Je ne partage absolument pas la vision d’Alain Rubin sur Messali Hadj

Publié le 26 septembre 2011 - par - 961 vues
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Permettez moi de réagir à une partie du papier de Rubin, et je vous prie de l’insérer ds votre prochaine édition.

Présenter Messali Hadj qui a été le chef historique du nationalisme algérien depuis le début des années 30 jusqu’en 1954, comme un leader laïque qui aurait promu une constitution fondé sur le sol et non le sang, est une contre-vérité.

Messali a précisément rompu avec les communistes algériens soutenus par le PCF qui avaient fondé l’ Étoile nord-africaine, en avançant que les Algériens étaient des musulmans. Il fonda donc le PPA, au début des années 30, alors qu’en France venait de se créer le PPF, parti fasciste. Et lui l’ouvrier communiste à la casquette des débuts, prit rapidement le look du Sage musulman, longue barbe, djellaba et chéchia stamboul…

De l’endroit où il était en résidence surveillée en Algérie, il supervisa aussi l’insurrection de Mai 45 dans la région de Sétif qui commença précisément par le meurtre d’une centaines de juifs et de pieds noirs, avant la riposte militaire française, et se poursuivit partout avec les slogans suivants : « libérez Messali »..  »Djihad fi sabil Illah » (guerre sainte pour la cause de dieu),  »Nkatlou nsara » « Nkatlou yahoud » ( Tuons les chrétiens , tuons les juifs)…

Et si on connait le  »Testament » de Ferhat Abbas qui dirigeait les AML (Amis du Manifeste de la Liberté) qui fut noyauté par les messalistes, et où il les traite de tous les noms, pour les exactions commises contre des civils souvent libéraux (et notamment contre son ami le secrétaire du PC de Sétif, ayant eu les bras coupés) , on ne connait par contre aucun texte de Messali critiquant l’action de ses subordonnés qui dirigèrent concrètement cette insurrection, qui devait déboucher sur un gouvernement provisoire de la république algérienne, lequel aurait envoyé son représentant à San Francisco où était en train de se concocter la future ONU…

Il y a donc plus qu’une ressemblance dans la démarche palestinienne aujourd’hui, et dans celle de Messali, hier.

Tous les chefs du nationalisme qui ensuite lâchèrent Messali, surtout en raison de son zaïmisme (culte de la personnalité), ont été ses parfaits élèves.

Je pourrais citer bien d’autres faits qui montrent que Messali a eu des conflits de personnes et d’autorité avec ceux qu’il avait formé à son image, et aucunement d’idéologie. En 1949, un groupe d’intellos du parti qu’il dirigeait, le MTLD, tenta de se démarquer des thèses ethnico-religieuses, en défendant justement une conception d’une Algérie ou la citoyenneté viendrait du sol et non du sang : ils furent tous exclus ! Et l’un d’entre eux devint par la suite un dirigeant communiste connu.

Je ne sais donc d’où vous tenez ce portrait de Messali, mais il est plus que mythique.

Bien à vous

Jean-Pierre Lledo

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