J’apprécie l’évolution de l’ancien communiste Jean-Pierre Lledo

Publié le 14 février 2021 - par - 5 commentaires - 1 005 vues
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Je viens d’analyser la seconde partie de la réponse de Jean-Pierre Lledo au sujet du « Rapport mémoriel » remis par Benjamin Stora au président de la République.

Qu’il me soit permis de m’incliner : « Cyrano » a raison. Le communiste Lledo, partisan du FLN, de nationalité algérienne et ayant vécu en Algérie indépendante de 1962 à 1993, a totalement changé de discours. Et je maintiens ce que j’ai écrit ces derniers jours : « C’est à lui que le président Macron aurait dû confier la rédaction de ce « Rapport » et non pas à un Stora qui est resté identique à ce qu’il était : un défenseur de la France algérienne. » 

Dans cette seconde partie, Jean-Pierre Lledo confirme ce que j’explique depuis des années : « Si au début, à partir des années 40, ce furent des mouvements nationalistes qui se manifestèrent pour uniquement « une indépendance de l’Algérie », dès l’éloignement forcé de ces premiers leaders, les « nouveaux patrons », musulmans radicaux, menèrent une guerre sainte « (Si sabil illah : Pour la cause de Dieu) sous les auspices de l’islam, un véritable djihad qui ciblait par un terrorisme qui n’avait rien d’aveugle les civils non-musulmans, chrétiens, juifs, dans le but de les pousser vers l’exode, de préférence avant l’indépendance, afin que cet exode prenne l’aspect d’un départ volontaire. » 

Jean-Pierre Lledo confirme également, que contrairement aux affirmations de nombreux « pieds rouges », de la FNACA et des gauchistes métropolitains, le slogan « La valise ou le cercueil » n’a jamais été un slogan de l’OAS, mais un slogan dessiné sur les murs de l’Algérie depuis 1945 par les nationalistes.

Force m’est d’avouer que j’apprécie hautement cette réponse de Jean-Pierre Lledo lorsqu’il exprime une réalité que refusent de trop nombreux pseudo-historiens français et certains « idiots de service », n’est-ce pas Jean-Michel Apathie ? : « Le discours nationaliste sur la colonisation repose sur une quantité d’idées fausses. ». 

Qui mieux que celui qui a vécu 31 années dans une Algérie algérienne peut en témoigner ?

« Quels villes, universités, lycées, écoles, hôpitaux, barrages, routes, ont-ils construits ? Quelles maladies ont-elles été éradiquées ? Quels marais ont-ils été asséchés ? Quelle société civile est-elle née ? Quoi durant tous les siècles de la colonisation ottomane ? Rien de tout cela. »  

« Tout cela » c’est l’œuvre de la colonisation française. Tout cela c’est le pays créé par la France dans lequel vivent les Algériens depuis bientôt soixante années.

Lledo poursuit : « Avant 1830 c’était une société tribale et clanique qui n’arrivait même pas à surmonter les divisions, malgré l’islam. Une société incapable de fonder une nation et de se débarrasser des premiers colonisateurs, les Arabes, puis les Ottomans et enfin les Français. Les Arabes accusent les Français de ne leur avoir accordé qu’une demi-citoyenneté (en fait, Lledo s’adresse aux Amazighs, arabisés par l’Islam). Et il pose la question : Est-ce que l’Empire Ottoman leur en a octroyé une ? Jamais.

Bien au contraire, les Arabes ont privé la population Amazigh de sa langue, de sa culture et de sa personnalité.

Et il faut que ce soit un communiste, partisan du FLN, de nationalité algérienne et ayant vécu en Algérie indépendante depuis trois décennies, qui réponde aux Algériens (et par la même occasion au dictateur Erdogan) sur la question d’un génocide : « Les Amazighs et les Berbères ont-ils subi une extermination planifiée par l’Etat français durant plus d’un siècle ? La croissance démographique a-t-elle été stoppée ? Bien sûr que non. » 

En réponse à la proposition absurde (entre bien d’autres) de Benjamin Stora « d’élever une stèle en hommage à l’émir Abdelkader », Jean-Pierre Lledo lui fait souvenir que ce sont les troupes de ce même Abdelkader qui ont massacré tous les juifs de Mascara et décapité plus de 300 « colons » Français, entre bien d’autres massacres évidemment.

Jean-Pierre Lledo cite la déclaration de Mouloud Hamrouche : « qu’en Algérie n’existe aucune politique, mais uniquement des clans et que « pour trouver de la politique il faut remonter aux années 30 et 40. ». Merci à la colonisation.

Il cite également la réflexion d’un spécialiste de la civilisation islamique, Malek Bennabi : « Les peuples colonisés ne le sont que parce qu’ils sont colonisables. Quand un peuple n’est pas colonisable, la colonisation ne peut s’établir sur son sol. » 

Lledo rappelle, et c’est nécessaire « que les mouvements indépendantistes sont partis de France », lorsque le Parti Communiste Français a aidé à la création de « L’Etoile Nord-Africaine » et que c’est du pays colonisateur que sont venus les idées d’indépendance, de démocratie, de nationalisme, de syndicalisme et même de république et de nation.

Il est parfaitement conscient qu’une Algérie indépendante et multiethnique, qui été prônée par les communistes, ne se serait jamais imposée aux nationalistes partisans d’une « Algérie strictement arabo-musulmane ».

Qui n’aurait d’ailleurs jamais pu résister à la vague islamique des années 90, comme cela s’est passé en Irak, au Liban et dans d’autres pays, d’où ont été chassés des centaines de milliers de juifs et massacrés des millions de chrétiens.

En conclusion, Jean-Pierre Lledo confirme, ce que, hélas, nous savons depuis plusieurs années : « Que la jeunesse algérienne ne rêve que d’une chose : fuir ! ».

J’ai apprécié, en son temps, les déclarations sur l’Algérie d’un leader communiste, Georges Marchais, et il m’aura fallut attendre quelques décennies pour apprécier les déclarations d’un autre communiste (pas leader, et c’est bien dommage !), Jean-Pierre Lledo.

Manuel Gomez



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Paskal

“Les Amazighs et les Berbères ont-ils subi une extermination planifiée par l’Etat français durant plus d’un siècle ?”
Certes non mais dans certains endroits, l’administration française n’a pas été pour rien dans le recul de la langue berbère devant l’arabe.

patphil

le seul fait qu’un rapport mémoriel ait été commandé à un seul “historien” engagé trotskiste prouve qu’il doit être biaisé ou/et qu’ils n’ont pas trouvé d’autre historien capable de s’y associer

Denfer VICTORIA

Salut et merci “Manuel Gomez” après avoir lu l’article, je suis comme le vieux
qui ne voulait pas mourir, parce qu’il en apprenait tout les jour…

Theodore

“Lledo rappelle, et c’est nécessaire « que les mouvements indépendantistes sont partis de France” dixit

Absolument mais il ne faut pas oublier de “navarre”.
A commencer par le negro-martiniquais Frantz Fanon l’un des fondateurs du courant de pensée tiers-mondiste, et une figure majeure de l’anticolonialisme….nous ne l avons pas oublie.
Une belle saloperie de psychiatre…! Qui a pas eu la chance ( mort en 61 ) de voir le fruit de ses “splendides” idees

Paskal

Frantz Fanon s’est battu dans les FFL où il a été blessé. Dans les années cinquante, le racisme n’était pas tout à fait un fantasme.
Possible que l’Algérie indépendante l’aurait déçu notamment avec la “colonisation linguistique” de l’arabe contre le tamazight et le code de la famille.

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