Jean Zay je vous aime, vous méritez mille fois le Panthéon !

Jean_Zay_et_ses_filles_m

Dans quelques jours, les cendres de Jean Zay, en compagnie de celles de Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Pierre Brossolette  seront transférées au Panthéon. Juste reconnaissance pour un des véritables laiques et républicains du XXème siècle, amoureux et défenseur de la France à en mourir. C’est parce qu’il aimait trop la France et détestait les totalitarismes qu’ils l’ont tué.
Or, Jean Zay subit post mortem une campagne calomnieuse et injurieuse terrible depuis quelques mois.  Il aurait écrit, un jour, des horreurs sur le drapeau français.  Sans doute, mais il faudrait rappeler à ses contempteurs qu’il l’a fait alors qu’il n’avait pas 20 ans, que c’était à propos de la guerre de 14-18 qui a tué des millions de jeunes trompés par l’Etat d’alors, représentant la France et son drapeau, pour des intérêts qui n’avaient pas grand-chose avec la défense de la France…
Et puis, surtout, sa vie, son œuvre, ses écrits, dessinent un bonhomme tellement grand, tellement amoureux de notre pays, de nos valeurs, de l’homme, de la culture, que le procès qui lui est fait est soit imbécile soit de mauvaise foi. Et la mauvaise foi je crois l’avoir décelée dans les discours de ses opposants : n’est-ce pas plutôt l’homme du Front populaire avec qui l’on voudrait régler des comptes ? Ne faut-il pas voir dans cet indigne acharnement sur un homme assassiné par la milice  les dérives d’hommes de droite aussi intolérants que les Besancenot, Mélenchon ou Taubira quand il s’agit de personnes de l’autre camp ?
Il y a en France des nostalgiques de la France d’avant les 40 heures, d’avant les congés payés… Ils ne se sont jamais remis de la victoire du Front populaire qu’il est de bon ton d’accuser de tous les maux. Ce sont souvent les mêmes qui, actuellement, applaudissent bruyamment la mondialisation et Bruxelles qui détricote peu à peu ce qu’a fait le Front populaire, afin de faire de  nos concitoyens des consommateurs et des travailleurs serviles, tête basse, traînant leur vie professionnelle comme un fardeau. Ils ne sont pas tous comme ceux qui, en 40, disaient « plutôt Hitler que Léon Blum », mais  on sent une revanche fébrile à prendre sur Hollande (ce qui se comprend), sur Mitterrand (ce qui se conçoit) et aussi, forcément, sur ce magnifique élan du Front populaire qui a donné du temps pour soi à ceux qui, jusqu’alors, étaient trop souvent considérés comme de simples bras sans culture, sans éducation, voire alcoolisés par les classes supérieures de la société.
C’est la seule explication que je vois à cet acharnement contre Jean Zay.
J’aime Jean Zay, depuis toujours. Je l’ai rencontré au hasard de mes lectures, quand j’avais 20 ans. Ce fut un éblouissement.
Eblouissement devant le serviteur intègre de l’Etat, l’homme politique honnête, sans langue de bois, désintéressé, appelé au secours lors des négociations difficiles mais ne lâchant rien, jamais, de l’essentiel, le respect de soi, des Français et de la France.
Eblouissement devant le Ministre de l’Education nationale   soucieux de l’ascenseur républicain, de la transmission de l’histoire et de la littérature française, entre autres, et de la protection des enfants. ui se souvient que la prolongation de la scolarité obligatoire jusqu’à 14 ans qu’il demandait visait aussi à protéger nombre d’enfants confisqués pour les travaux des champs et les travaux domestiques en ces temps de familles nombreuses à nourrir et à soigner ?
Eblouissement devant le républicain amoureux de la France.
Il suffit de citer quelques passages de son superbe livre, Souvenirs et solitude, journal écrit pendant les années d’emprisonnement sous Pétain, pour comprendre qui il était et pour réduire à néant le discours de ceux qui le vouent aux gémonies :

