J’étais au meeting de Marseille : je n’ai pas vu le métissage prôné par Mélenchon !

Publié le 15 avril 2012 - par - 4 201 vues

Comme régional de l’étape, je me suis rendu samedi au meeting du candidat du Front de gauche sur la plage du Prado à Marseille.

Il y avait beaucoup de monde. Clémentine Autain annoncera au micro « 100.000 personnes ». Et pour une fois, je pense qu’il ne s’agit pas d’une sardine ayant bouché le Vieux Port, comme quand les estimations varient dans des rapports de 1 à 10 voire de 1 à 20 « selon la police » ou « selon les organisateurs », comme lors des manifs pour les retraites. Sur place, sur la plage, difficile de faire une estimation précise parce que la foule était dispersée, et il y avait des touristes et des baigneurs qui n’étaient pas forcément là pour les beaux yeux de Mélenchon.

Mais il y avait du monde, c’est vrai. Je n’en prendrai comme témoins que tous les autocars, immatriculés non seulement 13 (Aix-en-Provence, Aubagne, …), mais aussi 06, 38, 69, 84, etc. stationnés tout le long de l’avenue du Prado depuis la place Castellane jusqu’au rond-point dit « du David » sur la plage, soit sur trois kilomètres et demi. Distance que je dus parcourir à pied, parce que paradoxalement les transports en commun marseillais étaient arrêtés dans le secteur « pour cause de meeting » et durant toute la durée de celui-ci. Petit vengeance du maire UMP de Marseille ou de Karim Zéribi, directeur de la RTM (Régie des transport de Marseille) et candidat EELV-PS aux législatives ? Toujours est-il que les mélenchoniens n’avaient rien prévu non plus pour les pauvres prolétaires marseillais. Une petite navette aurait été bienvenue…

Mais qu’à cela ne tienne, j’ai profité de ce parcours pédestre pour prendre quelques images des manifestants convergeant vers le rassemblement plagiste. Et là, ô surprise, comme vous pouvez le voir sur cette vidéo improvisée, on notera une énorme absence : celle du « métissage » et de la « diversité »

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=gOJ2JN_ZXx8[/youtube]

http://www.youtube.com/watch?v=gOJ2JN_ZXx8

Les « chances pour la France » n’étaient pas au rendez-vous « multiculturel » fixé par le « Líder Máximo » à la française. Les gens sortant des autocars ou déambulant sur l’avenue restaient résolument blancs de blancs. Surtout des vieux blancs, mais aussi pas mal de jeunes blancs avec enfants blancs. Les Noirs, les Arabes et les Asiatiques étaient rarissimes, alors que l’on estime que la « diversité », en particulier musulmane, représenterait un quart à un tiers de la population marseillaise. Curieux…

D’autant plus curieux que Jean-Luc Mélenchon a introduit son discours sur le « métissage » et la « diversité », surtout « celle venue de la mer [Méditerranée] ». Il rappela la légende de la fondation de Marseille par le mariage entre un navigateur Grec et une princesse gauloise de souche. Dommage pour Méluche que ce furent deux Européens, et pas une Africaine subsaharienne et un Nabatéen de Syrie ou de Libye…

Car le candidat du Front de gauche n’a eu d’yeux (et de dieux) pendant un tiers de son discours que pour le « métissage » uniquement méditerranéen, multipliant les formules convenues comme « les peuples du Maghreb sont nos frères et nos sœurs » (ha bon ?) sans lesquels il n’y aurait pas « d’avenir pour la France » (ha bon ?) Il réécrivit même l’Histoire en prétendant que sans les Arabes et les Berbères venus apporter une soi-disant immense civilisation scientifique et culturelle, nous autres Français vivrions encore comme des sauvages. Et ça ne s’arrête pas là : pour le néo-historien du Front de gauche, les troupes coloniales colorées auraient composé la moitié des soldats venus libérer la France des nazis. Adieu les Américains, les Soviétiques (ça a dû faire tiquer quelques communistes présents…), et évidemment tous les résistants français !

« Notre chance c’est le métissage », a asséné Jean-Luc Mélenchon. Il n’a pas expliqué pourquoi et c’est un peu dommage. L’eurodéputé revisitant une fois de plus l’Histoire a salué « Arabes et Berbères » par qui seraient venus en Europe « la science, les mathématiques ou la médecine » au temps où « l’obscurantisme jetait à terre l’esprit humain ». Et Mélenchon nous ressort le mythe des « mariages mixtes » alors que nous savons qu’il s’agit essentiellement de mariages purement endogames entre des Maghrébins vivants en France (et souvent Français de nationalité), et des conjoints qu’ils vont chercher « au bled » dans les pays de leurs parents ou grands-parents.

