« Je me révolte, donc nous sommes » (Albert Camus)

Les soulèvements populaires n’appartiennent pas à l’Histoire : ils la font. L’insurrection est le cri d’un peuple qui entend être entendu. C’est le commencement de la liberté, ou son sursaut : les deux sont salutaires. Le Pouvoir surfe sur le silence des peuples, jusqu’au jour où il se retrouve face à l’irréductible.

Un peuple qui se lève n’a plus besoin de justifications : il est à lui-même sa propre justification, si bien que plus rien ne l’arrête, et surtout pas le risque de mort. Tel est le point d’ancrage universel de la liberté.

Cela vaut pour tous les hommes face à tous les Pouvoirs. Même les Pouvoirs les plus absolus ne peuvent être absolument absolus dès lors que des hommes disent « non ». Les esprits libres incarnent ce « non » – qui est la révolte même, c’est-à-dire toutes les révoltes : celle des esclaves antiques comme celle des Juifs du ghetto de Varsovie, celle des femmes dénonçant la phallocratie comme celle de l’Europe refusant l’islamisme sur son sol.

L’homme qui se révolte se révolte pour tous, même si tous les hommes ne se révoltent pas. Il sait instinctivement qu’il est l’humanité. Il ne se demande pas s’il a raison de se révolter : sa révolte est la réponse aux questions qu’il n’a plus besoin de se poser, et qu’il aurait tort de se poser quand la tempête souffle sur le présent. Se révolter, c’est un fait. Mieux : c’est une lumière.

Certes, les lendemains peuvent encore être sombres, et les révoltés tomber sous les balles. Mais leur silence ensanglanté se fait alors bruissant de paroles, parce qu’il suffit de tuer la parole pour éveiller l’envie de parler. Les désenchantements de l’Histoire sont sans prise aucune sur cette force-là, car l’Histoire véritablement humaine n’est pas celle de la soumission : c’est celle de la rébellion. Comme a su le dire André Gide : « Le monde ne sera sauvé, s’il peut l’être, que par des insoumis ».

Maurice Vidal

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