J'ai été ravie d'apprendre que j'étais une résistante du 7 mai 1945 !

Je viens d’écouter l’émission « arrêt sur image ». Je savais les conditions difficiles dans lesquels nos amis de la rédaction de RL, Pierre Cassen et Anne Zélensky, allaient devoir intervenir. Je connaissais suffisamment Bernard Teper pour le savoir capable de toutes les bassesses pour tenter de salir essentiellement Pierre, à qui il voue une haine obsessionnelle. Je vous avoue que je ne fus pas déçue. Je n’ai pas été surprise qu’il refuse de lui serrer la main, cela lui ressemble bien. Je n’ai pas été davantage étonnée qu’il compare Pierre à Doriot, cet ancien communiste devenu président d’un parti fasciste, et collaborant avec le nazisme. Je connaissais par coeur (j’ai été responsable nationale de l’Ufal 4 ans) les limites du discours laïque de Bernard Teper, et la suffisance avec laquelle il l’assène.
Bernard Teper, dans un style lourd et laborieux, parle, en public ou devant les caméras, comme le feraient des professeurs d’université sentencieux devant un parterre d’« incultes ». Son discours de spécialiste de la laïcité ne peut toucher que ceux qui évoluent dans le petit monde des intellectuels bobocrates, ceux qui vivent dans les beaux quartiers, ceux que la réalité de l’offensive de l’islam épargne. Il montre surtout une totale ignorance de la réalité de cette religion.
Bernard Teper, si érudit soit il en matière de laïcité, si engagé soit il dans le combat social – bien qu’ayant été chef d’entreprise tout au long de sa vie – contre le « turbo-capitalisme », expression qu’il affecte tout particulièrement, connait il réellement les ravages de l’islam dans notre société ? Est il réellement au courant de se qui se passe dans nos villes ? A-t-il vu, de ses yeux vu, ces Belphégors, qui sont une offense à l’humanité toute entière ? A-t-il compris que les prières musulmanes dans les rues sont les preuves intangibles du recul de la République ? A l’entendre énoncer les trois critères qui, selon lui, définissent la loi de séparation de 1905, et qui, par principe, et toujours selon lui, interdiraient, au nom de la laïcité, qu’on interdise partout le port du voile intégral, on est en droit de se demander s’il a vraiment les pieds sur terre.
Lui qui se délecte à parler des « vrais gens » ferait mieux de les côtoyer plus souvent dans la vraie vie. Il se rendrait compte, du moins on peut l’espérer, qu’un bon nombre de nos concitoyens n’ont rien à faire de ses déclarations obscures, que ce qu’ils vivent dans leur quotidien face aux agressions répétées d’une religion qui impose ses règles, se situe sur un autre registre, celui de la défense des valeurs de notre République, celui du respect des valeurs qui ont fait progressé l’humanité.
Bien que n’ayant aucune illusion sur un tel personnage, les bras m’en sont tombés quand je l’ai entendu parler de « résistants du 7 mai 1945 », et quand il a osé dire que la bataille pour une loi contre les signes religieux à l’école n’avait été, de 1989 à 2004, que l’oeuvre de la seule Ufal. En réécrivant ainsi l’histoire, ce personnage se comporte comme un vulgaire Staline, faisant effacer toutes les photos officielles de Trotsky, comme s’il n’avait jamais existé.
Je suis de ceux qui ont rejoint l’Ufal en 2003 pour s’investir dans la campagne pour une loi contre les signes religieux à l’école. Toutes les personnes qui se sont investies dans cette bataille, qu’elles aient été membres de l’Ufal ou pas, connaissent le travail énorme de Pierre Cassen qui fut, pendant de longs mois, un coordinateur infatigable, un rassembleur exemplaire, ouvert et impliqué dans tous les débats. Pierre, refusant de tirer la couverture à lui, a d’ailleurs reconnu, sur le plateau, le rôle de Bernard Teper dès 1989. Il n’a absolument pas nié le travail commun qu’ils avaient effectué, l’efficacité de leur collaboration, ni les divergences qui les avaient amenés à se séparer. Bernard Teper est incapable d’une telle approche. Il ne peut que balayer ce passé encombrant d’un revers de manche, réécrire cette période de notre histoire militante comme un médiocre révisionniste, et en gommer Pierre et tous les « déserteurs » de l’Ufal d’une manière grotesque.

