J’ai longuement expliqué à mon fils métis pourquoi je n’étais pas en deuil de Mandela

Publié le 10 décembre 2013 - par - 5 879 vues
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Ce dimanche nous discutions, mon fils et moi, au sujet de Nelson Mandela. La conversation avait démarré, -au quart de tour-, à la suite de la moue que je fis, devant le petit écran. Ma réaction non parlée résultait d’une saturation, à l’information de type totalitaire concernant l’ancien chef de l’ANC.

Mon fils est un personnage, haut en couleur. C’est aussi un métis sensible aux questions politiques ou culturelles liées ou résultant des questions de « couleur » de peau.

Je lui expliquerai, que contrairement à tous les journalistes et hommes politiques, moi, je n’étais pas en deuil de cet homme. Mon fils me fusilla alors du regard : oui, tu fais comme Netanyahou, qui paraît-il n’ira pas aux obsèques ? ». Fils, laisses Netanyahou. Ce n’est pas le problème, lui ai-je répondu.

Je lui fis d’abord remarquer : que parmi les endeuillés, on trouvait El Béchir et son équipe de joyeux massacreurs de noirs. Une clique de putschistes qui avait fait tuer plusieurs millions de Soudanais, et aussi quelques centaines de milliers de Darfouris et, « cerise sur le gâteau », avaient laissé organiser, au centre du Soudan, un vaste trafic négrier qui continuait à la fin de la décennie quatre-vingt-dix et se poursuivait encore dans les toutes premières années du 21ème siècle.

Les victimes de ce vaste trafic de chair humaine « noire », les Dinka, étaient des noirs animistes. Pour Khartoum et ses chefs, -des endeuillés de la mort de Mandela-, les Dinkas n’étaient pas vraiment des hommes et des femmes, puisque… c’étaient des animistes.

Leur territoire, riche en pétrole, a été vidé de sa population, par les tueries djihadistes et le trafic esclavagiste.

Je rajoutais : tu sais fils, l’homme qui serait un monument devant lequel il faudrait s’incliner, je ne l’ai jamais entendu interpeler les négriers massacreurs de Khartoum. Fais des recherches. Fais-toi ton opinion par toi-même. Vois par toi-même.

Et si un communiqué de Mandela ou de son équipe avait été publié à l’époque, ou s’est produite si une quelconque action aux côtés des Dinkas -massacrés ou réduits en esclavages-  et des pacifiques Darfouris – objets de tueries et de traite esclavagiste eux- aussi il y a encore très peu de temps- initiée par le défunt et/ou par les siens (l’ANC), je présenterai des excuses publiques, pour avoir, sur ce plan, injustement critiqué cet homme et son parti.

En d’autres termes, je ne serai donc pas, pour ces raisons précises, en deuil et en minute de silence avec la clique des négriers djihadistes de Khartoum

Oui, mais m’a ce moment objecté mon fils, tu as probablement raison. Mais qui sait ces choses ? Les jeunes apprécient Mandela. Ils ne savent pas ce que tu viens de dire.

Mon fils, la vérité est le plus souvent enterrée sous les masses d’immondices des mensonges et des calomnies, ou sous les fausses apparences destinées à fabriquer les icones politiques ainsi que les « sauveurs » suprêmes.

Le climat qui entoure la mort du « grand homme » de l’Afrique me rappelle une autre mort, celle d’un autre grand homme

C’était en 1953, quand le Maréchal Staline rendit l’âme.

Un matin, à la récréation, tout le monde en parlait. Je me rappelle ce copain, un gamin de CM1, tout comme moi, nous expliquant doctement : « Staline est mort. C’est terrible. La paix est en danger ». Nous étions vaguement inquiets, nous les gosses de Ménilmontant. Nous habitions un quartier de Paris bien quadrillé, chaque dimanche, par les vendeurs de l’hebdomadaire du Parti le « plus stalinien de France, en dehors du parti bolchevik de Lénine et le grand Staline », comme le martelait Maurice Thorez son secrétaire général.

