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J’étais assis à côté d’une famille de fumeurs masqués triple dose…

Pas trop vieux et plutôt en bonne santé, j’ai fait de choix, pour l’instant, de ne pas me faire vacciner contre la Covid 19. Je ne suis absolument pas anti-vax, mais une voix intérieure, instinctive et inédite, me suggère la prudence.

Pour preuve, ayant autrefois travaillé dans l’aviation, j’avais à l’époque accepté sans rechigner de me faire vacciner contre la fièvre jaune, car je savais que cela me protégerait EFFICACEMENT et TOTALEMENT contre ce mal. Avec cette injection, il n’était pas question de se retrouver malgré tout positif, de faire des formes modérées voire bénignes, ou de risquer de transmettre la maladie.

C’est cela, me semble-t-il, que l’on a longtemps appelé un vaccin.

Avec ce choix assumé de non-injection, depuis quelques semaines, presque toute vie sociale m’est interdite.

J’en respecte les conséquences : je vis isolé, porte un masque lors de mes rares sorties, ne prends plus l’avion, ni le train, ne me rend plus aux spectacles, je travaille en ligne et je fais du sport chez moi.

Je ne vois pas en quoi, comme le prétend le futur ex-président Macron, je pourrirais par mon attitude la vie de qui que ce soit.

Je pense « n’emmerder » personne.

Je trouverais juste intéressant que la réciproque soit envisageable.

Les rares lieux où je peux encore me rendre, sans tutoyer l’illégalité, sont les terrasses de bars ou de restaurants, quand ils en possèdent… et que le temps le permet.

Ce midi, j’ai commis la folie d’aller prendre un verre en compagnie de mon fils, à l’extérieur donc, dans un établissement où seules 2 tables, la nôtre incluse, étaient occupées.

Autour de la seconde, se trouvait une famille de 5 personnes : un couple d’une soixantaine d’années et leurs trois enfants ; deux filles et un garçon.

Ils portaient tous un masque, avec une rigueur quasi militaire. La preuve : quand la serveuse leur a apporté leurs consommations, ils ôtaient chacun leur masque le temps de boire une gorgée et le replaçaient aussitôt. Rien à dire : des exemples.

Je ne doute pas en outre qu’ils étaient tous triples vaccinés et partants certains pour les épisodes suivants.

Quand ils ont reçu leur ration de tapas (aurais-je oublié de vous dire que je vis en Espagne ?), ils ont fait de même : ôter leur masque, croquer un bout de leur saucisse respective, remettre le masque et mastiquer. J’avais sous les yeux une discipline bien huilée en pleine action.

Soudain, je décèle une faille dans le système : la mère retire sa muselière et s’allume une cigarette, qu’elle savoure longuement, restant de fait plus de 5 minutes sans protection buccale digne de ce nom. Un pur moment d’inconscience en direct, mais on n’est pas des balances.

Comme toujours dans ces cas-là, le vent soufflait ces effluves généreusement goudronnés, exactement vers la table que nous occupions, mon fils et moi.

Oserais-je vous avouer que nous ne fumons pas ?

Les meilleurs moments ont une fin et la dame finit par écraser sa cigarette.

Logique avec elle-même, elle a remis son masque en place, l’a vite retiré pour boire un coup, l’a docilement repositionné, avant de s’en débarrasser à nouveau : il fallait bien qu’elle finisse sa saucisse…

Nul doute que le Covid est assez évolué pour comprendre qu’il doit cesser toute virulence pendant ces nombreux trous dans la raquette de la vigilance.

L’aventure continue et gagne en intensité dramatique, quand je vois le père retirer son FFP1 pour s’en allumer une à son tour.

A chaque « taffe », son visage gris respire de bonheur.

Au bout de son extase, il expédie son mégot dans la rue d’un geste satisfait et se rend d’un pas décidé, vers les toilettes… démasqué.

Les questions se bousculent dans ma tête : les non-picousés emmerdent les autres et devraient payer leurs soins en cas d’hospitalisation, mais les fumeurs invétérés – qui gagneraient du temps à faire un trou dans leur masque – restent totalement couverts par les soins sanitaires public, pour lesquels nous cotisons tous. Enfin presque tous.

Je pensais avoir atteint mon quota de conneries pour la journée, quand soudain, le fils d’environ 25 ans, s’allume une cigarette électronique.

Le vent n’ayant pas changé de direction, ses « vapotages vanillés », remplaçaient les précédents et continuaient à nous arriver, avec toujours autant de précision, droit dans les narines. En vrai puriste, le jeune homme expirait chaque bouffée en visant le sol, soufflant très fort comme un dragon à l’agonie, pour ne pas gêner ses proches et surtout, éviter les fameuses projections de gouttelettes tellement létales.

Refusant de mettre ces braves gens plus longtemps en danger, et bien conscient de mon inconscience, j’ai pris la décision de régler la note et de quitter les lieux.

J’espère que ce moment de lucidité responsable sera pris en compte quand on décidera de m’enfermer dans un camp pour refus d’injection.

André Santon