J’ai passé des années à essayer de convaincre mes amis de gauche du péril salafiste à Toulouse et ailleurs…

Publié le 26 mars 2012 - par - 2 306 vues
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Je suis en colère… Je suis très en colère parce que des soldats sont morts, parce que des enfants juifs sont morts dans ma ville de Toulouse tués à bout portant par un djihadiste se réclamant du salafisme, et parce que l’on découvre aujourd’hui qu’il y a en France et à  Toulouse notamment une influence salafiste. Lors de son intervention à C dans l’air du mercredi 21 mars Aziz Sahiri a rappelé l’existence  de réseaux intégristes sur tout le territoire français, très bien implantés et très efficaces. Parlant de Toulouse il a parlé d’une région infestée. Bien sûr je n’aurais pas employé ce terme là, mais cette montée en puissance des intégristes dans la région de Toulouse et notamment des salafistes je l’ai  observée, comme de nombreux toulousains, depuis plusieurs années, donc oui ce que dit M Sahiri est vrai. Nos élus peuvent-ils faire semblant de  découvrir cela?

Cette  progression des salafistes à Toulouse s’est manifestée par l’apparition des niqabs (malgré la loi d’interdiction, j’ai rencontré deux niqabs  mardi 20 mars dans le métro). Cette visibilité salafiste, que nos médias voient et dénoncent aujourd’hui au Maghreb, nous l’avons eu  en France  bien avant la Tunisie.  Surtout des tchadors noirs, verts, marrons, bleus, venant des pays du golfe, se sont, petit à petit, imposés dans notre espace partagé, nous donnant  l’impression quelquefois d’être en Arabie Saoudite,  à Téhéran voire au Yémen.  Ces tenues portées  par des  femmes de plus en plus  jeunes voire des adolescentes prouvaient que l’entrisme de cet endoctrinement ciblait surtout la jeune génération de notre pays ( souvent des nouvelles converties). Adolescentes qui se promènent par petits  groupes venant faire du prosélytisme religieux,( ou de la provocation?) dans l espace public. Face à  cet endoctrinement manifeste et visible des jeunes filles, je réfléchissais à ce qu’il produisait  sur les jeunes adolescents.  Jusqu’où pouvait -il conduire  les hommes ? Quelle dangerosité  ceci pouvait préparer pour notre société. J’ai pensé  au risque terroriste…. !

Face à des imams lors d’un débat de sujet de thèse sur l’image de l’islam en Europe j’ai compris ce qu’était l’islam pour ces hommes- là. Les femmes devaient toutes porter le voile, être séparées des hommes. Une jeune fille disait qu’elle avait une jolie voix et qu’elle chantait sur scène : « Comment tu chantes devant les hommes ? Mais c’est contraire aux lois de l’islam » s’était exclamé un imam,  refusant de me serrer la main à la fin de séance (femme impure ?)…..J’avoue que ce moment de ma vie a été une réelle prise de conscience de ce qui allait nous arriver si nous laissions ces hommes agir et nous imposer ce que je perçois comme un islam d’apartheid féminin. Je suis allée aussi interviewer des femmes portant le tchador, plusieurs avaient un discours enthousiaste et percutant :  La France est une terre chrétienne, nous allons en faire une terre musulmane. Y avait-il message prosélyte plus clair ?

J’ai essayé de sensibiliser à ce problème en écrivant dans Riposte Laïque, en m’engageant dans le débat, par des contacts auprès d’élus de la République, pour une loi contre le port du voile  intégral.  Je considère toujours le niqab  comme ce qui a été le signal visible d’alerte  d’une propagation, à l’échelle nationale, du salafisme et de l’influence grandissante de l’islam fondamentaliste des pays du golfe.

Femme de gauche j’ai cru bon de dire mon sentiment sur cette question aux élus de gauche soulevant, en 2008,  le problème du  niqab  lors d’un débat sur la laïcité à Toulouse devant Jean-Luc Mélenchon qui a pris la question un peu à la légère.  J’ai  pris contact avec Monsieur Glavany et d’autres élus de gauche, lors du travail de la commission Gérin. J’ai écrit aussi à Martine Aubry, François Hollande et Ségolène Royal  afin que  les élus français, toutes tendances confondues, envoient un signal fort et unanime aux intégristes cherchant à imposer le niqab dans notre pays déjà simplement en votant la loi. Je leur signalais alors clairement mon inquiétude face à cet intégrisme que je voyais monter dans ma ville, les sensibilisant aussi à la notion du djihad et à l’encouragement au  martyre dans les textes fondateurs de cette religion.  Seuls M Aubry et F Hollande m’avaient répondu. A leur réponse, et sous le prétexte du risque de stigmatisation ou de discrimination (1),  j’ai eu nettement le sentiment que, face aux islamistes, la gauche laissait faire, d’ailleurs le PS  n’a pas voté la loi . J’en suis restée une orpheline politique.