Tous les journaux en firent leur « une ». La télévision n’était pas encore dans chaque foyer, -avec sa propension à asséner ses dogmes politiques-, avec ses émissions partisanes remplaçant les meetings obligatoires des sociétés totalitaires (stalinisme, nazisme, fascisme). Tous les journaux, même les plus « anticommunistes primaires », larmoyaient : il est mort, il n’est plus, le génial Staline.

Ecoutant ces discours, ou lisant ces articles, on aurait pu se demander s’il avait existé, le vrai Staline,  celui des procès de Moscou ? On pouvait se demander s’il eut un fusilleur-en chef, envoyant au peloton d’exécution les hommes des soviets élus et révocables de 1905-1917.

Avec sa mort, Staline, c’était un « libérateur » et rien d’autre.

Avec sa mort, Staline, c’était un bâtisseur et un défenseur de la Liberté humaine. On lui devait la défaite du nazisme, et blablabla, et blablabla…  Le goulag, la famine organisée en Ukraine coûtant la vie à pas loin de trois millions d’hommes, de femmes et d’enfants de la paysannerie, le pacte germano-soviétique, l’armée rouge décimée par les procès politiques qui en firent un colosse d’argile impuissant face à la Wehrmacht, il devenait inconvenant d’en parler. C’était seulement le temps de parler des vertus du grand maréchalissime.

Avec le chef de l’ANC, on est pour le moment dans le même registre.

L’homme est un génie. L’homme réunissait toutes les vertus. Son alliance stratégique avec Jo Slowo et le parti stalinien en Afrique du sud, et le but de cette alliance, ses effets, en termes de violence politique contre les blancs et contre ceux des noirs hostiles à la politique du PC, des détails sans grand intérêt.

Les violences se poursuivant après la fin de l’apartheid, les fermiers blancs assiégés, les 1400 d’entre eux assassinés parce que blancs et fermiers (comme chez Mugabe en Rhodésie), pourquoi en parler ? Faisons comme si cela n’existe pas. Donc, cela n’existe pas.

La seule réalité dont il faut parler, c’est celle-ci : l’homme a passé 27 ans en prison

C’est donc un être d’exception. On ne doit rien en dire qui ternisse l’image de ce qui est aussi devenu une marque de whisky et de vin, une marque de vêtements, laissant à ses héritiers beaucoup plus que de l’aisance matérielle.

Un autre noir, de ce qui est devenue l’Afrique du sud, a passé du temps en prison, beaucoup de temps, trente années. Il s’agit du président de l’Azapo, le parti noir issu du mouvement lancé par Steve Biko (le mouvement de la conscience noire), qui fut assassiné en 1977. Trente ans en prison, soit trois ans de plus que notre défunt…Mais ce n’est pas l’AZAPO avec son socialisme hostile au stalinisme qui eut la faveur des médias et des artistes.

Quant au bilan de notre nouvelle icone, regardons rapidement ce qu’il en est :

L’apartheid : il était condamné ; mais on lui en devrait, à lui et à lui seul, la fin. Les Zoulous voulaient un Etat-nation, eux qui avaient commencé à l’édifier au début du 19ème siècle, avec Shaka Zoulou. Les Zoulous étaient parvenus à un accord avec les blancs, pour que l’Afrique du sud sorte de l’apartheid et devienne un Etat fédéral, laissant à chaque nationalité ou Peuple la souveraineté sur ce qui le concernerait, avec des relations égalitaires de coopération fédérale pour tout ce qui serait commun. De Klerk a fait capoter ces discussions.

On a présenté les Zoulous comme de « mauvais noirs »,

Ils n’étaient pas d’accord avec les staliniens de l’ANC

Le niveau de vie : il s’est effondré pour la masse africaine. C’est un détail, surement, pour nos chroniqueurs idolâtres du défunt.

