J’ai fait un épouvantable cauchemar !

Bonjour chez vous !

La télé est allumée, elle l’est toujours car il n’y a pas de touche pour l’arrêter ou même pour baisser le volume du son. J’ai bien essayé de mettre un tissu sur l’écran, mais il est détecté par un dispositif intégré à l’appareil et aussitôt une équipe de réparateurs est envoyée qui l’enlève. Numéro 431 me gronde gentiment en me disant que la prochaine fois il me signalerait au Conseil, je sais ce que cela veut dire et j’ai préféré ne pas recommencer.

Numéro 2 occupe l’écran, il est très bavard, il annonce des mesures de restriction face à la menace d’une maladie contagieuse, paraît-il. Comme d’habitude, ce qu’il annonce n’est pas vraiment clair, il prétend que chaque numéro devrait recevoir une piqûre de protection, mais que ce n’est pas obligatoire. Sauf que ceux qui ne le font pas ne pourraient pas avoir une vie sociale, ni même acheter de quoi se vêtir et subsister dans les magasins du villages, les crédits deviendraient inutiles.

Comme tous les jours, je vais sortir et parler aux gens, en essayant de leur faire comprendre combien la situation dans laquelle nous sommes est profondément anormale, mais si j’insiste trop, ils sourient d’un air crispé, se ferment puis se détournent en murmurant. Certains pourtant me regardent d’un œil à la fois envieux et inquiet, ils me font un vague signe de reconnaissance, mais ça s’arrête là. D’aucuns essaient de me faire la leçon, en me disant :

– Voyons, ces mesures sont prises pour assurer la sécurité et la santé de tout le monde, ceux qui ne s’y plient pas ne sont que des égoïstes ;

– Je comprend ce besoin, mais la menace n’est pas si importante qu’il faille se terrer chez soi, se méfier de tout le monde et accepter de se faire injecter n’importe quelle substance. C’est comme prendre un marteau-pilon pour écraser une mouche ;

– Si les autorités ne le font pas, les gens en profitent pour se réunir en grand nombre, et l’épidémie repart de plus belle ;

– Peut-être, mais dans ce cas, il faut pénaliser uniquement ceux qui se conduisent se manière irresponsable et laisser en paix les autres ;

– Vous n’y pensez pas, les agents de sécurité ne vont quand même pas risquer de prendre des coups au milieu d’une foule agressive.

J’aurais pu lui dire que ces mêmes agents n’ont aucun scrupule à réprimer les rassemblements dans de nombreux cas, et que là, s’ils laissent faire, cela arrange plutôt les autorités, mais cela n’aurait visiblement servi à rien, donc je me suis tu et je suis parti, plutôt déprimé.

J’essaie régulièrement de m’enfuir du village, les véhicules électriques sont surveillés, une fois j’ai pu en trafiquer un et je l’ai lancé à toute vitesse vers l’extérieur. Je suis arrivé à une route barrée où des agents de la civilité m’ont arrêté. Juste avant qu’ils me saisissent, il me semble que plus loin se dressait une sorte de palace avec des gens qui buvaient et s’amusaient sur la terrasse. Une fois revenu au village, j’ai dû subir une période de réhabilitation sociale, quand je leur ai raconté ce que j’ai vu, ils m’ont dit que j’avais eu des hallucinations. Ensuite, des techniciens en blouse blanche m’ont fait subir des tests, m’ont donné plusieurs pilules et ont fini par me relâcher. J’étais physiquement épuisé en rentrant dans l’appartement qui m’était alloué.

Les jours suivants, j’avais des trous de mémoire, je ne me souvenais même plus de mon nom, seulement de mon numéro, le 42. Subitement, l’angoisse commençait à m’étreindre, et je me mis à crier de toutes mes forces :

– Je ne suis pas un numéro, je ne suis pas un numéro !

Gilles Mérivac

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5 Commentaires

  1. Tristement EXCELLENT texte M. Mérivac.

    Plus nous approchons du 9 août 2021 plus j’ai l’impression de vivre ce que vous décrivez quand je sors….

  2. Ah si ! Pour faire une telle crise de nerfs parce que vous avez peur d’un vaccin, vous êtes un sacré numéro.

    • Que dire d’une crise de nerfs généralisée et disproportionnée par peur d’un virus?

  3. Moi aussi j’ai fait un cauchemar.
    Je me promenais en ville au milieu d’une foule oisive dont la moitié suçait des glaces.
    Tout à coup il y eut un cri.
    Un homme était tombé. Quelqu’un s’écria « Il est mort »
    Et puis, un peu plus loin, un autre homme tomba raide mort.
    Puis une dizaine d’autres, et puis une centaines d’autres, et des milliers d’autres.
    Des sirènes hurlèrent.
    Des robots apparurent qui enlevèrent les cadavres en un tour de main.
    L’un d’eux m’apprit que tous avaient été piqués, et que dorénavant ce serait les robots qui remplaceraient la population défunte.
    Je me réveillais alors en sursaut.
    Ce n’était qu’un rêve…
    Mais je me demandais si le robot qui m’emmenait sans ménagement vers la piqûre obligatoire faisait parti du rêve ?

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