Israël : le mouvement des tentes et l’archaïsme ultra-orthodoxe juif

Publié le 25 juillet 2011 - par - 756 vues
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Un mouvement citoyen a démarré depuis deux semaines à Tel Aviv. En quelques jours il a atteint tout le pays. On l’appelle la « révolte » ou le « mouvement des tentes ». Tout a commencé par la colère de quelques citoyens et, c’est devenu une habitude aujourd’hui, par une page facebook.

Pour lutter contre la vie chère et l’inflation terrible des prix de l’immobilier, un groupe de jeunes Israéliens ont appelé leurs concitoyens à installer des tentes sur l’une des plus belles avenues de Tel Aviv, le boulevard Rotschild. Coordonnés, le jeudi 14 juillet (pendant que je regardais le défilé sur TV5), des centaines de protestataires ont planté des tentes avec la ferme intention de ne pas bouger jusqu’à ce que le gouvernement prenne des mesures sérieuses. (Voir à ce sujet mon article sur mon blog-notes).

Le mouvement combine de véritables problèmes — la pénurie de logements, une inflation de 35% en trois ans dans l’immobilier, la hausse insoutenable des prix de produits de première nécessité — et quelques exagérations récupérées ou appuyées par l’extrême gauche israélienne, très présente à Tel Aviv et populaire auprès des jeunes naïfs, des classes aisées et de l’establishment ashkénaze.

En se baladant boulevard Rotschild et aujourd’hui dans tout le pays, on croise aussi bien des types sympathiques, des excités d’extrême gauche, de la bonne bouffe improvisée, un jeune mouvement qui se fait appeler la ‘’gauche nationale’’, et quelques junkies.
Ce serait presque un mouvement citoyen qui n’aurait pas sa place dans les colonnes de Riposte laïque, si les juifs ultra-orthodoxes n’y avaient pas mis leur grain de sel.

Officiellement le parti Yaadout Hatorah (Judaïsme unifié de la torah) — un parti ultra-orthodoxe ashkénaze constitué uniquement d’hommes habillés en caftans noirs, avec chapeaux noirs et papillotes —, par la voix de son député Israel Eichler, a déclaré soutenir le mouvement, mais a décidé de ne pas s’y joindre. Motif invoqué : ‘’Une présence permanente ultra-orthodoxe dans les protestations à Tel Aviv contre les prix immobiliers retourneraient les médias laïques contre le mouvement’’ (Source : Jpost). Les ultra-orthodoxes ont au moins conscience que leur mode de pensée archaïque, leur mode de fonctionnement fondé sur la tradition rabbinique juive (en fait surtout sur les décisions auxquelles ils se rattachent), ou leur politique antisioniste et antidémocratique insupportent les démocrates laïcs, de droite et de gauche.

Malgré ces précautions, certains ultra-orthodoxes ont rejoint les protestations dans les villes ultra-orthodoxes et ont expliqué pourquoi aux médias. L’occasion pour nous d’apprécier l’archaïsme de ce mode de vie ultra-traditionnel, très influent sur la démographie (voir notre article Israël et la laïcité : la menace démographique) et qu’il partage en partie avec les islamistes (même s’il faut reconnaître que ces derniers font plus forts partout dans le monde, et pas uniquement dans les pays d’Islam, ce qui fait déjà beaucoup).

L’exemple de Yehonatan Steinberger, rapporté par le Jerusalem Post (http://www.jpost.com/NationalNews/Article.aspx?id=230097) est parlant. Père de trois enfants à seulement 28 ans, Yehonatan a déménagé de son appartement dans un quartier mixte de Jérusalem, mixte c’est-à-dire comprenant des laïcs et des ultra-orthodoxes, pour s’installer plus près de son rav (son rabbin), dans un quartier où ne vivent que des membres de la communauté. Sans aucun regard critique sur la ghettoïsation volontaire des juifs ultra-orthodoxes en Israël même, ce cher Yehonatan avait peur que la société laïque ait une mauvaise influence sur l’éducation de ses enfants. Un comble lorsqu’on connaît le niveau de délabrement des communautés ultra-orthodoxes en Israël en matière d’éducation. Le prix à payer pour lui, fut une augmentation de son loyer de 2500 shekels (environ 500€) dans l’ancien appartement, à 4500 shekels (environ 900€) dans le nouveau.
On peut comprendre qu’il ait du mal à payer son loyer, mais force est de constater que c’est son mode de vie qui l’a voulu. Si Yehonathan ne veut pas payer cher son loyer, qu’il demande à son rabbin de déménager dans un quartier plus abordable, pas à l’Etat de baisser artificiellement les prix du quartier, ça n’a pas de sens.

De même, Mercredi 20 juillet, le quotidien Israël Hayom annonçait que la révolte des tentes pourrait s’étendre à la petite ville ultra-orthodoxe d’El’ad, à l’est de Tel Aviv. L’un des participants explique que les ultra-orthodoxes ont généralement des familles nombreuses, et qu’ils ne peuvent pas supporter le prix d’appartements de plusieurs pièces.

A nouveau un véritable argument de pacotille mais qui pèse malheureusement sur nos économies. Moi aussi j’adore les enfants, mais nous ne sommes plus au Moyen-âge. On ne fait plus d’enfants pour travailler la terre aujourd’hui, ou parce que sur huit enfants, six vont mourir. Les ultra-orthodoxes constituent des familles nombreuses par considérations religieuses et idéologiques (comme le font aussi les islamistes), sans prendre en compte leur situation financière. C’est totalement irresponsable et l’Etat n’a pas à supporter ces pratiques. Ce ne sont pas aux Français et aux Israéliens laïcs de payer les familles nombreuses religieuses via leurs impôts. L’Etat doit limiter les allocations familiales et les aides à partir d’un certain nombre d’enfants et, dans le cas israélien, le marché immobilier ne peut pas s’adapter au mode de vie ultra-orthodoxe, c’est le contraire qui doit se produire.

Si on n’a pas le sou, on ne multiplie pas les enfants.

C’est peut-être triste, mais faire vivre des enfants dans la misère par convictions religieuses et idéologiques est encore plus cruel.

Misha Uzan

http://mishauzan.com

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