Jean-Luc Mélenchon a raison de refuser d’être ministre d’un gouvernement Hollandréou

J’ai du patienter longtemps, hier soir, et subir Marine Le Pen pendant de bien longues minutes, avant de pouvoir écouter mon candidat, Jean-Luc Mélenchon, à l’émission « Parole de candidat ». Là encore, j’ai remarqué l’injustice du traitement médiatique, puisque lui n’est passé qu’à plus de 22 heures, et a bénéficié de bien moins de temps que la présidente du Front National. Ceux qui me lisent savent que sur le halal, je ne partage absolument pas la vision du président de Front de gauche, mal conseillé par Delapierre, Coquerel, Corbière et Autain. Mais là n’est pas l’essentiel.

En effet, quant à ses rapports avec le Parti socialiste, là, je l’ai trouvé sublime. Il a su trouver la formule choc (au bout de 3 minutes) pour répondre à une question d’une journaliste du « Monde » : « Pourquoi voudriez-vous que j’aille dans un gouvernement Hollandréou ? ». Par cette formule, Jean-Luc a tout résumé, et justifié l’utilité du Front de gauche. Je ne doute pas qu’elle va demeurer aussi célèbre que celle du « capitaine de pédalo » !

http://videos.tf1.fr/infos/elections-presidentielles/melenchon-et-un-gouvernement-hollandreou-7039332.html

J’espère qu’il est demeuré suffisamment de Français devant leur poste de télévision, pour avoir pu faire la différence entre une gauche social-libérale, incarnée par le mou-du-genou François Hollande, les Verts et tout le PS, et une vraie gauche, de rupture avec la logique capitaliste, s’appuyant sur les citoyens pour construire la révolution démocratique qu’appelle de ses vœux Jean-Luc Mélenchon. La manière dont il a expliqué que ce n’est pas en étant gentil un jour sur deux avec la finance qu’on allait la convaincre de mener une politique de gauche était un grand moment de pédagogie militante. Quand il a parlé du rapport de forces que la France devait instituer au sein de l’Union européenne, je l’ai également trouvé très convaincant. Sa détermination fait plaisir à voir, les qualités personnelles de Jean-Luc Mélenchon, sa force de conviction, compensent quelques fautes stratégiques graves, que j’ai soulevé dans un article précédent.

Les Français ont entendu un homme décidé à en découdre avec les nantis, et à mener une politique au service des plus humbles. J’ai aimé sa colère devant la situation de cette femme ne gagnant que 700 euros par mois, payé en chèques-services. Dans quelle France sommes-nous, en 2012 ? Les téléspectateurs ne s’y sont pas trompés. La première émission, avec Bayrou et Éva Joly, avait fait 2,2 millions d’audience, Hollande a fait 3,2 millions à la deuxième, et Jean-Luc a fait 4,8 millions, sans doute aidé, soyons honnête, par Marine Le Pen.

Je suis surtout fier d’avoir entendu un homme qui n’a rien d’un carriériste, et qui parait habité d’un idéal de justice social. J’aime son tempérament, je suis prêt à partir à la guerre derrière lui. Pour moi, le candidat de Front de gauche est un vrai militant, révolté par les injustices que connaît son pays. Il me parait aux antipodes du flasque énarque François Hollande, qui est autant de gauche que moi je suis curé. Quand je pense que depuis trente ans qu’il fait de la politique, il n’a jamais été capable d’émettre une idée nouvelle, et que, en 1997, quand les socialistes ont eu le choix entre lui et Jean-Luc Mélenchon pour le poste de premier secrétaire, ils n’ont accordé que 8 % à Jean-Luc, représentant l’aile gauche, contre 92 % au fade « capitaine de pédalo ». Comment faire confiance aux socialistes, après un tel vote ? Comment Méluche a-t-il pu rester encore 12 ans au PS après un tel camouflet ?

Je pense que Jean-Luc Mélenchon, prisonnier d’accords avec le Parti communiste, n’a pas d’autre choix que d’appeler à voter Hollande, si ce dernier est devant lui au premier tour, ce qui paraît, hélas, probable. Nos alliés communistes ont besoin d’avoir des députés, et des accords électoraux avec les socialistes. Mais sur le fond, je suis convaincu qu’il pense comme moi, que Hollande et Sarkozy, c’est blanc bonnet et bonnet blanc, et que, dans le secret de l’isoloir, il ne votera pas pour Hollandréou.

Joël Locin

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