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IVG : avancée en Irlande, recul dans l’Etat américain de l’Iowa

Deux événements en ce début d’année viennent bouleverser le programme de l’IVG et sa politique d’application dans deux régions différentes du monde : Près de nous en Irlande (Eire) et dans l’Etat de l’Iowa aux Etats-Unis.

En Irlande c’est un vote du peuple qui est en faveur de la légalisation de «  l’Intervention volontaire de Grossesse » longtemps interdite et punissable de 14 ans de prison. C’est une victoire des libéraux qui voulaient mettre fin à la tutelle centenaire de l’église catholique sur le pays. Les jeunes et les femmes ont été nombreux à mettre un « Yes »  dans les urnes pour donner un souffle de liberté à cette nation engoncée dans une religion dépassée. Avec 64% de participation, 66% ont voté la suppression de l’interdiction de l’IVG. Une grande victoire pour les femmes irlandaises.

Par contre, ce fut une décision opposée prise non par le peuple mais par l’Assemblée législative de l’Iowa : fin des subventions fédérales et étatiques distribuées aux associations de planning familial qui remboursaient les frais d’IGV pour les femmes de conditions modestes, souvent sans couverture médicale et interdiction d’avorter dés que les battements du cœur de l’enfant peuvent être détectés soit environ 6 semaines. La plupart des femmes ne savent pas qu’elles sont enceintes à ce moment-là, d’où interdiction totale d’avorter. Les personnes de familles aisées ou riches ne sont pas trop affectées par cette décision, car  elles ont les moyens d’aller avorter discrètement ailleurs.

L’état de l’Iowa est considéré aux Etats-Unis comme l’un des états les plus conservateurs qui soit et la capitale est un symbole de l’emprise de l’église anglicane sur la population : la ville « Des Moines » .

Depuis 1846, l’Etat a eu 32 gouverneurs GOP ( Grand Old Party) du parti conservateur républicain et 9 « Democrats ». Surprenant, le dernier en date est une femme, Kim Reynolds, à l’origine de cette proposition.

Pour avoir vécu plus de dix ans dans cet Etat (encore un souvenir nostalgique, mais c’est le bonheur de la vieillesse !), j’ai vécu une ambiance très versée dans les écrits de la Bible. A ma nomination à l’Université de Cedar Rapids, j’ai dû indiquer sur mon CV quels étaient ma religion et mes antécédents dans des associations ou club à caractère protestant ou autres.

A mon arrivée, comme je n’avais pas encore de logement, les autorités de l ‘université m’ont indiqué sans ambiguïté que je devais rester du côté dortoir homme et ma femme du côté femme. Pour un Parisien, ce fut un choc. L’université au XIX e siècle avait été, comme celle d’Iowa City dont j’ai parlé avec Roth, installée pour des filles au milieu des champs. Celle de Cedar Rapids était pour filles et est devenue mixte dans les années 1960.

Pas étonnant qu’une telle décision ait été prise dans cet état en particulier. Il y a plus de 91% de blancs, les noirs étant concentrés dans la capitale. Très peu d’asiatiques et les indiens d’origines ( les Sioux) ont été dispersés à travers le pays au fur et à mesure de la conquête de l’Ouest. Très vite, une grande partie surtout l’Est reçut des sectes et tribus venues d’Allemagne et extrêmement rigides dans leur attitude personnelle et surtout sexuelle. Ce sont les Amanas, liés aux Amish dont en France on connaît par curiosité les caractéristiques : refus du modernisme, femmes en robes longues et bonnet sur la tête, les hommes en barbe dés qu’ils se marient. Dans les églises, côté femmes et rangées hommes, dans les restaurants aucun alcool et évidemment aucun moyen de contraception, d’où familles nombreuses.

En famille (ma troisième fille est née dans l’Iowa) nous allions au restaurant des Amanas : nourriture très allemande, abondante, l’agriculture est la richesse de l’état, et bien préparée. Les propriétaires parlaient un allemand de la Basse Saxe.

Mais cette situation avait été bien bouleversée il y avait plusieurs décennies sous un gouverneur Democrat quand la pilule fut mise en vente et que l’IVG était pratiqué par les médecins uniquement volontaires. La décision de la Cour Suprême en 1973 dans le cas Roe V Wade avait légalisé l’IVG.  Le procès de «  Jane Roe » contre le procureur général du Texas, Henry Wade qui voulait imposer la loi de son état contre une jeune femme qui voulait avorter de sa troisième grossesse. Dans le civil, «  Jane Roe » était Norma Leah McCorvey Nelson mais elle prit le pseudonyme de Roe, ce qui est courant aux Etats-Unis quand vous voulez garder l’anonymat. Souvent au lieu de «  Roe », on utilisait aussi «  Doe ». Quand vous ne voulez pas nommer une personne pour protéger son identité, donc sa vie privée, vous donnez le surnom ou le patronyme de «  Doe ». Ainsi Mr and Mrs Doe veut dire Mr et Mme « Tout le monde ».

L’Amérique est encore divisée entre les «  Pro-life » (pour la vie contre l’IVG) et les « pro-choice » (pour le choix donc en faveur de l’IVG).

D’ailleurs Kim Reunolds, la femme gouverneur de l’Iowa, ne se fait aucune illusion : «  Je comprends et je m’attends que cette loi soit contestée devant les tribunaux ». Voilà certainement un autre cas qui ira jusqu’à la Cour Suprême.

Surtout que la loi n’obligeait aucun docteur à agir contre ses convictions et sa conscience. Celui de notre famille, cas extrêmement rare en ces années-là était noir, le seul de notre petite ville. Il était souvent violemment attaqué et la fenêtre de son salon volait quelquefois en éclats.

Les femmes de l’Iowa vont–elles retourner à l’utilisation de produits miracles comme dans l’Antiquité lorsque pour éviter de tomber enceinte les Egyptiennes avalaient des mélanges graines liées par de la crotte de crocodile ?

Ma fille médecin issue de la faculté de médecine de l’Université de l’Iowa savait toutes les difficultés à conseiller les femmes de sa ville. A présent elle a changé d’état, elle est dans l’Illinois, état, avec Chicago comme métropole, beaucoup plus libertaire et tolérant.

L’état de l’Iowa vient de faire un saut en arrière de cinquante ans, et cette liberté est de plus en plus menacée par la politique de Trump soutenue par les évangélistes et l’ultra-droite républicaine venue de l’Amérique profonde, méprisée par l’axe Bobo New York, Politicards Washington et starlets Hollywood.

André Girod