Italie : l’U.E. reprend les choses en main

Publié le 19 mai 2018 - par - 11 commentaires - 2 350 vues
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Depuis trois mois, Riposte Laïque et Boulevard Voltaire me permettent de vous livrer mes impressions sur la situation en Italie et de vous faire partager un certain pessimisme,  qui hélas se justifie. Il a fallu six mois à Angela Merkel pour former son dernier gouvernement, la Belgique est restée 541 jours sans gouvernement, alors 10 semaines de tractations en Italie, pour arriver à un contrat de gouvernement entre La Lega et Movimento Cinque Stelle ce n’est pas si long.

Il y a deux jours, le Hufftington Italia a publié un brouillon d’accord, les gros tamtams des média européistes qui ont retenti ensuite ont eu raison des velléités de rupture réelle ; le peuple italien a-t-il, lui, eu peur, nous le verrons dans l’épisode suivant : la déconfiture populiste, d’ici le printemps prochain.

La Lega, désormais à plus de 25%, a donc accepté des points essentiels du programme réformateur sauce Bruxelles mitonnée façon gnangnan de M5S, pourtant en panne dans les sondages. Qu’a-t-elle obtenu en échange ? Pas grand-chose ; sa marge de manœuvre était étroite entre son désir de ne pas apparaître comme la cause d’un blocage, son choix – baiser de Judas – de ne pas trahir l’alliance avec Berlusconi et son besoin d’occuper la scène politique.

Le propos de cet article n’est pas d’analyser le contrat en détail,  ce qui sera peut-être l’objet d’un second article lorsque le nom du président du conseil sera connu, mais de montrer comment, à travers Di Maio les milieux dirigeants mondialistes ont réussi à garder le contrôle sur l’Italie.

La grande affaire concerne les relations avec l’U.E. et la question de l’euro où la convergence iconoclaste des deux forces populistes était la plus forte, mais deux mois avant les élections Di Maio impose au Movimento Cinque Stelle un revirement et devient simplement euro-critique ; ensuite durant les négociations il ne cessera d’envoyer des signes de soumission à Bruxelles. Changement de façade, cuisine électorale, appétit de pouvoir, ou cohérence idéologique ? Je pense que cette liste doit être lue en sens inverse et que le recentrement dogmatique est en fait naturel. Pour y parvenir Di Maio a décidé de marginaliser tant l’aile gauche de son mouvement, tout en lui donnant en gage la présidence de la chambre des députés, que la partie la plus authentiquement populiste, celle du sud. Ramenés à ce que pourrait être leur mise en œuvre, les thèmes M5S qui ressortent de l’accord semblent tirés d’un programme bobo-citoyen pour villes riches et industrielles du nord, compatible avec les autres mouvements contestataires d’Europe.

Le chapitre consacré à ce sujet est celui qui a subi le plus de retouches dans les brouillon du document, la rédaction d’hier ménageait encore quelques critiques ou exprimait des souhaits anti-libéraux ; celle publiée cet après-midi est totalement refondue, écrite dans un style et une présentation nettement distincte des autres chapitres, comme si elle avait été rédigée par une autre équipe, d’une façon stupéfiante elle s’inscrit dans un conformisme pro-européen que ne renierait pas monsieur Moscovici.

Dès le paragraphe introductif, elle place l’Italie dans le strict respect des traités de Maastricht et de Lisbonne, il y a trois mois M5S n’aurait même pas écouté le début de la phrase, il y a 3 jours Salvini serait parti en claquant la porte. La suite présente les objectifs dont l’Italie demandera la réalisation :

« Établir les lignes de gouvernance de la demande et de l’offre globale afin d’atteindre l’objectif convenu de promouvoir un progrès économique et social équilibré et durable, notamment par la création d’un espace sans frontières intérieures » , « donner à la BCE le statut des autre banques centrales afin de parvenir à une union monétaire adaptée aux déséquilibres géopolitiques et financiers dominants  […] » , « affirmer l’identité européenne (contre la suprématie d’un état-membre) » , « mettre en œuvre l’engagement des traités d’établir une Citoyenneté de l’Union expression de l’égalité des droits des citoyens européens », non, ce n’est pas extrait d’un document technocratique bruxellois mais du contrat de gouvernement « populiste » signé à Rome !

