Je préfère le sergent Garcia au sergent Tubiana

Telle serait ma conclusion après tout un après-midi passé à suivre le procès de Pierre Cassen et de Pascal Hilout à la dix-septième chambre, vendredi dernier.

Et quel après-midi ! Passé à naviguer entre émotion et colère, entre admiration et révolte, entre le rire devant l’humour des accusés et de nos témoins et les larmes d’empathie avec ces derniers racontant leur vécu de l’islam,. Avec la rage de n’avoir pu, sous peine de voir évacuée la salle, hurler notre révolte devant la présence d’une femme voilée qui clamait « je suis chez moi »et devant les mensonges éhontés proférés par les avocats des parties civiles ou leurs témoins. Mais avec, surtout et sans cesse, ce regret lancinant : comme il est dommage de ne pas avoir le droit de filmer ni même d’enregistrer ce qui se passe en cette journée historique.

Oui, historique, le mot n’est pas trop fort. Nous étions très nombreux à partager ce sentiment. Parce que, pour la première fois en France – et peu importe que les medias aient délibérément choisi de boycotter ce procès, par crainte de nous faire connaître par encore plus de Français-   c’était le procès de l’islam qui était fait. Sans haine, sans animosité. Juste de l’humanité et une immense peur pour l’homme, quel qu’il soit, quel que soit son pays, quelle que soit sa nationalité, quelle que soit sa couleur. Une immense leçon de courage, de résistance, de foi en l’homme issu des Lumières.

Que dire devant les explications de Pierre et Pascal, modestes, défendant leur vision de l’homme et du monde, sans une once de racisme ni de xénophobie, sans arrogance et sans animosité ? L’envie d’applaudir à tout rompre et de leur crier un immense merci d’avoir si bien su traduire ce que nous ressentons tous, à Riposte laïque et à Résistance républicaine.

Que dire devant les témoignages de nos témoins ? Ils nous ont tous galvanisés. Un silence incroyable, religieux pourrait-on dire, a accompagné les dépositions extraordinaires d’Oskar parlant de la laïcité en Suisse ; de Myriam racontant comment elle, son mari et leur bébé ont échappé au lynchage à Perpignan ; d’Ahmed évoquant, des tremblements dans la voix, et les mois passés à travailler en Arabie Saoudite où il n’a cessé de voir les lapidations et les flagellations, et son vécu de père écoutant ses enfants, au prénom français, raconter les pressions et les injures reçues, en France, parce que ces fils de Tunisien d’origine ne mangent pas halal et ne font pas le ramadan ; de Bernard, né en Syrie, racontant le communautarisme et ses conséquences et sa révolte devant la mention obligatoire de la religion sur une carte d’identité ; d’Anne embrasant la salle par son évocation des femmes brûlées vives ou lapidées, en France, au nom de l’islam ; de René, cet adorable et mince homme de 76 ans, à la crinière blanche, digne, tranquille, disant sa connaissance de l’islam, son respect et sa compréhension des musulmans et appelant au dialogue tant qu’il en est encore temps, afin qu’ils respectent nos valeurs, essentielles ;  de Stéphane, ce petit-fils de déporté juif, racontant comment il avait découvert, à partir des années 2000, qu’un nouvel antisémitisme, d’origine musulmane, se développait comme une traînée de poudre en France…

C’est d’ailleurs ce dernier témoignage qui a le plus ennuyé les avocats des parties civiles, et notamment Tubiana, l’avocat de la LDH, qui était manifestement gêné de trouver en face de lui un de ceux qui faisaient partie des parties civiles au procès Papon.  Au lieu de chercher à approfondir son témoignage, il a cherché à s’en tirer par une pirouette, mettant sur le même plan les textes de l’Ancien Testament, du Talmud et le Coran. Oubliant juste un détail. Un tout petit détail. Les premiers ne sont plus appliqués depuis fort longtemps pendant que le dernier a force de loi… encore et toujours, parce qu’incréé.

On sentait que Tubiana avait un compte à régler avec Riposte laïque, qu’il essaie de toucher à travers les deux textes incriminés, et c’est là que j’ai eu une illumination. Riposte Laïque c’est le nouveau Zorro, qui vient mettre de l’ordre dans un monde qui part à vau-l’eau et Tubiana, c’est le sergent Garcia. Sauf que… Sauf que s’ils se ressemblent par leur corpulence, leur application stupide de préceptes et d’ordres contraires à l’intérêt commun et à la justice, il y a quand même une différence. Le sergent Garcia peut susciter l’amusement, presque de la sympathie. Parce qu’il n’est pas méchant au fond… Difficile d’en dire autant du sergent Tubiana, osant stigmatiser la salle parce qu’elle n’était pas assez black, blanc, beur à son goût,  déformer à dessein les paroles des accusés et affirmer à Pascal Hilout qu’il était raciste avec lui-même et devrait consulter un psychanalyste.

Que dire, enfin, de la plaidoirie implacable de notre avocat, Maître Scipilliti, alignant avec calme et détermination  les arguments en faveur des accusés et s’élevant avec force contre ce qu’il a appelé la « privatisation du parquet » ? Nous en avions des frissons sur le corps.

On laissera pour la bonne bouche les témoins des parties civiles, ternes à souhait, débitant des généralités ou les conclusions de leurs travaux universitaires, à des années lumière de la vraie vie et les autres avocats, qui n’ont fait que dire comme le sergent Tubiana.

Peu importe ces seconds couteaux. Les rois de l’arène étaient Pierre, Pascal, Oskar, Ahmed, Anne, Bernard, Myriam, René, Stéphane et notre avocat, et nous ne pourrons jamais assez les remercier de nous avoir aidés à tracer sur le ventre du sergent Tubiana le nom de Riposte laïque.

Christine Tasin

Résistance républicaine

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