Islam(isme) et musulmans

Dans un article de Riposte Laïque, Jean Pavée nous dit : « Je suis donc certain que pour qu’un débat serein et lucide puisse réellement débuter, il faut éclaircir aux yeux de nos concitoyens, l’emploi des termes « islam » et « musulman ». C’est une tâche prioritaire à effectuer, si nous voulons remporter ce combat culturel qui sauvegardera notre laïcité. Il me semblerait donc utile que dans les prochaines semaines, vous approfondissiez et vous vous interrogiez sur ce que ces termes recouvrent. » (1)
Entièrement d’accord ! Et tout bon amateur de la langue française, j’en reviens aux définitions des dictionnaires. Le Petit Larousse actuel nous dit :
– islam (sans majuscule) : religion des musulmans ;
– Islam (avec majuscule) : le monde musulman, la religion qui le caractérise (2) ;
– musulman (comme nom) : qui professe la religion islamique ;
– islamique : relatif à l’islam.
C’est donc le serpent qui se mord la queue : l’islam serait la religion des musulmans, définis comme professant l’islam.

Il faut donc aller plus loin : la partie encyclopédique du Petit Larousse nous dit que l’islam a été fondé au 7ème siècle par Mahomet, et qu’il est basé sur le Coran, supposé révélé par Allah à ce fondateur considéré comme prophète, ainsi que sur l’exemplarité des dires et actes de celui-ci (la Sunnah). Peu importe dès lors la vérité historique de cette fondation, ce qui compte, c’est que l’islam en tant que dogme, religion et système politique, c’est, pour les croyants, le Coran et Mahomet, tout le Coran et tout Mahomet. Coran et Mahomet dans toutes leurs composantes, y compris les plus abjectes (charia, sexisme, guerre sainte, haine des incroyants, razzias, etc.)
Le mot « islamisme » était, dans son ancienne acception, un synonyme du mot « islam » : islamisme = islam. Puis, depuis quelques décennies, il désigne un islam dit « radical », « fondamentaliste », « intégriste », « politique ».
Or ces qualificatifs n’apportent aucune modification au mot « islam », bien au contraire :
– « radical » veut dire : qui retourne aux racines de l’islam, donc au Coran et à Mahomet ;
– « fondamentaliste » veut dire : qui retourne aux fondements de l’islam, donc au Coran et à Mahomet ;
– « intégriste » veut dire qui applique l’islam d’une manière intégrale, donc celle définie par le Coran et par Mahomet ;
– Quant à « politique », l’islam l’est dans le Coran et par l’exemple de chef d’Etat donné par Mahomet et on n’a pas attendu les wahhabites pour appliquer la « politique » islamique en terre d’islam.
L’acception moderne du mot « islamisme » ne sert donc qu’à nous faire croire au mythe d’un islam modéré, voire d’un Coran et d’un Mahomet « progressistes » qui n’existent que dans l’imagination d’une Caroline Fourest, d’un Nicolas Sarkozy ou d’un Dalil Boubakeur. L’islamisme, c’est l’islam, et inversement. L’acception moderne du mot « islamisme » comme une déviance de l’islam, comme opposé à l’islam, n’est qu’une rhétorique servant à éluder les problèmes posés par l’idéologie musulmane en elle-même.
Après l’islam(isme), intéressons-nous aux musulmans. On nous dit que ce sont les gens qui « professent » l’islam. Mais il y a des degrés dans cette « profession » : Mohamed Sifaoui ou Oussama Ben Laden « professent » tous deux l’islam, mais pas de même manière, pas dans le même degré. Ceux qu’on appelle « musulmans modérés » ont abandonné peu ou prou la charia et autres horreurs du Coran et de Mahomet. Ce sont en quelque sorte des croyants et pratiquants à géométrie variable, ne gardant de l’islam que ce qui les arrangent.
Le mot « musulman » désigne également à tort ceux que j’appelle les « nés musulmans », ou les « musulmans malgré eux » : ils sont musulmans non par choix mais parce qu’ils sont nés en terre d’Islam (avec une majuscule, c’est à dire dans le « monde musulman »), ou tout simplement dans une famille qui se dit musulmane. C’est cette acception qui fait dire qu’il y aurait un milliard ou plus de « musulmans » dans le monde, ou 6 millions en France, alors que la quasi-totalité d’entre eux n’ont pas choisi librement de « professer » l’islam. Ces « malgré nous » de l’islam sont donc des musulmans forcés, et on arrive à des aberrations où, dans des sondages sur les « musulmans de France », une partie déclare… être athée !