Il préfère ne pas avoir à reconnaitre que certains membres de la rédaction de RL ont contribué au développement de l’Ufal durant ces années là. Il préfère, de la même façon, oublier le rôle, tout aussi déterminant, de nos amies de la rédaction, Anne Zélensky et Annie Sugier, dans la création d’un pôle laïque et féministe en rupture avec les organisations féministes pro-voile dans les années 2004/2005. C’est avec la Ligue des Droits des Femmes, présidée par Anne Zélensky, aux côtés de la Ligue du Droit International des Femmes présidée par Annie Sugier, avec Michèle Vianes de Regards de Femmes, que l’Ufal a créé le Coordination Féministe et Laïque dont je fus la présidente. C’est grâce à cette structure, dans laquelle s’est retrouvé un grand nombre d’organisations laïques et féministes, et grâce à la collaboration de militants et militantes de terrain comme Mimouna Hadjam de l’association Africa 93, que l’Ufal a pris de l’importance dans la lutte contre le voile à l’école publique. La CFL a permis à l’Ufal d’organiser, avec l’association Ni putes, Ni soumises, la première manifestation laïque et féministe du 6 mars 2004. Sans notre engagement militant et sans la participation d’organisations qu’il serait trop long de citer ici, l’Ufal serait restée sur la touche.
Mais Bernard Teper préfère oublier ceux qui ont contribué à faire avancer l’Ufal et qui ont passé des centaines d’heures à écrire des tracts, à les distribuer, à organiser des réunions publiques, à prendre des contacts. Sa haine à notre égard, à l’égard de Pierre et de tous ceux qui ont osé s’écarter du « droit chemin » pour défendre une laïcité de terrain qui dépasse les clivages gauche-droite est phénoménale, tellement phénoménale qu’il refuse de les saluer sur un plateau de télé. Quel manque de dignité, Monsieur Teper ! Tant d’arrogance et d’incorrection me fait penser à ces gourous sectaires, ces pères spirituels qui bannissent définitivement leurs mauvais disciples en les envoyant périr dans les flammes de l’enfer.

Il y a certaines choses de la vie militante qui ne s’oublient pas. Je n’ai pas oublié, par exemple, l’incongruité et la violence des propos de Monsieur Teper réagissant à une prise de parole d’un des membre actuel de la rédaction de RL lors d’un conseil d’administration de l’Ufal. Il s’agissait, pour notre président, de faire approuver, par l’ensemble des participants, une motion en faveur de la régularisation de tous les sans papiers. Nous n’étions pas tous d’accord. Nous considérions ce mot d’ordre comme étant démagogique, gauchiste, absolument pas républicain, et faisant le jeu du capitalisme. Cela ne plaisait pas au chef. Il avait répondu de manière ignoble à l’intervention de notre ami qui, comme nous, s’y apposait. Il avait osé dire que ceux qui s’opposaient à la régularisation des sans-papiers étaient de la même trempe que ceux qui avaient organisé la rafle du Vel d’Hiv en 1942. Il avait fallu tout le sang-froid de Jean-François Chalot et d’Hubert Sage pour éviter qu’une telle insulte ne dégénère en affrontement physique. Si je me permets de rappeler certains comprortements peu glorieux de Bernard Teper, c’est pour montrer pourquoi je ne fus pas surprise par la nature des calomnies qu’il a cherché – de manière assez abjecte – à colporter contre RL.
Mais revenons à l’émission « arrêt sur image ». Bernard Teper, y est allé de sa corde féministe au sujet d’Eric Zemmour. Bien évidemment, pour être dans le politiquement correct, Zemmour est un affreux machiste avant d’être une horrible raciste. La partition de nos adversaires selon laquelle Riposte Laïque, en apportant son soutien à un individu aussi peu fréquentable, dévoilerait ses tendances extrêmes droitières était prévisible. Nous avons eu droit, en prime, à une réflexion de Bernard Teper qui mérite qu’on s’y attarde pour en rire un peu, cela ne fait pas de mal. Selon lui, Zemmour aurait commis l’irréparable en écrivant dans son livre « le premier sexe », qu’il ne voyait rien d’anormal dans le fait que les hommes agissent avec une violence contrôlée lors de l’acte sexuel. Même Anne Zelensky, à qui on ne peut pas reprocher d’être une inconditionnelle d’Eric Zemmour, a trouvé cet argument grotesque et risible et j’ai bien aimé sa réflexion comme quoi il lui arrivait aussi d’être sexiste. Je pense que Bernard Teper a manqué son coup si son intention était de se mettre Anne Zélensky dans la poche ou de semer la confusion entre Anne et Pierre. En tous les cas, il faut avoir l’esprit tordu pour aller chercher de tels arguments pour attaquer RL, il faut vraiment ne rien connaître de la nature des rapports privés, entre adultes consentants, entre les hommes et les femmes, pour clouer au pilori Eric Zemmour à cause de tels propos.
Rien de nouveau, rien de surprenant pour moi. J’ai retrouvé le personnage dogmatique, haineux, imbu de lui-même, capable de proférer les pires mensonges contre ses adversaires, dont les pratiques m’avaient fait quitter l’Ufal, en 2007. Quelle différence entre l’attitude hautaine, dogmatique, de Bernard Teper et l’ouverture d’esprit, le discours construit, cohérent de Pierre ! Cette différence, n’est ce pas celle que l’on retrouve aussi entre Respublica, et Riposte Laïque ?
J’avoue, qu’à la place de Pierre, je n’aurais pas ménagé Bernard Teper. Je lui aurais rappelé, par exemple, au moment où il donnait des leçons sur le combat contre l’extrême droite, le passé de quelques responsables nationaux de l’Ufal. Mais je sais que Pierre n’utilisera jamais ce genre de méthode, car pour lui, ce qui compte, c’est ce que sont les gens, et pas ce qu’ils ont été. Je sais aussi qu’il a raison. Il n’empêche que, si une personne de la rédaction de RL avait milité au Front National, Bernard Teper n’aurait pas cette élégance.
L’Ufal, dont il demeure le grand stratège, a perdu plus de la moitié de ses effectifs, entre 2009 et 2010. Bernard Teper dira d’eux que ce sont aussi des « résistants du 7 mai 1945 »…
Brigitte Bré Bayle

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