Je vous propose le synopsis d'un roman du 21e siècle politiquement incorrect

Bonjour Cyrano,
Tout d’abord je te souhaite une belle année 2010, avec mes meilleurs voeux d’augmentation de l’audience de RL, et pour la création d’un réseau laïc…
Je t’envoie ce texte assez ambigu, écrit sous forme de nouvelle, qui donne une sorte de scénario possible de l’avenir, en espérant qu’il ne se produira pas !
Ceci se passe dans un pays qui n’existe pas
J’ai rencontré un romancier qui m’a raconté la trame d’un futur roman. L’histoire se passe peut être dans un pays européen, aux alentours du XXIème siècle :

Souvenirs d’un futur lointain…

Cela a commencé lorsqu’on Mr et Mme F. ont été retrouvés tués chez eux. Ces deux paisibles retraités avaient été attachés et torturés toute une nuit. C’était la dixième agression de ce genre dans le quartier.
La même semaine, une dizaine d’enfants de 10 à 13 ans avaient battu un passant qui était passé au milieu de leur petit groupe, pour rentrer chez lui vers 22 heures. L’homme de 45 ans s’en était sorti, malgré les appels des jeunes qui criaient « achevons-le, cette sale face de craie ! » A cause de cette agression, il était devenu handicapé, et vivait depuis des mois dans d’atroces souffrances. Après des semaines d’enquête, la police avait réussi à retrouver les agresseurs, mais vu leur âge ils resteraient en centre fermé pendant 3 ans et auraient un suivi psychologique. C’était un « jeu qui avait mal tourné », avait-on dit. Des bêtises de gosses, quoi.
Il n’y avait plus de café dans le quartier. Celui-ci avait fermé suite à plusieurs braquages, le patron était parti, sans trouver de repreneur, pour s’occuper de sa femme, profondément traumatisée, et qui vivait désormais en permanence sous anxiolytiques.
La synagogue, régulièrement taggée, avait fini par cesser ses activités depuis plusieurs années ; les fidèles avaient été agressés de nombreuses fois, et désormais il n’y avait plus de Juifs dans le quartier, ils étaient partis en Israël quand on avait fermé la petite école privée où ils envoyaient encore leurs enfants. En effet, pour raison de réduction budgétaire, l’Etat ne pouvait plus la protéger avec un car de police stationnés en permanence devant l’école.
La 20aine de dealers qui squattaient devant le grand immeuble restait là presque toute la journée, les gens du quartier n’osant témoigner contre eux depuis que la fille d’un témoin avait été violée et que l’appartement d’un autre habitant, qui avait un jour téléphoné au commissariat, avait mystérieusement brûlé.
La police ne venait plus dans ce coin quand on l’appelait, sauf accompagnée d’une compagnie de 100 militaires. Autant dire qu’elle ne se déplaçait plus souvent à cet endroit.
De même pour les feux de voiture, qui brûlaient souvent et n’étaient plus remboursées. Il s’agissait de voitures de gens modestes, que les assurances ne couvraient plus. Les BMW des caïds, qui recevaient des allocations genre RMI, ne brûlaient jamais. Les pompiers n’acceptaient d’intervenir que protégés en véritable convoi, car des jeunes encagoulés les attaquaient avec des boules de pétanques. Sur quelques dizaines de jeunes qui sortaient la nuit avec cagoules et cocktails molotovs, on avait réussi à en arrêter 5. 3 étaient ressortis après une nuit de garde à vue, 2 avaient écopés de 3 mois de prison. Mais le tribunal avait dû être évacué car des « incidents » s’étaient produits, les familles menaçant de mort le juge.

