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Jeanne d’Arc, c’est un beau roman, c’est une belle histoire

« C’est un beau roman, c’est une belle histoire », c’est surtout une « belle légende », mais sommes-nous obligés d’y croire au XXIe siècle ?

Soyons un peu sérieux. Jeanne d’Arc a certainement existé, comme tous les héros et héroïnes de l’Histoire de France, mais ce qu’il était possible d’apprendre à une population du Moyen Âge, et même de la Renaissance, jusqu’au XVIIe siècle, ne l’a été que de plus en plus difficilement « au siècle des Lumières » et après la Révolution française.

Après « La Terreur », l’exécution de Louis XVI, les écritures religieuses n’ont pas résisté aux réalités de l’époque et seul Michelet a pu y croire, ou tout au moins « tenté de le croire et de nous le faire croire ».

Oui, c’est un beau roman, c’est une belle histoire que la légende de Jeanne d’Arc : « Une jeune fille de 16 ou 17 ans, née et élevée en province, une bergère qui, selon les uns, aurait gardé des moutons ou, selon d’autres, serait fille d’un notable de la région.

Illettrée ou pas totalement, et qui, du jour au lendemain, sans aucune formation aux armes, revêt une armure d’une trentaine de kilos et s’impose en tournois aux meilleurs chevaliers du Royaume puis, par ses qualités guerrières (sans doute inspirées par les voix divines entendues) se montre meilleure tacticienne que tous les chefs de guerre anglais qui, jusqu’à ce jour, n’ont infligé que des défaites aux armées du roi de France, qui leur oppose des troupes jusqu’à cinq fois supérieures en nombre de soldats. N’oublions pas qu’à cette époque, l’Angleterre comptait 4 millions d’habitants pour 20 millions de Français.

Sans doute que Jeanne a existé, que son extraordinaire foi patriotique, son charisme et, fort heureusement, « les voix divines qu’elle entendait » et qui lui auraient permis de réaliser tous ses exploits, ont fait de cette jeune femme l’une des plus grandes héroïnes de notre Histoire.

Plus d’une centaine d’historiens nous content sa brève apparition dans cette « guerre de Cent Ans » et comment elle aurait délivré la ville d’Orléans et bouté les Anglais hors de France, avant de terminer, hélas, brûlée vive à Rouen.

Mais quelques ouvrages tentent également de nous prouver que cela ne serait pas la réalité.

Ces auteurs, cartésiens, incrédules, ceux qui ne croient pas aux miracles, parmi lesquels je me situe humblement, par exemple Georges Bordonove, Henri Guillemin, Étienne Weil-Raynal, agrégé d’histoire, Pierre Caze, André Billy, académicien, Thierry Maulnier, André Seguin (qui fut mon rédacteur en chef au quotidien « L’Aurore ». Il m’avait ouvert les yeux sur ce sujet et fut à l’origine de mon enquête) et notamment celui « qui a vu les textes interdits à l’abri dans les caves du Vatican », Édouard Schneider, ami personnel du pape Pie XI.

On ne peut plus nous faire croire que Jeanne a rencontré le roi de France, en sa cour de Chinon, qu’elle l’a reconnu « dissimulé » parmi plus d’une centaine de participants et qu’elle s’est simplement présentée à lui, tenir langage et montrer savoir-faire digne des plus hautes Dames de la cour de France, puisqu’il est désormais admis que tout ce scénario était préparé de longue date par sa protectrice, Yolande d’Aragon, belle-mère du roi Charles VII.

CNews nous a offert ces deux dernières semaines « l’épopée divine de Jeanne », contée par ses deux excellents spécialistes Franck Ferrand et Marc Menant, et ce que je viens d’écrire a été confirmé par eux. Tous deux ont d’ailleurs fait une brève allusion, bien trop brève à mon avis, à une réalité des évènements plus acceptable à notre époque.

Franck s’étonnant qu’une jeune fille, sans aucune formation d’armes, ait pu battre en duel le duc d’Anjou (allant même jusqu’à lui faire « sauter » son épée des mains), et Marc insistant sur cette autre réalité « que personne n’avait pu voir le visage de Jeanne sur le bûcher : puisqu’elle avait le visage recouvert d’un masque avec deux trous pour les yeux ». 

Jeanne a-t-elle réellement été brûlée à Rouen, en 1431 ?

Existe-t-il des preuves ou témoignages qui permettent de douter de cette légende ?

Par exemple, la cellule où Jeanne aurait passé les quatre années suivant « son exécution sur le bûcher », que l’on peut visiter à 40 km d’Annecy, dans les gorges du Fier, au château de Montrottier, près du village de Lavagny.

Par exemple, sa tombe, qui était encore visible, il y a quelques décennies, à l’église de Pulligny, près de Metz, où Jeanne fut inhumée en 1449, en Lorraine (soit 18 années après sa mort à Rouen).

Par exemple, cette exclamation du roi Charles VII, lors d’un dîner à Orléans, le 30 septembre 1439, soit 8 années après sa prétendue exécution : « Pucelle, ma mie, vous, soyez la très bien revenue, au nom de Dieu qui sait le secret qui est entre vous et moi. » 

Par exemple, cette lettre écrite par Jeanne et adressée au roi d’Espagne, Henri de Castille, remise en main propre, en 1436, par l’ambassadeur de Charles VII, Jean d’Armagnac, (qui connaissait parfaitement Jeanne) afin qu’il lui apporte son aide « pour libérer La Rochelle. »

Par exemple, ses retrouvailles avec Gilles de Rais, dans le Poitou, lors d’une bataille où elle est grièvement blessée. (Archives nationales et « Histoire de Charles VII, par Vallet de Viriville).

Puisqu’il est question de Gilles de Rais, celui que l’on surnomme « Barbe Bleue », nous reviendrons prochainement sur sa véritable « histoire », qui n’a rien à voir avec, également, la légende que l’on nous raconte.

Vous trouverez bien d’autres précisions dans mon livre : « Jeanne d’Arc – Légende et vérité »

Oui, c’est un beau roman, c’est une belle histoire, que nous ont racontée, sur CNews, Franck et Marc, mais sommes-nous tenus d’y croire absolument ? Et y croient-ils eux-mêmes ?

Moi-même j’aimerais tellement qu’une telle « Jeanne » existe de nos jours, non pas pour « qu’elle boute les Anglais hors de France » (ils sont déjà « hors Europe), mais pour « qu’elle boute l’islam hors de France », et ce ne sont pas des « voix divines » qui le lui demandent, mais les voix d’une majorité de Français… et de généraux !

Manuel Gomez