Islam, immigration : où sont passées les idées d'antan de l'UMP?

Le 5 avril 2011 devrait avoir lieu un débat sur la laïcité organisé par l’UMP.  L’intitulé initial était débat sur la laïcité et place de l’islam, avez-vous remarqué comment la phraséologie politique a évoluée ? Comme on pouvait le subodorer, la deuxième partie « place de l’islam »a disparu et on en vient à l’essentiel c’est-à-dire une modification de la loi de 1905, idée chère à Nicolas Sarkozy.
Malgré les diverses prises de position opposées à ce débat, il aura bien lieu entre membres de l’UMP et on aboutira à un détricotage parfaitement organisé d’un principe fondamental de la Constitution Française : article 1 : la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale .
Nous assistons à une tentative de putsch anticonstitutionnel, je m’explique  : un parti politique est entrain de modifier la Constitution Française sans que cela n’éveille le moindre tollé. Les autres politiques se taisent et laissent faire par démagogie ou clientélisme . D’ici peu aurons-nous droit à un débat et des modifications des autres adjectifs qualifiant notre République?
Alors que l’ensemble de la société française est attachée à la laïcité ,le 5 avril 2011, Jean-François Copé, le snipper de Sarkozy va proposer des modifications non des moindres :
« Imaginons ensemble que les fidèles disposent de lieux de culte à taille humaine, en nombre suffisant et financés dans le respect de la loi de 1905. Imaginons des ministres du culte formés en France et attachés à nos valeurs. Imaginons un Code de la laïcité, connu et respecté de chacun, car rappelant à tous les règles indispensables dans nos rues, nos écoles, nos entreprises… » (1)
En bref cela veut dire financement des mosquées sur les deniers publics , formation des imams , je rêve et adaptation de la laïcité pour une seule religion l’islam.
Le 31 mars et le 1er avril 1990 à Villepinte, se tinrent les « états généraux de l’opposition » RPR-UDF sur l’immigration.
Les participants à ces états généraux du siècle dernier étaient jeunes et peu connus . Je vous donne quelques nom en vrac :Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac, Michèle Alliot-Marie, Roselyne Bachelot, Alain Juppé, Gérard Longuet, mais aussi… François Bayrou. C’est Nicolas Sarkozy lui-même qui a cosigné (avec Alain Ma­delin) la préface du compte rendu de 39 pages publié à cette occasion. Ces jeunes loups politiques ont fait du chemin depuis 1990 et se trouvent maintenant à la tête de la France.
Ces politiques d’alors optaient pour un positionnement clair par rapport à l’islam :  » l’islam n’apparaît pas conforme à nos fondements sociaux et semble incompatible avec le droit français » .
Quant à l’organisation d’un islam en France , la réponse de l’époque était limpide : « ce n’est pas aux pouvoirs publics d’organiser l’islam « . «  On n’intègre pas des communautés mais des individus « .« Il convient de s’opposer […] à toute tentative communautaire qui viserait à instaurer sur le sol français des statuts personnels propres à certaines communautés ». Quelques années plus tard le Ministre de l’Intérieur et des Cultes créait le CFCM ,en totale opposition à ces déclarations fracassantes.
En ce temps -là , la Ligue des Droits de l’Homme , le MRAP et autres associations n’avaient trouvé rien à redire.
Je parlerai maintenant des déclarations concernant l’immigration et la préférence nationale: » la France ne doit pas être considérée comme un simple espace géographique sur lequel plusieurs civilisations pourraient coexister «  et certains se demandaient « s’il ne convient pas de réserver certaines prestations sociales aux nationaux  » .
 » On ne peut tolérer que des clandestins puissent rester en France. […] Il faut tout mettre en œuvre pour que les décisions de reconduite à la frontière soient effectives ». »La très grande majorité des dossiers déposés à l’Ofpra [Office français de protection des réfugiés et apatrides, NDLR] s’avère injustifiée (de l’ordre de 90 %), ces demandes n’étant qu’un prétexte pour bénéficier des avantages sociaux français ». Même les étudiants étrangers ne sont pas épargnés : « Il faut conditionner le séjour des étudiants étrangers en France à un déroulement normal du cursus universitaire : le titre de séjour doit être renouvelé annuellement en tenant compte des résultats obtenus » (2).
Tous les militants RPR de l’époque approuvaient sans réserve cette ligne. Toutes les propositions citées ci-dessus sont restées lettre morte.
Pour mémoire en 1990 , Michel Rocard , alors Premier Ministre, avait lui aussi parlé d’immigration en précisant que la France ne pouvait pas accueillir toute la misère du monde.
Dans la situation actuelle de crise économique , avec un chômage important et des difficultés financières, l’ensemble des Français est préoccupé par la présence croissante d’immigrés et leur non-intégration dans la société civile. Les Français espèrent des résultats et non des paroles suivies d’aucun effet.
Alors comment s’étonner que des électeurs UMP aient donné leur voix au candidat Front National lors des élections cantonales de mars 2011 car ces thèmes ne sont que la reprise des suggestions de 1990 alors que désormais de tels propos sont considérés comme fascistes ,racistes et xénophobes.
L’UMP a donc changé et a renié une bonne partie de ces propositions et l’UMP le paiera doublement par la perte de son électorat et de ses mandats . La Gauche elle -aussi est en mauvaise posture , car à force de minimiser ces thématiques , elle désespère ses électeurs qui eux aussi se tournent vers le Front National.
Le courage c’est de poser les problèmes et de tenter de trouver des solutions .Nier l’immigration , nier le problème posé par l’islam de plus en plus visible ne fait que creuser le fossé entre les élites politiques bien-pensantes et le quotidien vécu par les citoyens de bases. Le taux d’abstention considérable aux dernières élections est une façon de tirer la sonnette d’alarme.
Messieurs les politiques occupez -vous de nos sujets d’inquiétude , écoutez ce que veulent les Français. Réaffirmez que le vivre ensemble à la française est toujours possible mais dans le le respect des valeurs républicaines. Dites haut et fort ,au risque de déplaire à une minorité, mais peu importe, que la Loi de 1905 doit être respectée et en aucun cas modifiée.
Marie-José Letailleur
1 Copé : Lettre à un ami musulman
2 Immigration : quand la droite était (très) à droite

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