Je ne partage pas les analyses économiques de Guy Millière, mais je peux m'allier avec lui contre le péril islamiste

Je lisais avant-hier une chronique de Guy Millière intitulée « Peut-on redresser la France ? », publiée sur drzz.info.
http://www.drzz.info/article-peut-on-redresser-la-france-par-guy-milliere-57174689.html
De toute évidence, il s’agissait d’une chronique ultralibérale, allant jusqu’à avouer une sympathie pour Alain Madelin, tout en souhaitant une privatisation totale ou presque des universités. Cela ne m’intéresse pas bien entendu de publier une « réfutation » des positions de Guy Millière ; le lecteur n’a pas besoin d’une réfutation pour se convaincre que je suis, comme la majorité des gens de Riposte Laïque, un républicain de gauche étatique et patriote, malgré tout capable de voter à droite pour écarter une gauche collaborationniste, mais en tout état de cause très hostile au néolibéralisme, que je persiste à identifier au mondialisme ; je suis, de fait, favorable à la restauration des acquis
sociaux issus du Programme du Conseil National de la Résistance (et on s’en doutera aisément, comme bon nombre de syndicalistes, je reste partisan d’une retraite à 60 ans à taux plein sur la base de 37,5 annuités pour le public comme pour le privé).
Bref : rien d’original, je suis, peut-être comme presque tout le monde en France, partisan d’une politique sociale, favorable au salariat, mais viscéralement en lutte contre ces trois fléaux conjoints, sans être totalement superposables, que sont l’immigration de peuplement et de remplacement, l’islamisation de la France et la violence de masse érigée en système de terreur. J’invite cependant le lecteur à lire la chronique de Guy Millière, il pourra constater que, mis à part le paragraphe sur l’islamisation de la France, rien ne peut m’assimiler aux positions du bouillant économiste de drzz.info.
Et pourtant…
Et pourtant le site drzz.info a souvent fait cause commune avec nous, notamment dans la participation à l’apéro républicain du 4 septembre. Autre exemple, à Riposte Laïque, nous avons largement embrassé la cause du palestino-scepticisme, à la différence de la gauche habituelle, qui persiste, dans une interprétation unilatérale du conflit israélo-palestinien, à assimiler l’État d’Israël à l’éternel oppresseur et le peuple palestinien à l’éternelle victime ; et de ce point de vue nos positions
ont ressemblé, sans être identiques, à celles de drzz.info.
Pourquoi toutes ces considérations, somme toute assez personnelles ? Pour réaffirmer sans cesse et toujours que la Résistance est un combat qui ne peut pas se déployer sans alliances, et même avec
des gens qui sont assez éloignés de nous, dans leurs positions philosophiques, morales, politiques, sociales ou même religieuses. Moi, par exemple, qui ne suis ni juif ni patron (je le répète, je suis syndicaliste en plus de mes fonctions auprès de Résistance Républicaine), il m’arrive fréquemment d’aller consulter le site de l’Union des Patrons et des Professionnels Juifs de France, UPJF), dont les
rubriques consacrées à l’islam sont excellentes.
http://www.upjf.org/rubrique-upjf-134-6-islam.html
Dois-je également rappeler que, lors de l’apéro du 4 septembre, il m’est arrivé, moi qui me revendique toujours d’un certain marxisme scientifique (celui du Capital) de parler politique, âprement, mais fraternellement, avec tel ou tel participant qui, lui, souhaitait éradiquer « l’offensive marxiste », dont il supposait qu’elle déferlait sur le monde d’aujourd’hui ? Dois-je rappeler que, le 18 juin dernier, mon association a fait cause commune avec le Bloc Identitaire, supposé de droite,
mais dont les positions sociales semblent plus proches de celles des républicains de gauche que de celles… de Guy Millière ! Dois-je rappeler qu’au sein de RR et de RL, nous sommes très nombreux à être issus de partis et de syndicats très marqués à gauche… et non moins nombreux à refuser tout vote à gauche (classique ou radicale) en 2012 ? Ce qui caractérise la Résistance, c’est qu’elle fait voler en éclat tous les clivages traditionnels, y compris le clivage de classe, ce que j’ai d’ailleurs
montré dans un autre article.
http://www.ripostelaique.com/Resistance-et-Lutte-des-classes.html
Cette implosion des clivages traditionnels, et les alliances, inédites, atypiques, qui s’ensuivent, explique en grande partie l’incompréhension dont nous faisons les frais, et pas seulement parce que les bien-pensants essayent de nous faire passer pour des « fachos ». Un collègue, pourtant professeur d’Histoire, à qui j’avais fait lire l’éditorial de Cyrano sur « L’ordre nouveau des islamogauchistes au service du fascisme vert », et à qui j’avais demandé son sentiment sur la
question, m’avait simplement répondu que cet éditorial était du « n’importe quoi pourvu que ça mousse ». Au-delà d’une simple réaction épidermique de prof gauchiste, assez banale du reste, je crois qu’il y avait aussi et surtout, derrière ce mépris, une totale incompréhension, intellectuelle, de nos positions ; j’entends par là qu’un certain nombre de gens, un peu comme en 1939-45, n’ont aucune idée du péril qui les menace, et par conséquent ne peuvent même pas concevoir l’idée d’une
résistance. Plus que l’assimilation à des « fachos », c’est l’aveuglement, l’absence de pensée politique qui détermine le rejet de nos idées par certains. De ce point de vue les non-pensants, fussent-ils cultivés, sont plus dangereux que les bien-pensants ; les bien-pensants eux au moins ont un système idéologique, qu’on peut assez facilement réfuter ; mais face au vide, il n’y a pas grand chose à faire, si ce n’est continuer à diffuser nos idées et à assumer nos alliances.

