Je me souviens de vous, camarades communistes iraniens !

Je me souviens de vous. Vous distribuiez des tracts place Bellecour à Lyon, quelques mois avant la « révolution islamique » iranienne.
A l’époque, je soutenais le combat contre la dictature du Shah, comme tout homme de gauche. Mais quelque chose me gênait : comment des démocrates comme vous pouvaient s’allier à un barbu islamiste et religieusement fondamentaliste comme Khomeiny ?
Vous m’avez expliqué qu’il s’agissait d’une « alliance historique », entre vous, les sociaux-démocrates iraniens et les enturbannés. Je me souviens de vos paroles : « T’en fais pas, ces religieux ne tiendront pas longtemps, ils sont nos idiots utiles et nous prendrons le pouvoir dès que possible ! »
Ce jour-là, je n’ai pas signé la pétition des communistes iraniens. Ils me semblaient sincères, mais l’alliance avec des barbus fanatiques, non, ça ne passait chez le bouffeur de curés que je suis. Ce qui ne m’a pas empêché de partager un excellent repas avec ces communistes iraniens dans un « bouchon » du Vieux Lyon.
Khomeiny fit sa « révolution » soutenue par les Etats-Unis et par la France.
Quelques mois plus tard, je me liais d’amitié avec un collègue de travail iranien à Paris. Il s’appelle Reza et il se reconnaîtra ici. Nous avons fait les 400 coups ensemble, dans cette administration de recherche (un reliquat stupide du « plan calcul » de De Gaulle…) au personnel cosmopolite. Reza m’expliquait qu’il ne pouvait retourner en Iran pour visiter ses parents âgés et malades, de peur d’être arrêté par la police religieuse des mollahs. « Tu sais, Roger, ces types sont pires que le Shah ! »
Et puis Reza m’apprit que lui aussi, il appartenait au parti communiste iranien. Il connaissait évidemment mes nouveaux amis iraniens de Lyon et de Paris.
La plupart d’entre eux sont retournés en Iran après la « révolution islamique » de Khomeiny. Reza me tenait au courant des destinées des uns et des autres. Ils ont tous fini au bout d’une corde, l’un après l’autre, ainsi que leurs alliés socialistes, ou ils furent liquidés à l’étranger par des sbires de Khomeiny.
Alors quand des imbéciles de socialistes et de communistes français font alliance avec les barbus en Seine-Saint-Denis ou critiquent Marine Le Pen sur ses propos quant à l’occupation de rues du 18ème arrondissement de Paris par des fanatiques de Mahomet, je ne sais plus si je dois rire ou pleurer. Je ris quand je pense à ces faux-culs qui fustigent « l’opium du peuple » quand il est chrétien ou juif ou bouddhiste, mais qui lui cirent les babouches quand il est musulman. Et je pleure sur mes amis iraniens qui furent torturés par le régime des mollahs et qui finirent tous au bout d’une corde, sauf ceux comme Reza qui ne sont pas retournés au pays.
Alors quand j’entends le secrétaire national du PCF Pierre Laurent condamner les propos de Marine Le Pen sur les islamistes qui occupent des rues parisiennes ou marseillaises chaque vendredi, je ne sais pas non plus s’il faut en rire ou en pleurer. Je me souviens simplement du père de Pierre Laurent qui s’indignait quand des instituteurs soviétiques étaient torturés et mis à mort par des talibans afghans, et quand le Mrap de l’époque dénonçait ces exactions, bien avant que les mêmes donneurs de leçons ne condamnent les interventions occidentales contre les mêmes talibans et se rangent derrières les bannières jihadistes du Hezbollah et du Hamas en plein Paris (et j’ai un CD complet de photos qui le prouvent, Monsieur Aounit et Madame Buffet !)
Et puis non, je ne vais ni rire ni pleurer. Je vais simplement hurler : bande de salauds ! Et si vous finissez comme vos collègues iraniens, j’irai cracher sur vos tombes, avec dans ma tête les visages de Ghofrane lapidée à Marseille ou de Sakineh condamnée à la lapidation en Iran.
Reza, tu m’avais amicalement caricaturé, avec tes talents de dessinateur, en pasdaran enturbanné quand je m’en suis pris violemment à nos collègues qui condamnaient mon sectarisme socialiste lors de l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République. C’est toi qui avais raison. J’ai mis vingt ans à m’en rendre compte. Désolé, camarade !
Roger Heurtebise

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