La dernière rédaction comportait ces lignes : « Dans le contexte actuel à la lumière des problématiques ayant émergé ces dernières années, il est apparu une nécessité de rediscussion des traités de l’U.E. et du cadre réglementaire général. » même si cette partie était marquée comme « en cours de discussion » on était très loin, de cet hymne à la servitude et à la dissolution des identités nationales qui a été signé. Plus loin apparaissait  «  l’organisation de la gouvernance économique européenne fondée sur la primauté du marché et le respect de contraintes de rigueur économique et sociale doit être repensé » c’est là qu’étaient insérés les mots qui mirent les marchés en émoi : « y compris la monnaie unique ».

Le chapitre se poursuit avec le souhait de : « augmenter la démocratie et le contrôle des citoyens » mais aussi, plus inquiétant « renforcer la coordination au niveau européen » « augmenter les pouvoirs du parlement européen seule instance démocratique européenne ».  Hélas ce n’est pas tout, M5S et la Lega se sont souvenus d’un point commun de leur ADN et l’on trouve dans ce texte une référence au but principal de l’U.E. version germanique, aujourd’hui bien dissimulé, « une plus grande participation des régions […] diminuant les niveaux de compétences de l’U.E. ».

Toute la litanie habituelle des vœux pieux de ceux qui ont renoncé est énoncée : correction du marché pour tenir compte des désirs des citoyens, simplification des règles et normes, réduction des pratiques de dumping interne à l’union, prohibition des contrefaçons, sauvegarde des petites et moyennes entreprises, développement de l’innovation, etc., etc. Ont disparu du texte final, la nécessité du principe de précaution sanitaire supérieur aux intérêts économiques tout comme la renégociation de la contribution de l’Italie au budget de l’U.E.

L’engagement de « surmonter » les conséquences nationales dommageables de la directive Bolkenstein ou l’intention de s’opposer aux traités Ceta, MESChina, TTIP et ceux de même teneur sont noyés dans une rédaction confuse et conditionnelle.

Un dernier alinéa, évoque le « principe de la liberté de circulation des biens et des personnes » en rappelant que l’Italie est une frontière extérieure de l’U.E.

Justement à propos de frontière et de circulation des personnes, l’immigration est un autre sujet où la convergence attendue ne s’est pas accomplie, là encore pour cause de pressions européennes, explicites et sans nuances.

La situation intenable de l’Italie est réaffirmée en préambule du chapitre suivie des blablas habituels sur les droits humains et les pauvres réfugiés, pour arriver à ceci : « L’échec du système actuel de gestion des flux migratoires risque de remettre en question les accords de Schengen eux-mêmes.  » Avertissement ou complainte ? Dans tout le reste du chapitre M5S semble dire à l’U.E. si vous ne faites rien c’est la Lega qui finira par avoir le pouvoir. L’aide des pays de l’union est requise, entre autres pour accompagner dans des ports non-italiens les réfugiés qui devraient être automatiquement répartis ailleurs que dans la péninsule ; pratiquement parlant cela veut dire en Espagne et en France !

Le retour à une gestion intégralement publique est demandée ainsi qu’une lutte contre le crime organisé (mafia, ONG, mais non citées) prospérant sur l’immigration. La création d’un centre de détention par région capable de recevoir tous les étrangers en situation irrégulière, qu’ils entrent, qu’ils  soient présents et même qu’ils se soient déplacés était présent dans le document, mais est barré en rouge aujourd’hui, tout comme le souhait que les demandes d’asile se fassent dans les pays d’origine ou de transit. Avec ces mêmes pays, il est prévu des accords bilatéraux avec l’Italie à défaut avec l’U.E. pour faciliter le rapatriement.

Noyés dans un paragraphe les mots « rapatriement effectif » semblent avoir échappé à la vigilance de Di Maio.

