Je dis « Stop aux consignes de vote ! » imposées d’en haut aux électeurs.

Publié le 25 mars 2011 - par
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Comme nombre d’entre nous, j’ai suivi la soirée électorale du premier tour des élections cantonales. Soirée électorale proposée, il est vrai, en version extrêmement réduite car, en dehors de la troisième chaîne, les électeurs étaient priés, pour ceux qui ont accès aux chaînes de la TNT, de bien vouloir se rendre sur LCP ou sur BFM-TV !

Au-delà des résultats électoraux qui étaient parfaitement prévisibles et ne semblaient représenter un coup de massue que pour notre classe politique soit complètement déconnectée des réalités sociales de la France, soit qui feint de ne pas voir et refuse d’affronter les conséquences de ces réalités sociales en face, à quoi avons-nous assisté dès le dimanche 20.03.11 ?

Dès dimanche soir, Madame Aubry s’est érigée en petit caporal à qui il ne manquait plus que le martinet pour dresser tous ces millions de concitoyens décidément trop légers à son goût quand ils avaient fait le choix de ne pas remplir leur devoir de citoyen ou voté « de travers », reconnaissant d’emblée qu’elle comprenait que le vote Front National pouvait être l’expression d’un vote  de désespoir mais jugeant, dans le même temps, que le vote Front National « ne réglerait rien ». Personnellement, je n’ai jamais voté pour le Front National mais si j’étais une élue de la République, ma première réaction aurait été de m’interroger en ces termes : « Le Parti socialiste a-t-il une part de responsabilité dans l’explosion du vote Front National ? »

Comment ne pas s’interroger, en effet, quand on voit que dans une commune socialiste depuis plus de trente ans comme celle où je vis, le Front National recueille plus de 20% des voix ? J’invite donc Madame Aubry à faire preuve de décence, à l’avenir, dans ses analyses et à se poser des questions pertinentes avant de porter des jugements qui, eux, c’est une certitude aussi, n’ont jamais non plus réglé aucun problème ! Mais une fois passée la phase de distribution  de mauvaises notes, Madame Aubry assène alors ensuite, amplement accompagnée et reléguée par l’inénarrable Cécile Duflot, qu’il faut privilégier le vote républicain et faire barrage au Front National, n’hésitant pas, au passage, à stigmatiser les consignes de vote de Jean-François Copé.

Personne n’ignore que j’ai parfois eu l’occasion d’être sévère à l’endroit de Jean-François Copé et si c’était à refaire, j’exprimerai de nouveau ma colère de la semaine dernière. Mais là, très honnêtement, c’est se moquer du monde comme s’y est employé le Premier secrétaire du Parti socialiste qui, décidément, perd la mémoire quand çà l’arrange, que de laisser entendre, même indirectement, que les consignes de vote exprimées, dès dimanche soir, par Jean-François Copé n’auraient pas un caractère républicain. Alors, certes, j’en conviens aisément, Madame Aubry ne représente pas, à elle seule, toutes les sensibilités du Parti socialiste et je suis à peu près certaine que tous les représentants du Parti socialiste n’ont pas, fort heureusement, autant de certitudes que Madame Aubry.

En attendant, le coup du « Front républicain », on nous l’a déjà fait en 2002 et que s’est-il passé ? Nous avons élu, moi y compris et j’en prends toute ma part de responsabilité, un Président de la République qui a été, de mon point de vue mais c’est un point de vue qui n’engage que moi, un des pires présidents qu’ait connue la Vème République. La « fracture sociale » ? Jacques Chirac ne l’a jamais réduite, bien au contraire ! Sa politique pro-arabe nous a engagés dans la voie d’un refroidissement sans précédent de nos relations diplomatiques avec Israël dont on peut critiquer la politique intérieure mais dont il serait pour le moins franchement malhonnête de contester le fait que cet Etat est la seule démocratie en place au Moyen et Proche-Orient, non ? Quant au Front National dont Jacques Chirac s’est toujours targué d’être l’ennemi juré, qu’a-t-il donc fait pour en réduire la portée si ce n’est se débiner pour échapper au débat télévisé devant des millions de Français, entre les deux tours de la présidentielle de 2002, tant il redoutait de devoir répondre aux questions d’un certain Jean-Marie Le Pen ?

Dans ces circonstances, je n’ai qu’une seule chose à dire à Madame Aubry : cessez de vous ériger en directeur de conscience permanent ! Cessez d’infantiliser les électeurs en général et vos électeurs  en particulier, en leur dictant ce que devraient être leurs choix électoraux ! Ils sauront faire les choix utiles, en leur âme et conscience, sans que vous ayez besoin de leur parler comme vous parleriez à des moutons de Panurge. Leur imposer de voter « républicain » comme vous l’avez fait dès dimanche soir, c’était déjà laisser entendre que vous doutiez même de l’idée qu’un certain nombre d’entre eux hésiterait à voter pour un candidat de droite en cas de duel UMP/FN. Je suis affligée de constater que vous ayez pu, à ce point, Madame Aubry, douter un seul instant de l’esprit profondément républicain de tant de Français, qu’ils soient socialistes ou non !

Quant à la droite républicaine, stop à la cacophonie qui ne contribuera qu’à améliorer les scores préoccupants du Front National ! Stop, stop et stop encore ! Organisez des débats, affrontez le Front National sur le terrain mais arrêtez de vous comporter comme des gosses trop gâtés ou trop aveugles pour être encore un tant soit peu capables de saisir l’extrême gravité des crises qui traversent depuis si longtemps la France.

Bonapartine.

 

 



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