Des associations avaient manifesté dans le quartier contre les gardes à vue « honteuses ». Un intellectuel, un certain Emmanuel Tedd, expliquait que le véritable problème de ce pays c’était la Chine et l’Inde.
Un jour, cela devait être après la dixième agression chez un particulier, les habitants décidèrent de s’organiser. Ils formèrent une sorte de groupe pour, disaient-ils, regagner la tranquillité de leurs rues. Quelques hommes s’étaient mis au sport, s’étaient acheté des bombes lacrymo, et décidaient de passer dans les rues tard – c’est-à-dire vers 20h dans ce quartier, quand toutes les rues étaient vides.
D’autres associations d’habitants, fédérées par quelques sites se disant « républicains » cachant mal leurs idées nauséabondes, se constituaient. Heureusement des journalistes courageux commencèrent à dénoncer ces dérives.
Une fois, trois skinheads ivres allèrent écrire sur un mur « mor aux dailhincans, las Frhance vivrat ». Il y eut des articles dans les quotidiens, une première page pour s’inquiéter. On pu retrouver les skinheads qui firent de la prison. Mais il fallait chercher la cause d’une telle haine.
Certains sites ne l’attisaient-ils pas ? Ils passaient leur temps à dénoncer des jeunes, à stigmatiser des populations défavorisées, à monter en épingles quelques petits faits divers, comme disaient les journalistes qui vivaient dans l’équivalent du 5ème arrondissement dans ce pays imaginaire.
D’autant que d’autres sites demandaient un référendum sur la sécurité et développaient des idées nauséabondes. Ils prétendaient qu’il y avait des problèmes de sécurité, que celle-ci était un droit, que la Justice devrait être plus sévère, qu’il faudrait établir la double peine. Il fallait étouffer ce populisme et ces délires sécuritaires.
L’Etat pouvait-il tolérer la montée du fascisme ?
Quand trois jeunes furent blessés au flash ball par un habitant, il y eut une grande manifestation de solidarité avec des banderoles « Stop au fascisme, les milices ne passeront pas ! » Par contre, personne ne se souvenait de cette mamie qui avait été bousculée par les mêmes trois jeunes, quelques semaines auparavant ; elle était alors tombée par terre et s’était cassé le col du fémur ; on avait parlé d’un malheureux concours de circonstances, les trois jeunes avaient fait de la garde à vue ; elle était morte quelques mois après, personne n’avait manifesté. C’était involontaire, elle n’avait bien sûr pas été assassinée, c’était juste de la malchance…
Suite aux manifestations citoyennes, aux associations citoyennes, grâce aux journalistes citoyens, la situation commençait à s’améliorer enfin ! Les instances européennes bougeaient. Des juristes montrèrent l’incompatibilité absolue des propos des sites nauséabonds avec les principes du droit Européen.
Maintenant, les référendums sont heureusement hors la loi, les sites fermés, leurs responsables ont été déchu de leurs droits, quant aux soi-disant citoyens qui organisaient des milices fascistes « pour se défendre », ils sont en prison.
Le pays imaginaire est enfin sauvé de ce péril des milices et de ces sites qui appelaient à la haine. Les responsables de ce climat ne pourront plus nuire : même les internautes de base, qui alimentaient les sites en faits divers, sont ruinés suite à leurs nombreux procès pour « incitation à la haine », procès intentés par des associations subventionnées ; les animateurs de ces sites, déséquilibrés mentaux, sont en hôpital psychiatriques. Ils voyaient de la « délinquance » et des « criminels » partout !
Fin du synopsis.
Après avoir lu ce texte, je ne peux m’empêcher de penser : « Quand même, quelle imagination, ces romanciers ! On se demande où ils vont chercher tout ça ! » Mais je ne sais pourquoi, avec un tel sujet, je ne suis pas sûr qu’il trouve facilement un éditeur ou puisse en faire un scénario pour un téléfilm. Peut être parce que c’est trop abstrait, trop loin de la réalité… Je crois que ni Josiane Balasko ni Mathieu Kassovitz ne seront intéressés. Allez, je retourne voir « Joséphine ange gardien » ou « Boulevard du Palais » pour qu’on évoque des sujets de sociétés de la France d’aujourd’hui !
Loick

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