Je suis pour le mariage homo et je me félicite de l’existence de La Manif pour Tous

Adresse imaginaire à toute la galaxie « Manif pour tous », Printemps français, Sentinelles

Je suis féministe radicale et pour le mariage homo, et en même temps, je me réjouis du mouvement historique qui est le vôtre.

Je voudrais vous expliquer deux choses. La  première est pour quelles raisons, je me réjouis de ce mouvement, en quoi il rejoint mes préoccupations féministes. La deuxième est pourquoi je crois que ce mouvement ne pouvait se produire que sous l’impulsion initiale des catholiques les plus fervents et les plus attachés à des notions telles que la pureté et la croix.

Je me réjouis de votre mouvement, pour deux raisons :

–          parce que j’en partage l’idée essentielle sur l’enfance

–          et parce qu’au-delà de ce thème précis, il représente une mobilisation inespérée pour défendre une civilisation que j’estime être aujourd’hui en grave danger d’être détruite.

L’idée essentielle de la Manif pour tous, si je l’ai bien comprise, est que l’idéal pour un enfant est de naître d’un homme et une femme qui s’aiment et l’élèveront ensemble.

Je pense que cette idée est une évidence. Tout le monde sait qu’un enfant est plus heureux s’il a  « son » père et « sa » mère autour de lui, qui s’aiment.  Il suffit d’interroger ses propres sentiments.

Cette idée est un élément central de notre civilisation, parce qu’elle met l’amour au cœur de la réalité, l’amour qui refuse de considérer  l’être humain comme un fait uniquement matériel, l’amour qui refuse de considérer l’autre comme un objet, l’amour avec toutes ses exigences,  qui vont lors de certains évènements jusqu’au sacrifice de soi-même.

OUTILS PEDAGOGIQUESNotre civilisation est fondamentalement monogame, parce qu’elle prend en compte avec « réalisme »,  les exigences de cet « idéal » d’amour, amour conjugal, amour des parents pour leurs enfants,  souci des autres en général.

Tout le monde sait donc qu’un enfant est plus heureux s’il a  « son » père et « sa » mère autour de lui, qui s’aiment.  Tout le monde sait aussi que les  couples qui s’aiment vraiment  vivent en fait, selon le modèle monogame, du « don total l’un à l’autre » et tout le monde « rêve » de vivre selon ce modèle « de conte de fée ».

Nous savons  que la vie de famille a de grandes exigences, et  nécessite de renoncer à trop d’individualisme, nécessite une part de « sacrifice » de son égo.

A l’inverse, nous savons bien que l’on risque, en sortant de ce modèle monogame, soit de faire naître des enfants dans de mauvaises conditions,  soit de briser des cœurs : c’est-à-dire d’une façon ou d’une autre,  de faire souffrir l’autre, que l’on traite peu ou prou en objet.

Vous voyez peut être maintenant apparaître ce que sont à mon avis, les points communs entre féminisme et christianisme.  Tous deux, féminisme et christianisme refusent qu’un être humain soit réduit à un objet,  et que règne la loi du plus fort. Féminisme et christianisme sont deux idéalismes, c’est-à-dire deux refus de la domination du matériel sur l’esprit ou l’âme.

Pour que le matériel ne domine pas sur l’âme, il faut que chacun accepte l’idée d’un sacrifice éventuel de soi pour l’amour, pour les autres. La conscience de cette réalité m’apparaît capitale, la prise de conscience de cette situation dans laquelle l’humanité se trouve du fait de sa « nature d’être » à la fois matériel et spirituel, entre « ange et bête »,  m’apparaît être un acquis fondamental de la civilisation. Cette prise de conscience est toujours menacée par la violence  et les idéologies mises au service de la violence et de la loi du plus fort,  la loi du marché etc.

Vous voyez ainsi aussi apparaître la raison pour laquelle votre mouvement ne pouvait naître que de l’initiative des catholiques les plus fervents, ceux qui ont à l’esprit la croix : eux, n’oublient jamais qu’aimer exige le sacrifice, toujours une part au moins de sacrifice …

Je pense que pour sauver notre civilisation, il faut écouter l’’enseignement des catholiques  qui n’ont pas renoncé aux idées de pureté et de croix … Je crois qu’en refusant de les écouter, c’est le cœur de notre civilisation que l’on rend incompréhensible, donc indéfendable.

La menace pour notre civilisation est dans l’idée que l’être humain ne pourrait pas échapper à la fatalité d’utiliser l’autre comme un objet, parce qu’il est en fait esclave de son corps.

L’enseignement des adeptes de la « pureté » est que l’être humain a une vraie liberté intérieure, qu’il a largement la liberté de maîtriser ses pensées et par ses pensées, son corps. La « croix » dit la liberté de choisir jusqu’au bout, l’amour de l’autre malgré les douleurs du corps. Cette réflexion les a menés à  être partisans de la monogamie stricte, de la « chasteté » même dans le mariage.

Je donnerai  deux exemples de discours de ces « fols en dieu » qui me paraissent finalement si… féministes.

