1

Jean-Pierre Lledo et l’Algérie : les limites d’un communiste repenti

Oh ! Combien j’apprécie les analyses, les expériences et les appréciations, mais surtout les désillusions, de ceux, nombreux, communistes, gauchistes et socialistes, qui ont cru «faire fortune», ou obtenir une « reconnaissance éternelle » pour l’aide qu’ils ont apportée aux «combattants» pour l’indépendance, au FLN et à l’ALN, tout au long des évènements d’Algérie, de 1954, et quelquefois avant, jusqu’en 1962, et bien souvent après ! 

Ils se sont convertis à la religion musulmane, condition sine qua non de leur maintien dans le pays devenu indépendant, se sont investis dans la « construction » (en ce qui me concerne, je dirais plutôt « la destruction ») d’une Algérie nouvelle, libre et conquérante, durant un temps plus ou moins long, avant qu’ils ne soient « jetés » à la mer pour venir pleurer dans le giron de la France, qu’ils ont trahie et salie, non pas pour lui quémander un peu d’empathie, mais bien au contraire pour lui prouver que c’est eux qui avaient raison, la conseiller dans ses futures relations avec leur ex-patrie et lui expliquer que, justement, cette patrie, qu’ils avaient choisie, a eu tort de ne plus vouloir d’eux, alors qu’ils ont été, et qu’ils auraient pu être encore, très utiles ! 

Certains ont la prudence, ou la pudeur, de se faire oublier, de se taire, de devenir invisibles, d’autres choisissent de se faire voir et entendre, pas même pour justifier leur choix passé (il est vrai que cette tâche serait assez difficile à expliquer !). 

Et, justement, ce choix qu’ils avaient fait, parce qu’ils s’imaginaient que l’objectif principal des « valeureux combattants algériens » était l’indépendance de ce pays, qu’ils avaient eux-mêmes conquis plusieurs siècles auparavant, alors que, en réalité, il s’agissait d’une guerre de religions et que le but majeur était de « jeter dehors tous les non-musulmans ». Ceux qui, par incompréhension totale, choisissaient de rester, avaient le choix entre « la conversion, la valise ou le cercueil ». 

Ce dernier cas de figure est celui qui nous concerne aujourd’hui : il s’agit d’un nommé Jean-Pierre Lledo, né à Tlemcen en 1947. Ce « pied-rouge » communiste s’est converti dès le premier jour afin d’apporter « ses connaissances et son savoir » à l’Algérie indépendante. 

Il a été jeté à la mer en 1993 et, depuis, il tente de nous expliquer, à sa manière (et il se trompe encore) : « Que le rêve communiste s’est effacé en Algérie, face au refus du nationalisme algérien qui ne voulait être qu’arabo-musulman ». 

Il n’y a jamais eu de « rêve communiste » en Algérie, les Algériens n’ont jamais été communistes (voir l’échec persistant du Parti communiste algérien). Ce qu’il a vraiment appris de « ses nouveaux maîtres » (ce que nous savions depuis le premier jour) : « C’est qu’il s’agissait d’une guerre d’épuration, puisque tous les non-musulmans ont dû partir en 1962. Que l’islamisme était (et est toujours) la seule façon capable de prendre le pouvoir car, pour l’islamisme, la démocratie est « dimoukratya kafra », c’est-à-dire : « mécréance ».

Et il vous a fallu une trentaine d’années pour comprendre cela, Jean-Pierre Lledo ! 

Et vous vous croyez permis d’adresser une lettre ouverte au Président Macron concernant « le mal-nommé séparatisme islamiste », et vous vous estimez autorisé à donner votre avis sur le projet « de réconcilier les mémoires françaises » puisque, selon vous, « ce projet louable, et même grandiose » serait attendu par une centaine de millions de gens, depuis 60 ans ? Qui sont-ils ? 

Vous êtes pessimiste, et l’on vous comprend, car « vous parlez en connaissance de cause ». Toujours selon vous «Aussi noble que soit ce projet, il restera un vœu pieu et à l’avance voué à l’échec, car seule la vérité peut avoir des vertus thérapeutiques. Seule elle peut guérir les mémoires traumatisées. » 

Encore selon vous : « Nous aurions besoin que les archives algériennes, notamment celles concernant la guerre d’Algérie et du FLN, soient ouvertes aux chercheurs, alors qu’elles sont toujours hermétiquement fermées. » 

Croyez-vous, Lledo, que nous ayons besoin de ces archives pour nous expliquer une guerre et des évènements que nous avons vécus, auxquels nous avons participé, avant et pendant, alors que, de votre côté, c’était forcément « après » ? 

Qu’avez-vous à nous apprendre, Lledo, que nous ne sachions déjà ? 

Vous souhaitez que l’on évoque les violences « mais des deux côtés et pas uniquement les violences de la France et que l’on taise celles du FLN « . Mais n’est-ce pas ce que nous faisons depuis près de soixante années ? Et n’est-ce pas ce que vous avez fait, vous, du côté FLN, jusqu’en 1993 ? 

Enfin, selon vous, « Il faudrait faire le bilan de la colonisation ottomane, avant l’arrivée des Français ». Est-ce que nous vous avons attendu pour le faire, ce bilan ? 

Vous ne voulez pas que « notre Président » se repente au nom de la France, alors qu’une nouvelle violence pointe son nez, « de la part de soi-disant intellectuels qui se croient le droit de culpabiliser le peuple « blanc » de France ». 

Vous avez du retard à l’allumage, Lledo, nous ne vous avons pas attendu pour critiquer ouvertement « ces repentances injustifiées », alors que, justement, vous faites partie de ces « soi-disant intellectuels » qui, durant des années, ont accusé de tous les maux « le colonialisme » et la France. 

Manuel Gomez