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Je remercie le grand Richard Millet d’avoir su provoquer la Cour des nains ricaneurs

J’aime bien Monsieur Richard Millet. Cet homme dont la discrétion est à la mesure de son grand talent d’écrivain a pris pour habitude de livrer sans détour les sentiments et impressions que lui inspire, autour de lui, le spectacle de la société.

Utilisant les transports en commun, il a noté qu’à la station Chatelet-Les Halles, à six heures du soir, les gens dotés d’une peau blanche par le hasard de la naissance sont, dans les flots de passagers, ultra-minoritaires voire absents. C’est là un constat facile à faire, et nullement porteur de la moindre connotation raciste.

Avec sa franchise de Candide, monsieur Millet s’exposait évidemment à la réaction instantanée des étouffeurs d’opinion dont la besogne dûment tarifée consiste à écorcher vif tout déviant de la pensée unique. Les censeurs vigilants, présents avec lui sur le plateau de France3, l’autre soir, ne manquèrent pas de sauter sur l’occasion pour river son clou à l’observateur somme toute lucide qui s’offrait, étonné et sincère, à leur immédiat courroux.

Il faut porter à la décharge de ces instits fronçant tout-à-coup les sourcils le fait que, fort heureusement, il existe sans aucun doute parmi les voyageurs des métros et RER, et quelle que soit leur couleur de peau, des hommes et des femmes absolument attachés aux valeurs essentielles de la France. Sylvie Brunel, qui appartient à cette catégorie de gens dont on ne sait jamais vraiment ce qu’ils pensent, signala, toute de souriante suavité, que les Arabes ont la peau blanche, ce que personne ne contestera (leurs 17 millions d’esclaves sub-sahariens ayant été châtrés, ce qui entrava un peu la transmission des gènes dominants). Parmi eux, certainement, des citoyens parfaitement imprégnés des valeurs de la République.

Dont acte.

S’il avait eu le temps de s’exprimer plus longuement, Monsieur Millet n’eut pas manqué de dire qu’en vérité, sa stupéfaction venait de la rapidité (trente ans, plus ou moins) avec laquelle s’est opéré le changement de population dans les entrailles de Paris et dans maints autres lieux. Si la chose est moins visible en surface, elle s’y établit néanmoins, à son rythme continu. C’est là aussi un simple constat de bon sens, accessible à n’importe quel citoyen.

Ayant longtemps vécu au Liban, Monsieur Millet aurait également pu affiner son propos en rappelant qu’en une trentaine d’années également, ce pays a vu son paysage humain totalement bouleversé par les bourrasques démographiques dont il fut et est encore le théâtre. L’équilibre politique et religieux établi par les vainqueurs de la première guerre mondiale n’est plus aujourd’hui que l’amer souvenir d’une co-existence intelligente basée sur la réussite d’un pays ingénieux et travailleur, mais hélas privé d’une armée susceptible d’en défendre les valeurs.

Au bout de ce bref moment d’Histoire, que reste-t-il ? Un cadavre dépouillé de sa chair, la certitude de l’intégrisme pour horizon politique et un peuple chrétien, premier au sens chiraquien, condamné à disparaitre dans la vague qui a déjà commencé à l’emporter. Je suis bien certain que lorsqu’il pense au Liban, Monsieur Millet pense aussi à la France.

Le Liban, paradigme de la catastrophe multi-culturelle. Mais qui se soucie de lui, à France3 ? Certainement pas Monsieur Giesbert, journaliste-auteur-éditeur-chroniqueur-rédacteur en chef-éditorialiste-directeur-actionnaire-faiseur et défaiseur de tout et de rien-péremptoire-et-définitif, et, à l’écouter, grand ordonnateur des futures fêtes de la République multi-cul (d’oignon, cf. La jument verte).

Abbé Dubois vêtu de lin, ceint des écharpes flottant au vent qui font les esprits forts d’une classe dirigeante suffisamment ignare pour lui bétonner un socle de Balzac pour ID-TGV, il se pencha amicalement vers son voisin et le rassura. « Richard, ne t’en fais pas, je te réserve une place au goulag doux des cultures éteintes. Tes visions y seront dorées sur tranche, dans les étagères du haut, celles que les étudiants pressés n’auront de toute façon jamais le temps d’explorer. Pour le moment, rentre chez toi en taxi, nous gérons l’essentiel. Et surtout n’oublie pas, avant tout, la Fête, Richard, LA FÊTE !».

La Fête donc. Institutionnelle, obligatoire et permanente. Au S21* des talents superfétatoires corrigés par l’ordre nouveau, Monsieur Millet, unanimement condamné par ses compagnons de chaîne, je dirai même publiquement stigmatisé pour ses intolérables déviances, aura droit entre autre et au nom de cette œcuménique bamboula, aux stages de percussions malenkés et d’excision malienne, aux épreuves de poteries de Nabeul et de pendaison d’homosexuels persans, à l’apprentissage de la cuisson des baklavas en Anatolie orientale et, last but not least, à la lecture répétitive de quelques sourates du Coran par Monsieur Podalydès, le tout enrichi des hadiths les plus percutants de son vieux camarade Maomé, lequel, à ce qui se raconte, n’était pas noir (mais en est-on si sûr ?).

Ainsi la boucle se boucle-t-elle. Et si les zélés serviteurs du vide qui entouraient Monsieur Millet sur la plateau de France3 ne furent pas plus féroces à son endroit, c’est bien parce que pas un seul d’entre eux ne possède le centième de son talent, et que, tout de même, il arrive un moment où l’arrivisme, l’opportunisme, la consensuelle frivolité et la médiocrité sous lumière crue se heurtent, et c’est moral, à la différence existant entre un grand et des petits.

Cette haine grimaçante de condescendance, d’hypocrisie et d’envie de meurtre éprouvée par une bande de nains ricaneurs à l’égard d’un maître, je remercie Monsieur Millet d’avoir su la provoquer un soir de Février 2012, sur un plateau de télévision. Au-delà de ses considérations sur la sociologie des vecteurs de populations parisiens, son inquiétude pour l’avenir de notre petite civilisation gréco-latino-christiano-laïco-française est fondée, chaque jour un peu plus, sur le mépris assassin des petits marquis de la décadence et de la négation à son endroit.    

Pris en main par l’infirmier psychiâtrique Giesbert, Monsieur Millet expérimente sous nos yeux la thérapeutique qui risque fort d’être désormais appliquée aux tenants de la liberté d’expression. Le drame est que la France n’aura pas attendu d’être dans l’état stuporeux du Liban pour en arriver là. Poser la simple question du nombre de mosquées s’élevant dans le pays, et s’étonner qu’il y en ait tant, vous conduit tout droit au poteau. Et l’on peut se demander si Monsieur Giesbert, Commissaire du Peuple Nouveau, n’a pas déjà fait prendre les mesures de la tenue sous laquelle il commandera le feu contre les apostats d’une bien-pensance dont il est devenu, à la force du poignet et sans contestation aucune, un cadre de haut grade.

Ainsi périssent les civilisations, et nul ne pourra prétendre qu’il n’en n’aura pas été averti.    

Alain Dubos

*S21 : centre de détention et de torture installé par les Khmers Rouges à Phnom Penh.