1

J’ai bravé les interdits, et ai descendu mon gorgeon de rouge dans le train

Moutons.jpg

Comme beaucoup de Français, afin de rejoindre ma famille pour Noël j’ai dû prendre le fleuron de la SNCF, le TGV, direction le Var. Pour cela la dictature covidiste m’obligeait à me faire tester. Ayant la chance d’avoir encore un pharmacien qui pratique la validation des auto-tests, je m’en suis tirée avec un simple chatouillis et la somme de 12 € 90 (le prix d’une bonne bouteille, quand même !) résultat négatif et impression du résultat codé en un quart d’heure.

Arrivée gare de Lyon me voilà propulsée dans la cohue des gestes barrières frotti frotta vers un mur de vigiles au physique de lutteurs sénégalais qui bloquaient l’accès au quai, armés de smartphones détecteurs de QR codes. Ballotée et jouant des coudes, je parvins péniblement à présenter ma paperasse, ayant refusé d’enregistrer la chose sur mon téléphone. Ensuite, nouveau contrôle par un portique automatique, cette fois du QR code du billet de train. Ouf, un peu d’air pour rejoindre ma place. Au départ et durant le trajet de cinq heures le chef de train nous prodigua conseils et menaces concernant les fameux gestes barrière, la limitation des déplacements et le port du masque obligatoire : Attention, ça va vous tomber dessus si vous ne le placez pas correctement et il vous en coûtera 135 € ! Et, ajoute le comique labellisé SNCF, c’est quand même mieux de dépenser cette somme pour les cadeaux de Noël, hein ? Quel boute-en-train ! À l’époque on avait encore le droit de casser la croûte et de boire son petit gorgeon en toute sérénité…

Mais pour le retour, après les dernières directives de Castex cela fut bien différent…

Je rentrais le lundi 3 dernier, jour à marquer d’une croix blanche, le comble de l’idiotie ayant été atteint, après l’interdiction de consommer debout dans les bistrots, l’interdiction de casse-croûter et de boire dans les trains.

Avant de prendre mon TGV à Saint-Raphaël je dus bien sûr me faire tester à nouveau de bon matin, le train partant à 11 h 50, et la pharmacie du village n’étant pas disponible le dimanche. Arrivée devant l’officine à 9 h 30 je constatais qu’une queue impressionnante s’étirait déjà jusqu’à la porte de la vaste boutique, me faisant craindre de risquer de manquer mon train. J’attendis près de trois quarts d’heure, ce qui me permis de comprendre ce qui générait une telle affluence et une telle appétence au récurage du fin fond de nos naseaux. La ruée sur les autotests au moment des fêtes et l’arrivée du taquin Omicron avaient précipité de nombreuses personnes vers l’effroyable révélation de leur positivité (les médias ayant présenté la chose avec la verve qu’on leur connaît, de quoi rendre indigeste la dinde, refuser de prendre une autre tranche de bûche et annuler le réveillon du 31).

Bref, toutes affaires cessantes, positifs et cas contacts, dûment dénoncés à la Sécu, se sont retrouvés à réclamer leur test à 25 balles, lâchant école, collège, bureau, atelier et commerce, pour le bonheur de l’officine dont le tiroir-caisse se retrouva vite en surchauffe. Une seule personne officiait, la tenancière de la juteuse entreprise, la pharmacienne elle-même en tenue de bloc opératoire ; pardi, c’est qu’il faut un savoir-faire de haut vol pour vous esquinter si habilement le fond du nez en vous faisant crier de douleur ! Et la potarde, contrariée par mon réflexe, de m’expliquer que c’était normal en me montrant le croquis ad hoc, des fois que je n’aurais pas compris jusqu’où elle m’avait enfilé le bâton ! Sortant de son arrière-boutique pour attendre le résultat, je constatai alors que la queue débordait largement sur le trottoir et que le téléphone sonnait sans cesse, les réponses des employés m’indiquant que de très nombreux clients cherchaient à se faire tester. Mon résultat fut bien sûr négatif mais mon QR code tardant à venir (une surchauffe aussi probablement chez Bigbrothercovid), je constatai qu’il était grand temps de filer vers la gare et, de toute façon le sésame devait arriver sur mon mobile…

Gare de Saint-Raphaël, pas de vigiles sénégalais, pas de contrôleurs de passe sanitaire…

Le train arrive, je m’installe et, comme à l’aller, les menaces et les consignes infantilisantes et humiliantes pleuvent sur les voyageurs avec le « plus » des dernières directives de l’an neuf : l’interdiction de manger dans le train ! Mais, dans sa grande magnanimité, la SNCF nous autorise à boire rapidement, tout en interdisant les boissons alcoolisées ! Je songe à mon casse-croûte et à ma petite fiole de bon vin rouge du Jas d’Esclans (que je vous recommande par ailleurs) qui se trouvent dans mon bagage… La petite quarantaine de voyageurs de ma voiture sont très sages, personne ne grignote, une personne boit rapidement une gorgée d’eau, tout le monde porte sa muselière conformément à la doxa… Moi j’en ai vite assez de cet inconfort et je dégage mon nez, ouf, c’est plus supportable ! Vers 13 heures, la faim se faisant sentir, je sors mes provisions et commence à manger mon casse-croûte arrosé sans vergogne… Ma voisine d’en face, une jeune maman qui avait auparavant nourri son petit garçon, semblant encouragée par ma « rébellion » alimentaire, sort prudemment une extrémité de son sandwich, le reste tout de même dissimulé dans son sac, si bien qu’elle doit se pencher pour, soulevant son masque, mordre l’aliment coupable ! Que de contorsions pour parvenir à mastiquer ! Elle finira, quelle audace, par manger normalement ! Personne d’autre n’a osé suivre mon vilain exemple, mais personne ne m’a fait de remarque…

Nous arrivons à Marseille. La voix SNCF nous annonce 17 minutes d’arrêt et nous incite à profiter de cette halte pour descendre afin de nous restaurer ! Et là, comme un seul homme, la moitié du wagon obtempère, une bonne vingtaine de personnes munies de leurs provisions, obéissantes tels de gentils moutons ! Et, debout sur le quai, elles se sont alignées, obéissantes et contrites, mangeant leur sandwich face au wagon, le même spectacle se reproduisant bien sûr tout le long du train.

Le reste du voyage n’a pas d’intérêt. J’ai ruminé avec aigreur et pessimisme la triste soumission de mes concitoyens à des règles stupides et grotesques… Et la prochaine fois, à quoi accepteront-ils de se soumettre, à qui obéiront-ils sans regimber, à quelle expérience de Milgram* obéiront-ils sans sourciller ?

Danielle Moulins

*https://fr.wikipedia.org/wiki/Exp%C3%A9rience_de_Milgram

Dernière minute, finalement nos gouvernants sont magnanimes ! Mais sus aux bouffeurs de chips ! « Si vous avez un besoin impératif de boire ou de manger dans le train parce que vous êtes fragile ou simplement parce que vous avez ce besoin physiologique, vous pourrez retirer votre masque et boire (ou) manger rapidement et le remettre tout de suite après », a déclaré Jean-Baptiste Djebbari sur BFM TV. « Ce qu’on veut éviter (…), c’est les phénomènes, qui sont marginaux mais qui existent, de la personne qui retire son masque en mangeant des chips pendant plusieurs minutes voire plusieurs heures », a-t-il ajouté. « C’est ce genre d’abus-là que nous voulons éviter. » On peut finalement manger et boire « rapidement » dans les transports, selon Jean-Baptiste Djebbari (lefigaro.fr)