Je suis venu, j'ai vu, je n'y crois plus, d'Omar Ba

« Je suis venu, j’ai vu, je n’y crois plus » cette constatation ne pouvait être relatée, analysée que par un homme de terrain, par un immigré. C’est du vécu pur ! L’auteur M Omar Ba, jeune africain de 29 ans, après des études de sociologie et un DEA, a tous les atouts pour en parler, et il s’ attèle à la tâche avec détermination et courage. Son ouvrage va sans doute lui valoir bien des griefs de la part des Africains dont il casse le rêve et les certitudes. Car, en effet, c’est le but du livre, et il est très convaincant. Las de voir la jeunesse africaine partir, et quelquefois mourir, pour rejoindre, comme il a dû le faire lui-même, un eldorado, mythe démesuré, M Ba a décidé de dénoncer : « l’Afrique est aujourd’hui assimilable à un laboratoire géant où tous les efforts sont concentrés sur la création d’un être-type : candidat potentiel à l’émigration, clandestine ou légale …réelle entreprise sociale de dressage »
Il dénonce les responsables de ce gâchis : acteurs politiques africains, enseignants et système scolaire, familles. Tous, depuis la petite enfance martèlent dans les cerveaux des jeunes Africains que leur destinée est de partir vivre ailleurs qu’en Afrique, parce qu’ailleurs « c’est forcément mieux » La pression s’exerce de manière incroyable sur ces jeunes qui, pour ne pas décevoir leur entourage, se décident à partir, au bénéfice très lucratif des mafias de passeurs, avec les drames que l’on sait. Lui qui a fait cette terrible expérience sait très bien que tout cela est faux.
Il décrit avec force et justesse la grande solitude et généralement l’échec de l’expatrié, illégal, clandestin, contraint de se cacher souvent, et de travailler dur toujours, quand il trouve un travail, afin d’assumer le rôle auquel on le destine de « vache à lait » nourricière de la famille restée au pays. Cette famille, qui ne se soucie pas du tout de ce qu’il vit (est-il en bonne santé ? est-il heureux ?) pourvu qu’il envoie l’argent, famille qui souvent aggrave la situation réelle pour mieux l’ attendrir. Dans cet exode beaucoup y laissent leur santé mentale et leur dignité. Les familles africaines restent sans nouvelles quand ceux qu’elles ont envoyés: « ont complètement décroché, sont devenus SDF, alcooliques ou délinquants »
On est loin du discours de « l’immigration, une chance pour la France » Avec des exemples pris dans différents pays européens, Omar Ba arrive à la conclusion que : « Le temps où l’Europe avait un besoin massif d’immigrés est révolu » Il pose froidement la question et y répond : « Est-ce que jamais dans l’histoire contemporaine, les frontières d’un pays se sont ouvertes pour laisser passer tout le monde ? Non évidemment. » Il n’accuse pas, il comprend les difficultés d’existence des Européens touchés par la crise et constate que la technologie et la mécanisation ont remplacé les travailleurs d’autrefois et qu’à cela s’ajoutent les délocalisations.
Quant à l’immigration choisie, choisie par les Européens, elle aura pour conséquence de vider l’Afrique de ses éléments les plus dynamiques, et il sait que l’Europe ne manque aucunement de gens formés.
Alors il propose une voie audacieuse : « retourner et rester en Afrique…avoir le courage de rêver d’une Afrique neuve » Il suggère aux immigrés de renter au pays. Il faudra vaincre les clichés et les obstacles. D’abord changer le regard que les jeunes ont de l’Europe, du mythe, et il s’y emploie dans cet ouvrage, et aussi changer l’image que l’Afrique donne d’elle-même ou que les média occidentaux en donnent. Ne pas toujours la présenter comme la poubelle de la planète, montrer plus les choses qui marchent.
Concernant les emplois, les dirigeants doivent, selon lui, obliger les Africains à occuper ceux disponibles en Afrique, éventuellement par la contrainte. Il s’étonne que des Ouzbeks viennent travailler au Sénégal, alors qu’il y a de la main d’œuvre locale et se demande pourquoi les étudiants africains formés et aidés (bourses) par leurs Etats restent en Europe alors que l’Afrique doit faire appel aux Européens qu’elle paye très cher, l’exemple le plus criant étant celui des médecins.
Ce jeune auteur a des idées, beaucoup d’idées concernant :
– La formation par exemple dans l’aide que les universités étrangères peuvent apporter grâce à Internet.
– Le regroupement coopératif
– l’agriculture
– le micro – crédit
– La manière dont les états ou les ONG doivent aider réellement les Africains.
– Payer à un juste prix les compétences
Il relate des expériences réussies et conseille aux siens : « n’imite pas ton voisin innove » C’est un formidable appel à l’action et à l’espérance.
Amour de l’Afrique, amour des siens, on trouve tout cela dans ce livre. Thérapie aussi sans doute, il parle au nom de tous ceux, qui, désabusés n’osent pas dire à leurs familles : Laissez-nous rentrer, n’ayez pas honte, et ensemble construisons l’Afrique dynamique et moderne de demain !
Excellent ouvrage.
Chantal Crabère
Je suis venu, j’ai vu, je n’y crois plus, de M. Omar Ba.
Editeur Max Milo (avril 2009)

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