Italie : un référendum pour imposer la dictature des banques

Publié le 22 juin 2016 - par - 1 092 vues
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ItalieSumaya-Abdel-QaderTandis que tout le monde s’occupe de Brexit, le premier ministre italien s’organise pour effacer bientôt ce peu de démocratie qui reste en Italie. Au-delà des frontières italiennes, on n’a pas beaucoup parlé du referendum constitutionnel qui se tiendra en Italie au mois d’octobre. On nous a longtemps expliqué que l’Europe nous demandait des reformes, que l’Italie a besoin de ces réformes et surtout qu’elle aurait besoin, d’après le Président du Conseil chef du Parlement, de la réforme de la Constitution. Changer la Constitution, pour devenir un Pays moderne. Voilà le slogan. Avec la reforme on abolirait le Sénat, on pourrait faire passer des lois plus rapidement et on économiserait sur les coûts de la politique. J’emploie le conditionnel parce que cela n’est que le message des média.

ItalieReferendumLa réalité est bien différente. Si le referendum consent à cette réforme (et il le fera, parce que la plupart des gens ne sait pas exactement de quoi il s’agit et, de plus, juste avant la date des votations, il se passera probablement quelque chose de semblable à ce qui s’est passé au Royaume Uni … de façon à obtenir suffisamment de « oui » pour le changement, à savoir, la destruction de la Constitution) on livrera l’Italie et son économie dans les mains des multinationales, des banques et de la finance de spéculation. Le Sénat existera encore, mais il n’aura plus aucun pouvoir et permettra au gouvernement de faire ce qu’il veut, même s’il a été élu juste avec 25% des votes (grâce à la nouvelle loi électorale). Ce genre de gouvernement autoritaire ne devra pas rendre compte au peuple mais à des « géants » comme JP Morgan. Effectivement, il paraît que c’est JP Morgan qui a mis au point cette réforme pour le Partito democratico (groupe des socialistes au Parlement Européen, celui de l’Allemand Martin Schulz, pour être claire) qui  gouverne le Pays en ce moment, dans le but de se débarrasser des constitutions nées après la Deuxième guerre mondiale. Selon l’ancien vice-président de la Cour Constitutionnelle italienne, Paolo Maddalena, ils veulent « se débarrasser du peuple ». Maddalena affirme :« La doctrine néo-libérale est une folie et ses exécutants sont dangereux. Ceci est le chemin vers le fracassement, l’abandon du christianisme, on deviendra tous des esclaves, des victimes des privatisations, avec le résultat que le bien commun sera liquidé pour deux sous, sans qu’on puisse résoudre aucun problème. On se retrouvera sans territoire public, comme c’est en train de se faire en Grèce. Quand on n’aura plus rien de public, d’étatique, ce sera la fin. Les États mourront, ils sont déjà en train de mourir sous les coups de la globalisation qui nous est présentée comme ce qu’elle n’est pas ; elle n’est pas l’unité du monde. […]

La seule question à se poser est : cui prodest? A qui profite cette réforme ? Surement pas au peuple, mais à nos ennemis qui sont les multinationales, les banques et la finance spéculative ». Paolo Maddalena poursuit en parlant de la « ménagère Angela Merkel » et de Barak Obama, l’homme des lobbies, venu pour nous proposer (imposer ?) le Ttip, qui se substitue aux constitutions, qui gâche la santé des gens et l’environnement et qui fera en sorte que les États devront se défendre devant des tribunaux partiels pour être punis si jamais ils décident de se révolter. »
Il va de soi que l’interview et les déclarations de Paolo Maddalena ne sont pas passés à la télévision, mais sont accessibles seulement à ceux qui se renseignent sur la toile. La plus grande partie de la population par contre ne fait qu’entendre les mots du Président du Conseil qui explique comme notre Pays sera heureux et moderne après le changement de la Constitution.

Entre-temps on a élu (votations du 19.06.2016) les nouveaux maires des grandes villes comme Turin, Milan et Rome. À Turin et à Rome c’est la protestation du parti M5S (Mouvement 5 étoiles) qui l’a emporté, mais à Milan on aura encore un maire du Partito democratico, celui du gouvernement, celui qui a fait sa campagne électorale avec sa candidate proche des Frères musulmans, celle qui a déjà déclaré que « les femmes ne doivent pas être forcées à porter le voile intégral, mais on ne peut pas être forcées à ne pas le porter ». Ce qui devrait faire réfléchir, c’est que dans une grande ville comme Milan, les gens des périphéries à problèmes et des quartiers dégradés ont voté à droite, au contraire dans le centre-ville où habitent ceux qui ont du patrimoine et de la disponibilité économique, on a voté pour la coalition des partis de gauche, avec des candidats comme celle qu’on voit dans la photo.

Marinella Colombo

Journaliste Membre de la European Press Federation

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