, allant jusqu’à l’accuser de « haute trahison »! Alors qu’Alain Jupé ministre des affaires étrangères lui défend le concept d’islamiste modéré…L’ Europe avait parlé de subventions pour les pays arabes touchés par le fameux printemps  pour aider au processus démocratique et défendre les droits de l’homme… Maintenant que les islamistes vont être au pouvoir, l’UE va –t elle verser ces subventions ? Les affaires commerciales passent bien avant le droit des femmes.

Une autre raison de ces percées islamistes est le très fort  sentiment d’appartenance à une communauté (la ouma). Cette appartenance à la communauté s’est traduite en France par un vote des Tunisiens à 40% pour les islamistes. Il y a aussi une revendication importante d’identité culturelle .Par exemple en Tunisie, pour le leader du parti islamiste, Rached Ghannouchi interviewé à la radio Express Fm, l’utilisation courante du français chez les Tunisiens  représente un danger pour l’identité arabe de ces derniers. Loin de se réjouir d’une nation bilingue, le leader islamiste déplore que la société tunisienne soit « devenue franco-arabe, c’est de la pollution linguistique » a t-il ajouté.

Autre point important, c’est le rôle social qu’ont joué les associations islamistes durant les périodes de dictature. C’étaient les islamistes qui aidaient quotidiennement les « pauvres »en fournissant alimentation, soins ou participation à la vie financière. Là où l’état ne remplissait plus ses fonctions régaliennes  les islamistes étaient présents , les électeurs s’en sont souvenu.

Dernier point pouvant expliquer cette montée des islamistes c’est  le taux très élevé d’analphabétisme dans ces pays, en Tunisie 19%, au Maroc 32% et en Égypte 45 % dans les zones rurales. Imaginons la scène  lors des élections : à combien de personnes a t- on montré ou donné le bon bulletin de vote ? Mais hélas ce n’est pas en amenant au pouvoir des islamistes que l’alphabétisation régressera surtout pour les  femmes.

Nous avons en tête la conduite des talibans envers les écoles réservées aux filles. Parce qu’une fille sachant lire représente un danger potentiel pour un dogme qui l’asservit aux hommes les talibans ont détruit des centaines d’écoles ces dernières années, la plupart pour filles.

En Tunisie des militants tentent d’imposer la légalisation du niqab, le voile intégral islamiste, dans les universités. Des hommes barbus traînent dans les rues et frappent à coups de bâton ceux qu’ils perçoivent comme différents de leur secte, terrifiant les femmes et les jeunes. Des communiqués laissent entendre que la Tunisie pourrait créer un comité de promotion de la vertu et de prévention du vice. Adil El Almi, fondateur de ce comité, affirme  que la création d’une police religieuse est devenue « indispensable » dans le pays, une police religieuse comme en Iran surement. Ce comité a protesté contre la nomination d’Iqbal Gharbi au poste de directrice de la station religieuse de radio Zaytouna. La reprise en main des femmes est en route, d’ici peu toutes les Tunisiennes devront porter le voile et se soumettre.

Nous qui vivons dans une  démocratie laïque  sommes étonnés du résultat de ces élections qui à nos yeux représente un recul pour le droit des femmes et une soumission à une religion .Nous oublions notre histoire. La démocratie ne s’est pas faite en un jour .Après l’abolition de la royauté en 1789, nous avons vécu deux empires, une restauration, plusieurs républiques. Le droit de vote pour les femmes ne date que de 1947 et la constitution reconnaissant une République démocratique, laïque et sociale de 1958.

Regardons l’Iran. Après la fuite du Shah (1979), les iraniens pensaient accéder à une république, mais les religieux sont arrivés et ont pris les choses en main en éliminant toute opposition et depuis le peuple iranien malgré plusieurs tentatives de révolte subit un régime autoritaire théocratique.

Le chemin sera long aussi pour les peuples arabes avant qu’ils arrivent eux aussi à une véritable démocratie. La seule solution pour eux sera qu’ils se libèrent de l’emprise de leur religion .Tant qu’ils se soumettront à une idéologie religieuse ils ne pourront pas progresser. Le jour où les caricatures de Mahomet seront tolérées dans les pays arabes, le jour où les musulmans feront une critique de leur religion, le jour où ces pays voteront une loi reconnaissant la séparation du pouvoir politique et de la religion, reconnaissant la liberté de conscience et de croyance ils auront accompli un grand pas vers la liberté mais je doute fort que ce jour arrive bientôt.

Marie-José LETAILLEUR

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http://lebloglaicdechamps.over-blog.com/

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