En 1937, [revenant d’Athènes,] je m’arrêtai à Belgrade. Je méditai devant l’inscription qui ornait le socle du monument de Mestrovitch, sur la plus grande place de la ville : « Aimons la France comme elle nous a aimés.  
Dans la rage du dénigrement antifrançais qui caractérisa le nouveau pouvoir au lendemain de l’armistice, notre cinéma, entre autres, fut pris comme cible. Il fallait « purifier l’écran » : tous les films produits en France étaient attentatoires à la morale ou au patriotisme ; nos studios n’étaient que des repaires de gangsters ou de métèques. Voilà ce que nous lûmes pendant 18 mois. J’observe depuis quelque temps un changement de ton. Duvivier, Jean Renoir, Jouvet et tant d’autres ont gagné l’Amérique et n’en sont pas revenus. On découvre à Vichy qu’en 1939 le cinéma français occupait la deuxième place dans le monde. On s’aperçoit que la production moralisatrice de 1941 n’a été qu’une succession de navets, à moins que le grand effort de redressement n’ait abouti qu’à des collections de films policiers.
« Les temps à venir noteront d’infamie le délire d’aujourd’hui. Se peut-il bien que ce soient des Français qui parlent, qui écrivent ainsi ? N’ont-ils donc ni coeur, ni entrailles pour la patrie ? Non, ils ne sont point français ; ils parlent notre langue peut-être ; ils sont nés sur le même sol que nous ; mais ils n’ont ni notre coeur, ni nos sentiments. Ils ne sont point français !  » Ainsi s’exprimait Napoléon, d’après le Mélorial de Sainte-Hélène, tandis que Las Cases lui lisait en 1815 et 1816 ce qui s’imprimait à Paris, où la cour   acclamait les cosaques du tsar et les grenadiers de la Prusse, dans sa joie d’avoir été débarrassés par la défaite de  la France d’un régime détesté et des survivances révolutionnaires. Je pense à ces hautaines paroles en parcourant les commentaires dont M. Henriot accompagne la cynique publication en volume de mes notes personnelles, volées par effraction de domicile aux premiers jours de l’invasion. Cet homme  (le voleur, NDLR) dénonce « la fureur aveugle des bellicistes déterminés de France ». « La France, seule coupable, a voulu la guerre ! La France a mérité sa défaite ! La France ne se rachètera que dans la servilité à l’ennemi et dans la jouissance de son dépècement ! » Incroyable abjection.
1870. – Blanqui dans ses articles :  » Il est impossible d’imposer à la France,  telle que l’a faite un passé de quatorze siècles, des moeurs, des idées, une croyance, complètement étrangères ou opposées à la croyance, aux idées, aux moeurs qui sont le résultat du lent travail d’organisation de ces quatorze siècles, du lent travail d’organisation de ces quatorze siècles. Ce serait dire à la France qu’elle ne serait plus la France… La calomnie se déchaîne comme en 1848 ;nous savons ce que c’est… On cultive le Prussion comme une ressource contre la « démagogie »… Jetons par-dessus bord la République, l’Alsace et la Lorraine, et même la Frane, si Bismark le demande !  […] Les pouvoirs légitimes sont aux mains   de ceux qui résiste. Le bulletin de vote, aujourd’hui, c’est la cartouche. Aucun autre n’est valable tant que l’étranger n’a pas vidé les lieux. Là où l’on se bat pour l’indépendance, là est la République. […] »

Magnifique Jean Zay, dans ses paroles, dans ses réflexions et dans ses citations, d’une percutante et douloureuse actualité pour nous, Français de 2015 !
Rendez-vous au Panthéon, Jean Zay, républicain, patriote et humaniste. Vous l’avez 1000 fois mérité !
Christine Tasin
http://resistancerepublicaine.eu/2015/jean-zay-je-vous-aime-vous-meritez-1000-fois-le-pantheon/

image_pdfimage_print