Les autochtones : les aborigènes Hottentots ne sont pas mieux traités, sinon plus mal qu’avant. Nomades chasseurs collecteurs, leur mode de vie et de production se heurtait à la propriété agricole des européens. Comme les chasseurs collecteurs aborigènes du Kenya, ceux d’Afrique du sud sont toujours méprisés, par les nouvelles autorités autant sinon plus que par les anciennes autorités coloniales.

Le racisme : je n’aborderai pas celui visant les blanc, amenant des intellectuels blancs -qui avaient risqué leur liberté pour s’opposer à l’apartheid- à dénoncer la réalité du régime de l’ANC. Je ferai seulement remarquer, que c’est dans cette Afrique du sud de l’ANC que la haine assassine, le mépris, la xénophobie à la machette, s’exprimeront dans des pogroms sur la personne d’Africains de pays voisins. Africains qui avaient cru, à tort, trouver un meilleur avenir ce pays qui avait plutôt bien fonctionné mais s’enfonçait dans un paupérisme frappant plus de la moitié de la population. Le racisme meurtrier se déchaînera dans l’Afrique du sud post apartheid, par la chasse au noir venu d’ailleurs. Magnifique résultat du régime installé par notre nouvelle idole.

Les libertés syndicales : Tout le monde aura en tête la manière dont les compagnies minières, -certaines étant dirigées par des oligarques issus des rangs de l’ANC- traiteront les mineurs grévistes. Sous le régime ANC, on licenciera par milliers les grévistes.

Au fait, pourquoi écrire, « pas bien Netanyahou » ?

Parce que mon fils m’a reproché que le premier ministre israélien ne viendrait pas verser sa larme sur le cercueil du grand homme.

Je ne sais pas si le fait est exact. S’il est, contrairement à mon fils, je n’en suis pas scandalisé, lui ai-je rétorqué.

Toi, comme tes potes, vous n’avez pas en tête le déchaînement de furieuse haine anti juive auquel a donné lieu le sommet de Durban.

L’idole que vous pleurez, toi et tes potes, était au pouvoir à ce moment-là. Pour se faire une idée du climat de furie anti Juifs de la conférence de Durban, il faut remonter au rassemblement national-socialiste de Nuremberg de 1938 ; à une différence près… en 1938, le cérémonial idéologique préparatoire à la mise à mort des Juifs (la shoah) était minutieusement organisé par l’Etat national-socialiste dans ses moindres manifestations. A Durban, l’ANC et son chef sous-traiteront la mise en œuvre idéologique –pour promouvoir la violence et la haine furieuse et irrationnelle-, à une kyrielle d’ONG.

Si le premier ministre israélien allait déposer sa larme, là, on pourrait, à juste titre, le critiquer. On pourrait lui opposer *1: qu’il s’agit d’une larme hypocrite, une larme versée pour un homme dont une partie de l’existence politique a consisté à favoriser le travail visant à délégitimer l’Etat national du Peuple Juif ; Etat national restauré en 1948, à partir du Ichouv légalisé internationalement en 1921-22 par les votes de la SDN et le traité de San Remo sur une partie de son ancien territoire (la Judée, rebaptisée Palestine par les Romains, à la suite de la seconde révolte juive, celle de Bar Kochba de 132-135), réduite encore à la suite du vote des Nations-Unies de novembre 1947.

Je crois avoir donné les raisons pour lesquelles, pour ce qui me concerne, je ne suis pas en deuil de cet homme.

Alon Gilad

*1 Vous me direz, ce que ne m’a pas dit mon fils : Oui mais le premier ministre israéliens aurait pu en profiter pour aller visiter les Lemba, un groupe de noirs judéo-africain, des descendants de Judéens passés par le Yémen, la Corne de l’Afrique et installé en Afrique du sud et au Zambèze.

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