Ce phénomène est d’autant plus important qu’on « naît » automatiquement musulman quand on a un père réputé musulman, et ainsi de suite de génération en génération ; il n’y a pas de sacrement de « baptême » en islam pour les nouveau-nés ou les enfants, sacrement qui vous ferait entrer dans la « oumma » : on y est d’office, on est musulman dès la naissance.
Pire encore, selon l’islam, tout le monde « naît » musulman. C’est important pour expliquer la vision que les musulmans ont des non-musulmans, et c’est pourquoi quand l’un de ceux-ci embrasse l’islam, ils ne parlent de conversion proprement dite, mais de « reconversion ». Pour les musulmans, tout non-musulman est fondamentalement un traître de son divin créateur supposé, et cette théorie permet à l’islam de s’approprier Abraham, Moïse, Jésus et tous les autres « prophètes » du judaïsme et du christianisme : ils sont de bons monothéistes, ils sont soumis à Dieu, donc ils sont « musulmans ». En ce qui concerne Jésus, ils opposent cette qualité de « prophète » à celle de « Fils de Dieu », qu’ils refusent absolument.
Ainsi, la quasi-totalité des présumés « musulmans », en France comme dans le monde, n’ont pas choisi leur religion, qui leur est imposée dès la naissance et dont ils ne peuvent sortir sous peine de mort civile et sociale (ou de mort tout court dans certains pays). Et heureusement, les musulmans, dans leur grande majorité, n’observent pas les dogmes les plus abjects de l’islam, ce qui ne veut pas dire que ces dogmes n’existent pas dans le Coran et dans la biographie du « beau modèle » Mahomet.
Osons une comparaison avec le christianisme. La doctrine chrétienne est basée sur les Evangiles, qui disent entre autres (je cite de mémoire), d’aimer ses ennemis ou de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Les gens qui se disent chrétiens mais qui n’appliquent pas ces principes « intégristes » sont légion, et vous en connaissez certainement autour de vous, qui vont pourtant à la messe le dimanche. Ce sont des « chrétiens modérés » !
Par conséquent, il n’y a pas d’islam modéré et la différence entre islam et islamisme est artificielle. Il y a par contre des musulmans plus ou moins intégristes (c’est-à-dire qui appliquent intégralement l’islam), avec des degrés très nombreux qui vont… du quasi-apostat jusqu’au jihadiste. Les « musulmans modérés » n’appliquent pas « modérément » l’islam (par exemple en battant « modérément » leurs épouses ou en tuant « modérément » les apostats) : ils « oublient » volontairement (et heureusement) d’appliquer certains préceptes de l’islam, mais cela ne change rien à la nature de cette religion politique et civile.
Il n’y a donc pas d’« islam modéré ». Pas plus que d’« islam laïque » ou « républicain », puisque l’islam est fondamentalement en désaccord avec la laïcité et les valeurs de la République. Il n’y a que des musulmans qu’on appelle « modérés » et qui sont soit des « malgré nous » de l’islam, soit des « nés musulmans » qui rejettent certains dogmes de leur islam pour des raisons tout à fait louables, qui vont de la peur du gendarme à la reconnaissance implicite d’un humanisme universel.
Les musulmans dits « modérés » n’arriveront donc jamais à résoudre cette impossible équation : nous faire croire que « leur » islam serait modéré, et oser reconnaître qu’ils rejettent volontairement de nombreux préceptes de l’islam contenus dans « leur » Coran et prônés par « leur » Mahomet.
Roger Heurtebise
(1) http://www.ripostelaique.com/Sur-les-sens-d-islam-et-de.html
(2) dans ce sens, l’Islam est à l’islam ce que la Chrétienté est au christianisme.

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