Donc le principe de l’expulsion, seule méthode pour mettre fin aux flux et pour redonner espoir aux Italiens n’est pas évoqué, en vérité aucune radicalité, aucune imagination, aucune volonté de faire cesser l’invasion à tout prix.

Le reste du document est une collection de revendications « citoyennes » c’est-à-dire simplistes, sans vision globale, ayant trait au quotidien ou répondant à des sensibilités médiatisées, subalternes et des combats victimaires de minorités névrotiques. Par exemple  il semble que les anti-vaccin de M5 aient eu gain de cause – l’Aquitaine en situation d’épidémie de rougeole est loin de Rome – ; heureusement que l’Italie n’a sur son sol ni compteur Linky, ni corrida, sinon cela aurait fait partie du lot concédé aux demeurés et aux incultes.

Tout ce qui peut ressembler à du volontarisme, à un état retrouvant sa puissance tutélaire, à une expression authentiquement nationale est soigneusement gommé : pas un mot sur les déboires de Ilva, la plus grande aciérie d’Europe, retour en Italie des troupes engagées à l’extérieur, réaffirmation du rôle prépondérant des Etats-Unis, soumission au mondialisme mercantile.

L’Italie va devenir un pays social-démocrate comme un autre ; le rêve est éteint.

A moins que d’ici la dissolution du parlement, dans 7 mois maximum, la Lega progresse et se dévoile.

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Notifiez de
Stratediplo

Alors, les technocrates du IV° Reich n’auraient pas besoin de commander à Otpor une autre révolution de couleur ?

BERNARD

Merci pour ces informations très intéressantes, c’est sûr qu’il fallait pas trop compter sur les merdia « mainstream » pour nous les fournir…Enfin, même si peu, c’est quand même plus que rien, attendons maintenant la nomination et nous verrons (si celle-ci est acceptée) ce qu’ils feront dans les faits.

dufaitrez

Comme écrit, pas vu ? il y a peu, je vous ai lu sur BV avec Bonheur. Règle 3.000 caractères max !
Pourquoi là bas, et non…ici bas ?
Ecrivant cela, je suis Couvert de Honte !!!!

patphil

pas de défaitisme, svp!
la fureur des européistes , des médias aux ordres est un bon indicateur!

Asterie85

En Italie comme en France , des promesses de campagne aux bulots et une fois élus , on retourne sa veste et enlève son froc à Bruxelles . Si certains tiennent leurs paroles de campagne ce n est pas le cas en France ni des chefs de gouvernements des pays qui nous entourent . Cette Europe telle qu elle est est un cercueil pour les peuples européens .

Conophobique

Cette coalition était de toute manière vouée à l’échec. Les Italiens ont toujours élu de piètres gvts. C’est un pays tenu par les bourses de l’UE. Le nerf de la guerre de chaque gvt est économique. Croire autre chose est illusoire.

Mordicus

Ce que j’attends en premier du nouveau gouvernement italien, c’est qu’il mette un coup d’arrêt à l’immigration sauvage extra-européenne. Pour le reste, c’est l’affaire des italiens d’abord…

Eric S.

Merci M. Couvert pour ces articles qui nous permettent de mieux comprendre ce qu’il se passe chez nos voisins italiens.

Dupond

L’alliance de la carpe et du lapin ….Ce gouvernement ne tiendra pas longtemps ,mais il a le mérite d’éxister et d’avoir virer un socialo . Il aura aussi le mérite de mettre le souk a bruxelles en vue des prochaines élections des députés europeens ( restons dans l’euro pour y mettre nos pions)….Une grosse dose de nationalistes au parlement europeen et le probleme de l’imigration se réglera de lui meme . Les pays europeens ont eut leurs frontieres devenir des passoirs par la trahison de ses élites mondialistes vendus au pétrodollards du golfe . Et pour finir le tout : un Trump et un Poutine incontournable qui font frémir la merkel sans armées et face a une imigration haineuse

Pivert

micmac… on connait la musique.
Si charia plus du tout de musique.