Je suis un homme, je viens de mettre au monde mon enfant…

Publié le 30 septembre 2019 - par - 1 006 vues
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Bureau de l’état civil, 2025.

– Je viens déclarer la naissance de mon enfant
– Très bien, monsieur… La maman est toujours à la maternité ?
– Comment ça, « la maman » ? C’est moi la mère, sombre tache !
– Oh… Sincèrement désolé, je vous avais vraiment pris pour un homme

– Mais JE SUIS un homme ! Ça se voit pas, peut-être ? Tu chercherais pas un peu la bagarre, parfois ?

– Veuillez m’excuser, j’ai juste un certain mal à comprendre…
– T’es vraiment perché, toi. Je suis devenu homme à l’état civil, mais en tant que « pré-op ». J’ai encore mes attributs féminins. Et en plus, ma vie privée te regarde pas
– Euh… bon, de toute façon c’est pas grave, depuis que « Parent I et II » peuvent remplacer père et mère. Vous, vous êtes lequel ?
– En fait, j’aimerais bien être les deux à la fois
– Impossible. Il aurait fallu que vous vous soyez auto-engrossé.e, ou reproduit.e par parthénogenèse.
Et même si notre Président y tient, c’est pas encore au point techniquement. Votre enfant est issu de la PMA ?
– Non. Il a été conçu de manière archaïque
– Donc, le cogéniteur pourra éventuellement être déclaré « père », ou « parent II »
– hmmmm… Ouaip, bien que le patriarcat soit un concept ringard et dépassé

– Ça serait qui, donc ?
– Le cogéniteur, comme vous dites, c’est ma copine. Elle fait le même chemin que moi, mais dans l’autre sens. D’homme, elle devient femme, mais c’est pas encore officiel
– Si j’ai bien compris, votre prochainement femme pourrait être le père. On fait quoi, alors ?
– Rien pour l’instant, sur ce sujet. Quand elle sera vraiment femme, elle pourra toujours faire une reconnaissance de paternité. Et le gosse sera issu d’un couple hétérosexuel. On pense qu’en évitant les médisances, ça sera mieux pour lui, même si on a l’esprit très ouvert
– Faites attention, ça lui ouvrirait des droits sur l’enfant
– Oui, mais en cas de séparation, à moi la pension alimentaire !
– Là encore, prudence. La justice n’avantage pas la mère sur le père, mais la femme sur l’homme.
Or comme chez vous, la femme est le père et vice versa, vous prenez des risques
– Pour une fois, vous n’avez pas tort. D’autant que vous le savez comme moi, les femmes, c’est toutes des salopes. Je suis bien placé pour en parler. Je réfléchirai
– Venons-en à l’enfant. Garçon ou fille ?
– Vous recommencez ! Vous croyez que j’ai eu le temps de lui faire passer radios, scanners et IRM pour voir s’il avait pas un pénis ou un utérus caché ? Si je me plante, « ille » me le reprochera jusqu’à la fin des haricots !
– Je comprends, mais il faut lui donner un prénom. Certains sont neutres, comme Camille, Claude ou Dominique, par exemple…
– Ben voyons ! Même le dernier des péquenots du Limousin ne voudrait pas appeler ses vaches comme ça ! J’ai choisi صبح گرگ و میش
– ????? Comment ça s’écrit ?
– Ben ça s’écrit صبح گرگ و میش ! Ça veut dire « Matin du crépuscule » en farsi. Faut savoir être multiculturel et s’ouvrir au monde, loin des préjugés rances et rabougris
– Pfff… je vais le rentrer en calligraphie manuelle. Bon, je crois que là, c’est bouclé
– Finalement, vous êtes un employé sympa. C’est quoi, votre prénom à vous ?
– Pierre-Christine.

Jacques Vinent

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