Jean-François Kahn méritait une autre sortie

La déflagration de l’affaire Strauss-Kahn n’a pas fini de faire des dégâts collatéraux. Le Parti socialiste essaie laborieusement de « tourner la page », en tentant de nous faire oublier que celui qui affiche aujourd’hui la réalité de son train de vie était encore le candidat à laquelle toute la gauche devait se rallier, en 2012, pour battre Sarkozy, « l’homme du Fouquets », et pour barrer la route à Marine Le Pen, et bien sûr, « la femme du fascisme ».
Au-delà de la trahison des valeurs de gauche, dont PS, PCF, Verts, Parti de gauche et tous ceux qui voulaient nous vendre Strauss-Kahn auront à s’expliquer, cette affaire a montré, de manière éclatante, la connivence incroyable, pendant plusieurs jours, de toute la caste médiatique avec l’époux d’Anne Sinclair. Sans aller aussi loin dans le ridicule qu’Alain Duhamel (1), il a été éclatant, comme l’a remarqué Bonapartine, que pendant tout le dimanche, l’ensemble des grands chroniqueurs a fait front pour protéger DSK, sans un mot pour la femme de chambre, et, surtout, sans évoquer un problème pathologique du président du FMI avec les femmes (2).
Les féministes, à juste titre, ont ciblé deux phrases particulièrement abjectes, dans ce contexte de réflexe de caste. Celle de l’inimitable « Djack » Lang, qui a osé dire « Il n’y pas mort d’homme », nous rappelant les discours les plus réactionnaires qui étaient opposés aux féministes, quand elles osaient appeler le viol un crime, dans les années 1975. Mais c’est surtout Jean-François Kahn, et son horrible phrase. Ne voulant pas croire à une agression sexuelle, il dira : « Ce n’est qu’un troussage de domestique ». C’est cette phrase qui a suscité les plus violentes réactions, et surtout la décision de Jean-François Kahn, devant le tollé provoqué, de mettre fin à ses activités journalistiques. (3)
 
Rappelons que le fondateur de Marianne nous avait fait le coup de la retraite lors des dernières élections européennes, où il avait annoncé sa volonté de siéger à Bruxelles, sur la liste du Modem de François Bayrou, dont il était tête de liste dans l’Est de la France. Quelques jours après la déculottée de Bayrou, il avait opéré une spectaculaire volte-face, et avait laissé sa place à la deuxième de la liste. Depuis, il essayait de se refaire une place à Marianne, où, manifestement, beaucoup avaient envie de tourner la page JFK, et de faire de Marianne ce qu’il est devenu : un journal de plus de la bien-pensance, avec Julliard à la tête de la rédaction, montrant le virage « bobo » de l’hebdomadaire.
Mais si cette fois Jean-François Kahn quitte vraiment la profession, il est dommage qu’un tel personnage le fasse d’une telle manière, par une si petite porte. Ceux qui lisent régulièrement Riposte Laïque savent que ces derniers temps nous ne retrouvions plus le journaliste que nous avons apprécié, notamment lors de la fondation de Marianne. Certes, l’homme ne nous a jamais séduits par son centrisme révolutionnaire, que nous n’avons toujours pas compris. Il ne nous a jamais convaincus par son européisme de résignation, il nous a consternés en attaquant Nicolas Sarkozy sur ses qualités mentales, le qualifiant de « fou », ce qui nous paraît un angle d’attaque davantage de type stalinien que journalistique, il nous a désespérés quand il a vu dans la votation suisse sur les minarets (4), qu’il a condamnée comme toute la bien-pensance, la responsabilité des Sarkozy-Besson, montrant que s’il pensait le président de la République « fou », c’est surtout Sarkozy qui rendait « fou » JFK !
Néanmoins nous nous souvenons avec une certaine admiration de l’homme qui a fondé Marianne pour combattre, en 1997, la bien-pensance, alors à son sommet au niveau médiatique, incarnée par le trio Le Monde, Libération et Le Nouvel Obs. Se lançant dans l’aventure avec un courage et une volonté admirables, avec une petite équipe d’aventuriers, Jean-François Kahn a alors osé, pendant des années, remettre à l’ordre du jour un discours républicain dans un grand média. Il a pourfendu sans discontinuer la régularisation des clandestins, le discours de l’excuse, le recours à l’immigration en période de chômage de masse, le déni de réalité sur l’insécurité… tout ce qui a contribué à l’explosion en plein vol de la fusée Jospin, le 21 avril 2002. Il n’a jamais hésité à s’offusquer contre les lynchages orchestrés par ses collègues, au nom de la dictature du politiquement correct. Cela ne l’empêchait pas, par ailleurs et paradoxalement, de salir régulièrement Ivan Rioufol, dans Marianne, avec un acharnement qui ressemblait à celui des bien-pensants qu’il prétendait combattre. Et le moins qu’on puisse dire est qu’on ne l’a pas beaucoup entendu quand Eric Zemmour a subi le procès en sorcellerie qu’il a connu, de la part des soi-disant anti-racistes…
Il est surtout invraisemblable, et là-dessus nous suivrons Jean-François Kahn, que simplement une phrase, qu’il regrette, pour laquelle il s’est excusé, efface des années et des années de combat politique qui va à l’encontre de cette phrase. Son interpellation de la meute, dans cette dernière interview (5), devrait interpeller l’ensemble d’une profession qui s’est spécialisée dans cet exercice du lynchage médiatique, dont le prix à payer est forcément le renforcement du politiquement correct, et l’édulcoration du discours des quelques mal-pensants qui sont passés à travers les mailles du filet. Mais imagine-t-on ce qu’aurait été la réaction de la caste médiatique si, au lieu de Jean-François Kahn, cela avait été Eric Zemmour ou Robert Ménard qui avaient prononcé ces paroles ? Et imagine-t-on la réaction de Marianne et de Jean-François Kahn si cela était Ivan Rioufol, ennemi juré de Marianne, qui ait prononcé les mots de JFK ?
Alors, malgré ses zones d’ombre, malgré ses incohérences, il est vraiment dommage qu’un tel journaliste sorte par la petite porte, comme un vieux boxeur qui aurait fait le combat de trop, à l’occasion d’un dérapage qu’il reconnaît lui-même comme indigne. Jean-François Kahn a simplement été victime de son amitié pour Dominique Strauss-Kahn, et surtout pour Anne Sinclair. Il faut rappeler que l’épouse du fondateur de Marianne était témoin du mariage du couple DSK-Sinclair… La haine que portait Jean-François Kahn à Nicolas Sarkozy, et l’amitié qu’il vouait au couple Strauss-Kahn, a probablement rendu insupportable une possible vérité qui ne convenait pas au scenario de toute la gauche… et à JFK.
Donc, la semaine prochaine, nous subirons encore Duhamel, et nous n’entendrons plus Jean-François Kahn. Nous aurions vraiment préféré le contraire, la liberté d’expression y aurait gagné…
Paul Le Poulpe
(1) http://ripostelaique.com/dsk-inculpe-alain-duhamel-en-deuil.html
(2) http://ripostelaique.com/comment-le-petit-monde-politico-mediatique-a-couvert-strauss-kahn-tout-un-dimanche.html
(3) http://www.youtube.com/watch?v=STV7OQGGjEI&feature=player_embedded
(4) http://ripostelaique.com/L-incroyable-naufrage-suisse-de.html
(5) http://www.dailymotion.com/video/xix63q_jean-francois-kahn-figure-de-la-presse-francaise-invite-de-rtl-midi-26-mai-2011_news#from=embed

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