Je rêve pour la France de dirigeants dotés d’un peu de grandeur

hollande-sarkozy-677x450La légende rapporte que Numa Pompilius, roi de Rome, avait pour habitude de se rendre nuitamment dans une grotte secrète, perdue au milieu des forêts boisées du Latium, pour y retrouver la nymphe Égérie. Ce n’est pas pour lui porter des croissants que le roi parcourait ce trajet, mais bien parce que la belle déesse, douée d’une sagesse remarquable, lui prodiguait des conseils aussi bien moraux que politiques. Le roi Numa reste d’ailleurs dans l’historiographie antique l’un des rois les plus loués et souvent pris comme modèle de vertu.

Notre chef à nous, c’est juché sur un scooter italien qu’il chevauche vers sa dulcinée, oubliant qu’il dirige la cinquième puissance mondiale et qu’il préside aux destinées de 65 millions d’âmes.

Quelques siècles plus tard, le consul Regulus préférait la mort au parjure. Prisonnierà Carthage, Hamilcar le chargeait de porter un message à Rome « Rendez-vous ou soyez anéantis ». Regulus s’engageait à revenir leur porter la réponse des Romains, tout en sachant qu’il périrait si la requête carthaginoise essuyait un refus. Non seulement il exhorta ses confrères sénateurs à refuser la reddition, mais il tint parole et revint à Carthage où il fut crucifié, selon les termes du « contrat ». Il devenait pour Rome le symbole de la fides, de la parole donnée.

Et nous qu’avons-nous? Nicolas Sarkozy baron de Nagy-Bocsa! Voilà un homme qui promet devant des centaines de militants, devant des milliers de spectateurs d’abroger une obscure loi (précisant cyniquement que « ça ne coûte pas cher ») et qui un an après, revient piteusement sur ses propos.

Ces deux exemples suffisent à illustrer l’abîme qui s’est creusé entre les hommes de l’Antiquité, et les minables paltoquets qui nous servent de politiciens. Certes les anciens temps ont aussi eu des Alcibiade et autres Sylla. Mais même ces personnages paraissent grands et cultivés à défaut d’être moralement bons. Si bien que même dans leurs vices, ils semblaient conserver quelque grandeur.

Pardonnez cette réflexion si elle vous parait relever de la radoterie. Je ne suis pas de ces old-timers attablés dans un saloon, jurant par tous les saints que « c’était mieux avant »… Mieux ou pis, je n’en sais rien. Mais ce qui distingue la politique ancienne de cette pantalonnade, c’est que si la petitesse et la démagogie y existaient à profusion, la vertu était l’étalon-or, sinon en actes, du moins dans l’esprit des gens. Car même Alcibiade – bien trop conscient de sa petitesse – admirait la sobriété et la droiture de Socrate.

Or, de nos jours, non seulement la vertu est désuète, mais ceux qui la défendent sont moqués, quand ils ne sont pas vus avec suspicion. Ô comble du paradoxe, on veut des politiciens honnêtes et droits; et quand le destin nous en fournit quelques uns, nous les disons fascistes, illuminés, sectaires, et nous préférons retourner dans le giron de ces corrompus que nous maudissions.

Eh oui, notre époque semble hélas non propice à la grandeur. Qui sont les « Grands » de notre monde? Ceux qui distillent sans cesse le même message « humaniste », affublés d’un prix Nobel ou Pulitzer. Mais de l’autre côté (« côté obscur » diront certains) on ne trouve pas plus de réelle grandeur; même Poutine semble quelque peu surcoté. Quant à la France, n’y regardez même pas: de Bayrou à Estrosi, en passant par Aubry ou NKM, je ne vois guère de Solon, ni de Zénobie. Sarkozy n’arrive pas à la cheville du démagogue Catilina; et Juppé se croit Ciceron là où il n’est pas même Lépide.

Pourtant, est-ce si incroyable que de demander un peu de grandeur à ceux qui se prétendent nos représentants?

Nous ne réclamons pas un Cincinnatus qui refusa l’or et le luxe, retournant après son mandat consulaire, labourer son modeste champ; nous demandons seulement des politiciens honnêtes; et s’ils ne nous donnent rien, qu’au moins ils ne nous volent pas.

Nous ne réclamons pas un Scipion repoussant les hordes carthaginoises hors du Latium; simplement un homme d’état capable de bouter les terroristes hors de France, et de ramener la sécurité dans nos humbles chaumières.

Nous ne réclamons pas un Auguste, restaurateur de la religion ancienne, fermant les temples des dieux non-romains. Nous voulons juste un gouvernement qui ne laisse pas nos traditions s’évanouir dans l’oubli pour être remplacées par d’autres, totalement étrangères aux nôtres.

Ce n’est pas d’un surhomme que nous voulons, mais d’un homme vrai. Car finalement, nous ne sommes pas naïfs: nous savons bien que l’ère des géants politiques est révolue. Nous ne regrettons pas tant les géants que nous redoutons les nains. Car la petitesse s’est imposée en politique: dans les idées, dans les paroles et dans les actes.

Nicolas Kirkitadze

image_pdfimage_print

5 Commentaires

  1. Merci Nicolas,
    En effet, un peu d’honneur et de dignité seraient les bienvenus.
    Cette bande de voyous sans aucune classe qui nous gouvernent sont la risée du monde et une honte pour notre pays.

  2. la seule grandeur, c’est l’argent ! qui rend aveugle au déplacement du djihad vers l’europe ! aujourdh’ui 6/2/2016; 22 viole a cologne pendant le premier jour de carnaval !

  3. Bonjour,
    Voici un bon exposé. Pour ma part, je souhaite ajouter un petit détail. Il nous faudrait surtout des gens intelligents, pas des êtres unicellulaires sans cervelle, ciltivés dans un laboratoire de fous.

  4. Moi aussi monsieur Kirkitadze, j’ai trop souvent rêvé et espéré qu’une petite poignée d’hommes ou de femmes avec un peu d’ intelligence, de volonté et de courage, prennent les bonnes décisions pour notre pays. Malheureusement, je suis comme sœur Anne, je ne vois toujours rien venir! Nos politiques ont compris depuis longtemps que le « temps des géants » est révolue et qu’ils sont tous des »nains »!

Les commentaires sont fermés.