Le Pape Jean-Paul II a expliqué que pour Jésus, l’ « adultère » existe lorsque l’on regarde  « une » femme, même « sa » propre femme, avec uniquement les yeux du désir physique, c’est-à-dire dès  lors que l’on regarde l’autre uniquement comme outil de satisfaction de son propre corps. C’est la notion de « chasteté » conjugale, du moins une de ses formes.

Autre exemple, un médecin catholique du début du XXème siècle, dans un ouvrage adressé aux jeunes, s’insurge contre les justifications par un prétendu « besoin sexuel » de l’envoi des jeunes à des prostituées, il témoigne que ces femmes finissaient toutes victimes de maladies affreuses, il explique que les hommes ont la liberté de gérer leur imagination et par là leur sensations,  et que médicalement l’abstinence n’a jamais tué personne.

L’explication de texte de Jean-Paul II montre le manque d’amour,  la barbarie, de toute théorie qui énonce qu’un homme aurait le « droit » d’avoir plusieurs épouses ou aurait le « droit » de faire tel ou tel geste contre la volonté de sa femme.

Les explications de ce médecin catholique rappellent la souffrance physique des femmes réduites au rôle d’esclaves d’un prétendu besoin physique masculin et le ridicule et la mauvaise foi odieuse de cette justification …

Les féministes paraissent se situer à l’opposé de cette conception de la famille monogame. En réalité les féministes ont dénoncé le mariage et la famille parce qu’elles ont constaté que dans les faits et dans certains discours, ces institutions étaient le lieu d’abus de pouvoir sur les plus faibles et de justification de ces abus.  Mais les féministes radicales ont aussi depuis longtemps dénoncé la violence sous les discours de prétendue « libération sexuelle ». Elles se font d’ailleurs régulièrement accuser de « puritanisme » …

Je pense que pour résumer la différence des points de vue, on peut dire que ce n’est pas contre l’idéal de « don mutuel total » de cette vision de l’amour conjugal et familial qu’elles s’insurgent, mais contre ses divers détournements.   Juste au cas où vous l’ignoreriez, beaucoup ont trouvé le « prince charmant » et vivent très heureuses en famille …

Aujourd’hui le féminisme est confondu avec la théorie du genre, qui sous-tend les projets les plus aberrants concernant les enfants. En réalité le mouvement féministe n’est pas le mouvement dit « queer », c’est-à-dire celui des partisans de la thèse du « gender » poussée à l’extrême :  pour résumer brièvement la différence entre les deux, on peut dire que le queer tend à nier le corps et jusqu’au droit de se dire « femme », ce qui aboutit à la destruction de la raison d’être même du féminisme.

Le mouvement féministe  est pour une bonne part très opposé à la GPA notamment : la Coordination lesbienne en France, le Planning familial, la Cadac  s’opposent depuis des années à la légalisation des contrats de mères porteuses.

Mais le mouvement féministe n’était pas aussi apte à réagir  parce qu’il est piégé par son optimisme :  je m’explique…  Mon mouvement, les féministes,  est un mouvement très fleur bleue et plein d’optimisme :  nous disons « nos luttes changent la vie entière », nous voulons « refaire le monde » pour le bien de toutes et tous, nous cherchons des solutions pour un monde meilleur et nous avons confiance dans la possibilité de les trouver.

Or cet optimisme rend le féminisme facilement récupérable par le monde du marché, car le monde de la marchandisation repose sur l’idée qu’il y aurait des solutions à tout, qu’il serait possible de « jouir sans entrave », qu’aucun sacrifice ne serait nécessaire, qu’il suffirait d’acheter ses produits pour ne jamais souffrir.

Ainsi, quand le mouvement féministe voit que les lesbiennes ou les gays ne peuvent pas avoir d’ «enfant de l’amour » et en souffrent, les féministes, hétéros ou lesbiennes, se disent : «  il doit y avoir une solution à imaginer ». C’est alors que le monde marchand dit « Pas de problème, nous avons des solutions :  vente de gamètes, location de ventres, vente de bébés  …», et accuse les féministes qui refusent cette prétendue solution d’être réactionnaires …

J’allais presque oublier … Les « fols en dieu » pas sortables pensent que l’homosexualité est un péché, ils osent le dire en public : je ne suis même pas traumatisée … Ce qui me paraît essentiel est que même le catéchisme exige de la compassion : là aussi l’idéal d’amour de notre civilisation prévaut.

La mobilisation française pour protéger les enfants, est un évènement historique, extraordinaire. Elle est aussi inespérée que fragile.  Je pense qu’il faut avoir conscience qu’elle est une occasion unique sans doute pour notre génération …

Je pense qu’il est essentiel de conserver à l’esprit quel est l’idéal, et les raisons fondamentales pour lesquelles il est l’idéal.

Il peut y avoir des vues très diverses dont on peut discuter à l’infini, sur la prise en compte par la loi des situations qui ne correspondent pas au cadre idéal, sur les moyens de s’en rapprocher malgré les particularités et difficultés particulières de chacun, – moyens que les féministes optimistes cherchent activement –

Mais il ne faut pas perdre de vue l’idée essentielle à défendre, contre toute les idéologies ou religions qui voudraient nous convaincre de nous abaisser : l’enfant n’est pas un objet, aucun être humain n’est un objet, et tout être humain a en soi cette dimension qui lui permet de ne pas traîter l’autre en objet.

Elisseievna

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