J'ai beaucoup aimé votre livre, mais je vous fais deux reproches amicaux

Bonjour à toute l’équipe de Riposte Laïque,
Je souhaite tout d’abord féliciter très sincèrement toute l’équipe de Riposte Laïque pour l’ensemble du journal que je lis régulièrement et attentivement depuis le numéro un. Quelquefois enthousiaste, souvent d’accord, quelquefois critique, je trouve ce combat en faveur de la laïcité absolument indispensable. Je viens de terminer la lecture de votre collectif « les dessous du voile » et là encore, tout en exprimant mon accord et mon soutien à l’ensemble des prises de position, je voudrais vous faire part de quelques réserves.
Je suis depuis toujours farouchement laïque, je vote régulièrement à droite depuis De Gaulle jusqu’à Sarkozy, et si je suis athée ou agnostique (cela dépend des jours) je suis également politiquement sioniste.
Pour ce qui est du président Sarkozy, je déplore profondément et condamne comme vous ses prises de position en faveur de la religion (quelle qu’elle soit) dans la société civile et pas seulement à l’école.
J’ai relu l’histoire de la naissance de la laïcité en France, qui s’est terminée avec le vote de la loi de 1905 et je suis intimement persuadé qu’il ne faut plus toucher à rien.

Si je n’ai jamais été ni macho, ni machiste mon engagement pour le féminisme doit sûrement pour partie à mon métier (médecin gynécologue-obstétricien).
Pour en revenir au livre « les dessous du voile » j’ai un reproche purement épidermique : tous les contributeurs se réclament de la gauche avec insistance. Je vous ferai gentiment mais fermement remarquer que de nombreux laïques sincères ont les mêmes pensées politiques de droite que les miennes. Dans le même état d’esprit je contesterai le ton quelquefois polémique ou agressif qui n’apporte rien à l’affaire, et ne renforce en rien l’impact de vos positions, qui je vous le répète, sont aussi les miennes.
Le deuxième point que je voudrais soulever est beaucoup plus important et mérite discussion. Si vous en avez le temps, je serais heureux d’avoir quelques éléments d’argumentation avec vous. Vous êtes farouchement antieuropéens, position que je peux comprendre sur le principe, que je ne partage pas sur le fond, et qui au regard de la situation mondiale actuelle me paraît difficilement défendable.
Je m’explique : à mon sens, il n’y a plus à discuter du bien ou du mal fondé de la mondialisation. Elle existe et l’on ne reviendra pas en arrière. Il faut donc en tirer parti au maximum pour notre bien à tous. Je reprends à mon compte l’argumentation de la paix européenne (1815, 1870, 1914, 1940 suffisent à mon bonheur) pour constater que depuis 1945 les grandes puissances européennes coopèrent au lieu de se taper dessus. Quelle que soit la façon d’annoncer la chose elle est d’évidence plus que positive. Mais il y a un autre avantage. Quelle que soit notre situation politique personnelle, de droite ou de gauche, nous ne pouvons profiter de la mondialisation et de l’économie de marché que si nous sommes assez puissants pour faire entendre notre conception de la société démocratique.
Il est évident qu’un pays isolé, même la France, n’aura jamais assez de force pour faire entendre sa voix et espérer influer de quelque manière que ce soit la marche et l’équilibre du monde. On peut, certes, discuter à l’infini de tel ou tel paragraphe du traité de Lisbonne, il faut se souvenir qu’il représente un compromis de 27 pensées différentes mais qui, je pense, ont en commun la proximité géographique et l’idéal démocratique et républicain. Il est évident que tout référendum sur le sujet se traduira par un rejet non pas de l’Europe mais du pouvoir en place dans le pays organisateur. À nous de rester ferme via des publications comme les vôtres et via l’argumentation à mener auprès de nos eurodéputés sur le principe de laïcité et sur un modèle plus ou moins social-démocrate ou libéral de notre organisation politique ; ce dernier point représente à l’échelle du monde de bien minces différences.
Je pense aussi que la majorité des contributeurs ont tort d’associer l’idée d’union européenne et de libéralisme complètement dérégulé et exacerbé comme l’est le modèle que vous appelez anglo-saxon, qui à mon sens en Europe ne concerne que les Britanniques. Je pense qu’il y a là matière à discussion, parce qu’il y a là possibilité de s’entendre pour vivre ensemble dans une société démocratique et républicaine. En un mot je crains beaucoup moins les éventuels effets d’un capitalisme même difficile à réguler que l’établissement en Europe et singulièrement en France de la charia. C’est pour cela, contre cette islamisation qui n’est même plus rampante, qu’il faut que nous luttions ensemble pour rester tout simplement ce que nous sommes J’ai été frappé par la situation effarante et presque irréelle que décrit, à Marseille l’article de Madame Brigitte Bré-Bayle.
C’est sur l’Union Européenne, si vous en avez le temps, que j’aimerais échanger des éléments de discussion sans aucun dogmatisme, en analysant avec clairvoyance les faits tels qu’ils existent réellement autour de nous. Je ne prends pas pour acquis l’équation Europe égale capitalisme financier ultra-libéral et incontrôlé.
Pour terminer je réitère mes félicitations, mon soutien et mon identité de pensée avec votre journal et avec ce livre qui expose de manière lumineuse les périls (le mot n’est pas trop fort) auquels nous sommes exposés à relativement court terme. J’ai parfaitement conscience que toutes ces activités demandent du temps, de la bonne volonté de l’engagement et… de l’argent. Vous recevrez par courrier un soutien financier, qui est malheureusement la seule chose utile que je puisse faire pour soutenir efficacement notre combat commun.
Cordialement à toute l’équipe.
Jean-Pierre Feldman

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