J’ai réécrit à Ségolène une seconde fois en juillet 2011 après qu’elle eût été confrontée à Montpellier à une manifestation d’hostilité de la part de femmes salafistes «  c’est ce courant qui m’inquiète et que je vois progresser dans ma ville de Toulouse », écrivais-je en juillet 2011. Elle me répondait :  » je n’étais pas à l’Assemblée nationale pour débattre et voter cette loi(non cumul des mandats)… je ne céderai pas aux intégristes et je continuerai à me battre pour rétablir l’égalité républicaine ».

Après la lecture de « Abus de pouvoir » j’ai écrit aussi  à François Bayrou, pour qui j’ai de l’estime lui faisant part, de la même manière,  du trouble que je sentais que ce fondamentalisme provoquait au sein de la société française.

Je suis intervenue dans une conférence que donnait Maleck Chebel à Toulouse en 2009 m’étonnant de la différence entre l’islam des lumières, dont il nous parle toujours avec tellement d’enthousiasme, et la triste  réalité  de Toulouse. Enfin dans une réunion dans le cadre du GREP  je rencontrais  Monsieur  Abdelwahab Meddeb 2010. Je lui faisais part de mon étonnement de la violence que je trouvais dans le Coran.  A propos de l’interprétation des versets ( c’est son argument principal), je lui demandais  de m’expliquer  de quelle autre manière on pouvait interpréter  le verset 89 de la Sourate 4 : «  Ne prenez donc pas d’amis chez eux ( les mécréants) sauf s’ils viennent dans le sentier de Dieu. Mais s’ils tournent le dos, saisissez-les alors et tuez- les où que vous les trouviez ; et ne prenez chez eux ni amis ni secoureurs ». Ce verset que j’estime d’une grande violence est extrêmement dangereux pour le vivre ensemble et pour  ceux que certains croyants  pourraient percevoir  comme  « mécréants ». J’invite ceux qui ne connaissent pas l’islam, ou qui le connaissent mal, à lire le Coran  afin de se faire leur propre opinion sur la question.

Aujourd’hui nos élus sont au pied du mur.  Ils peuvent troubler l’eau de la vérité en nous disant qu’il y a aussi d’affreux intégristes catholiques  protestants ou bouddhistes. Ils peuvent nous dire que ce jeune djihadiste était seul, que cette volonté de tuer lui est venue comme cela parce qu’il était fragile et peut-être malade paranoïaque. Ils peuvent nous dire que personne, ayant un rapport quelconque avec l’islam ne l’a jamais influencé…. Oui nos élus peuvent dire cela, alors les morts, Juifs et musulmans,  l’auront été pour rien.  Ils peuvent aussi nous dire que l’islam est une religion de Paix d’Amour et de Tolérance qui n’a rien à changer à sa doctrine, ni à  la  violence de certains  versets du Coran, et qu’aucune réflexion ne doit être entreprise quant à  l’endoctrinement des jeunes de banlieues.  Alors ils doivent nous expliquer  pourquoi  et par qui M Chalghoumi, cet imam républicain,  est menacé de mort? Ils doivent nous expliquer  pourquoi il faut, aujourd’hui protéger  les écoles privées juives. (1)? Ils peuvent laisser prospérer en France les courants religieux dont on sait pertinemment qu’ils prêchent un islam radical, en déclarant que, bien sûr,  ce n’est pas le bon islam mais que de toute façon maintenant c’est trop tard pour contrer leur influence, alors les morts l’auront été pour rien. Ou alors ils peuvent….

Chantal Crabère

(1)Dans le journal la  dépêche de Toulouse du 25 mars M Arié Bensemhoun responsable de la communauté juive toulousaine s’exprime clairement, j’extrais ces quelques passages:  »  Il faut remonter aux nazis pour trouver des individus animés d’une telle haine qu’ils exécutent des enfants au nom de cette seule haine…….  Il faut prendre le mal à la racine. Si on ne prend pas conscience que l’islam radical est le nouveau fascisme du XXIem siècle, et qu’il plonge ses racines au coeur même de l’islam, alors nos sociétés sont finies.

Il faut voir la vérité en face. Le terrorisme islamiste, c’est le mal à l’état pur. Aujourd’hui à part la Turquie, je ne vois pas un seul des 54 pays musulmans du monde qui pratique la liberté, la tolérance, la démocratie. On ne veut pas stigmatiser les musulmans et, au nom de cela, on ne désigne pas  ce mal. Or il faut isoler les choses, les nommer pour les combattre. Si vous ne voulez pas que le cancer se généralise, isolez-le.

Des musulmans toulousains sont venus me témoigner leur solidarité. Je leur ai dit: vous devriez parler plus fort. Mais ils ne peuvent pas parce qu’ils ont peur 

(Qu’est donc devenue notre société, une société de la peur? CC)

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