1

Je tremble chaque jour pour la sécurité de ma petite-fille…

Lettre à ma petite fille

Ma petite chérie,
Je viens de te ramener chez tes parents, à l’étranger, après une semaine ici. Nous avions conclu un pacte : je t’offre une semaine d’équitation si tu viens réviser sérieusement la grammaire française avec moi pendant 7 jours.
Pas marrant, à 15 ans de devoir travailler alors que tous les autres sont à la plage… Pas commode pour moi non plus de m‘habituer aux bougonnements propres à ton âge, à l’absence de réponse lorsqu’on t’appelle, à des réparties parfois pas mal écrues, mais tu vois, je me souviens de ta mère et de tes 3 oncles à ton âge et je prends patience….

Toi, tu as aussi été patiente avec moi, nous avons bien avancé. Le subjonctif présent et le conditionnel imparfait n’ont plus de secrets pour toi.
Il y a un seul problème entre nous, ce sont les musulmans.
Au lycée, on vous bourre le crâne, on vous manipule, on vous fait croire que les gentils adolescents joliment bronzés sont vos amis, qu’ils ont eu des tas de malheurs, et qu’il faut les aider.

Aux mamans, on interdit de préparer des sandwiches au jambon pour le déjeuner, car leur seule vue pourrait blesser nos ‘amis’ les musulmans (texte original de l’e-mail de la directrice du comité des parents) (Remarque en marge, les directrices de comité des parents, je ne peux pas les sentir, elles sont tellement parfaites, tellement irréprochables, l’une d’elles a explicitement et durablement gâché ma vie de mère de famille nombreuse pendant des années…).

Quant à votre manuel de français, c’est une honteuse imposture, un scandale. Dans ce précis, qui décrit la vie d’un lycée parisien, les enfants ne s’appellent ni Louis ni Marie, mais Mehdi et Saida…. Imagine la rage que je dois dissimuler en le feuilletant avec toi… (je change les noms, bien entendu, pour moi ce sont tous des petits Jean et des petites Anne qui commentent la vie de tous les jours, destinée à t’apprendre la langue française). Tu me connais, j’ai écrit à l’éditeur-moi-je-suis-ami-des-musulmans et lui ai exprimé ma colère. Sans réponse, évidemment.
Hier, en te ramenant chez toi, loin d’ici, nous nous sommes retrouvées sur le parking d’un centre commercial fréquenté par 60% de voilées. Bien plus que chez nous, j’en avais la nausée….

Lorsque l’une d’elles, au volant d’un 4 x 4, nous a presque bousculées, j’ai grogné : « ça me rend agressive » !, notre première dispute a éclaté. Tu me reproches mon attitude, « laisse-les donc s’habiller comme elles veulent… elles ne t’imposent pas un style de vêtements, elles non plus ».

C’est cela que tu ne comprends pas, et tu ne m’écoutes pas quand je t’explique qu’au rythme de 8 rejetons par moukhère, ils seront bientôt en majorité absolue et que c’est toi qui seras obligée de te fagoter de cette sorte…
Comment te prévenir que la maison brûle et que je voudrais te sauver ?

Hier, tu as refusé d’aller seule au supermarché parce qu’un camionneur t’avait sifflée et que tu avais peur. (NdlR : le camionneur était lui aussi une véritable chance pour toute l’Europe) Le supermarché, c’est à 5 minutes d’ici… et tu voulais t’acheter tes sacro-saints sushis, tu y tenais tant.
Tu vois que tu as peur ?

En hiver, je tremble chaque soir, sachant que tu rentres à pied du lycée. Près de chez vous, il y a une maison remplie de gentils-bronzés-qui-ne-demandent-qu’à-s’intégrer et moi, je sais que pour eux, tu es une proie idéale. Tu es belle, fine, tu as une démarche de danseuse, mais tu ne veux rien entendre.

Depuis l’arrivée en masse de toutes ces aubaines pour le pays, ce sont les victimes qui sont les malfaiteurs. Je me sens mauvaise en t’expliquant cela… et pourtant c’est parce que je t’aime.

Anne Schubert