De fait, je rêve d’un nouveau conseil national de la résistance, unissant, autour d’un programme précis, en liaison avec les médias, associations et groupements de résistance, des personnalités, certes dissidentes, issues des partis (à gauche et à droite) et des syndicats traditionnels. Après tout, d’André Gérin à Charles Aslangul, il en existe déjà des personnalités dissidentes ; et je ne compte même pas les syndicalistes de la CGT ou de FO qui militent au sein de RL ou de RR ! Veut-on un
Churchill ? Geert Wilders fera peut-être l’affaire ; après tout Churchill aussi était à droite. Il nous faudrait un De Gaulle ? Nous allons étudier la question ; ce ne sera certes pas Martine Aubry ; et au pire on fera sans.
Pour finir, on peut se reporter à cet article de Wiki sur le CNR de 1944, on aura une idée du panel inouï des tendances représentées au sein de ce CNR ayant promu le fameux Programme (la liste qui suit est un extrait de l’article). A noter que les signataires du Programme ne sont jamais des personnalités de premier plan.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Conseil_national_de_la_Résistance
Membres du CNR au 27 mai 1943
Outre Jean Moulin et ses deux collaborateurs, Pierre Meunier et Robert Chambeiron, ont participé à la réunion du 27 mai 1943 :
les représentants des huit grands mouvements de résistance :
Pierre Villon du Front national,
Roger Coquoin pour Ceux de la Libération,
Jacques Lecompte-Boinet pour Ceux de la Résistance,
Charles Laurent pour Libération-Nord,
Pascal Copeau pour Libération-Sud,
Jacques-Henri Simon pour Organisation civile et militaire,
Claude Bourdet pour Combat,
Eugène Claudius-Petit pour Franc-Tireur ;
les représentants des deux grands syndicats d’avant-guerre :
Louis Saillant pour la CGT,
Gaston Tessier pour la CFTC ;
et les représentants des six principaux partis politiques de la Troisième République :
André Mercier pour le PC,
André Le Troquer pour la SFIO,
Marc Rucart pour les radicaux,
Georges Bidault pour les démocrates-chrétiens,
Joseph Laniel pour l’Alliance démocratique (droite modérée et laïque),
Jacques Debû-Bridel pour la Fédération républicaine (droite conservatrice et catholique).
Le lecteur peut le constater, la Résistance recrute absolument partout, et pourtant elle a su
déboucher, en 1944, sur un programme authentiquement social.
http://fr.wikisource.org/wiki/Programme_du_Conseil_national_de_la_Résistance
Alors pourquoi devrait-on rougir de nos alliances ?
Jacques Philarcheïn

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