J’ai constaté que ces psaumes mélenchoniens à la gente maugrabine reçurent très peu d’ovations du public. En tout bien moins que quand Mélenchon s’en est pris (pourtant plus mollement qu’à son habitude) à François Hollande, Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen, l’« impérialisme américain » ou quand il a promis le Grand soir du Smic à 1700 euros et du rasage gratis pour toutes et tous. (Heureusement qu’il n’y avait pas de « barbus » en djellaba dans l’assistance…)

Ce peu d’enthousiasme du public marseillais et méridional pour la « diversité » et le « métissage » ne m’a nullement surpris. Non seulement les représentants « bigarrés » de cette « diversité » avaient boudé le meeting, mais en plus il y a longtemps que je constate que le « métissage » dans la cité phocéenne n’est qu’un mythe entretenu par les politiques, depuis l’UMP Jean-Claude Gaudin jusqu’au socialiste Patrick Mennucci en passant par la grande gueule Karim Zéribi ancien porte-parole de Jean-Noël Guérini.

Pour vous en rendre compte, visitez les blogs de Karim Zéribi, Sylvie Andrieux, Patrick Mennucci, etc., et des socialistes élus dans les quartiers nord où ils évitent soigneusement de vivre. Vous verrez des tas de photos : inauguration de chrysanthèmes, hommage aux anciens combattants, match de pétanque ou de foot-ball, visite dans des résidences pour personnes âgées ou dans des MJC, barbecues halal ou porcins (mais pas les deux en même temps), etc. Et vous constaterez vous-même que sur certaines photos le public est résolument blanc de blanc, « Européen de souche », alors que sur d’autres il est essentiellement coloré d’Afrique du nord ou subsaharienne.

Même dans les équipes de supporters de l’Olympique de Marseille, ou dans les restaurants où vont déjeuner les travailleurs des magasins du centre-ville, on ne se mélange pas. Et l’offensive du halal ne fait qu’aggraver cet apartheid alimentaire. Quant à la « mixité sociale » dans l’habitat, c’est là encore un mythe : les musulmans au nord de la ville, les Européens au sud de la ville, à part quelques enclaves ici et là. Des quartiers comoriens, d’autres juifs, avec même des différences notoire entres les vieilles familles ashkénazes et les sépharades venus d’Afrique du Nord avec les pieds-noirs.

Donc n’en déplaise aux désirs et aux illusions de Jean-Luc Mélenchon, si Marseille est « divers », cette « diversité » ne s’assimile pas, ne se « métisse » pas.

Le reste du discours de Mélenchon était un classique salmigondis mélangeant tous ses thèmes favoris. Notons tout de même une ode à l’écologie et à l’énergie qu’on pourrait tirer de la mer, idées piquées mot pour mot au programme de Marine Le Pen à qui cette idée avait soufflée par Laurent Ozon…

Pour ceux que ça intéresse, le discours intégral de Jean-Luc Mélenchon :

[dailymotion]xq4lbi[/dailymotion]

www.dailymotion.com/video/xq4lbi_discours-jean-luc-melenchon-au-prado_news

Avant Mélenchon, nous avons eu droit à une harangue de Clémentine Autain, dont j’ai retenu quelque chose de surréaliste : elle a rappelé les liens qui unissent notre hymne national, la Marseillaise, et notre belle ville phocéenne. Sauf qu’à tous les meetings du Front de gauche, Clémentine Autain se refuse ostensiblement à chanter la Marseillaise alors qu’elle s’en donne à pleins poumons pour l’Internationale.

On a eu droit aussi à un court discours lénifiant de Pierre Laurent, l’héritier falot du Parti communiste français. Sans intérêt non plus.

Je suis parti avant la fin du discours de Mélenchon (une heure et demi c’est long…), avant l’Internationale, et après avoir éclusé trois Kronenbourg et deux sandwichs (au saucisson non halal) sur le stand du PCF 13 où j’ai engagé des discussions assez vives avec de vieux militants. Je suis également arrêté au stand de RESF (Réseau éducation sans frontière) tenu uniquement pas deux jeunes boutonneux « Français de souche ». Je leur ai fait une leçon de marxisme qui les a laissé babas. Alors est intervenu un vieux barbu (FDS lui aussi) avec plein d’autocollants PCF et Front de gauche sur son ventre, qui a dit aux deux jeunes qu’il ne fallait surtout pas m’écouter parce que j’étais un suppôt du patronat fasciste. Je lui ai demandé d’argumenter, et il est parti en disant qu’il ne discute pas avec des « fachos ». J’ai demandé aux deux jeunes FDS ce qu’ils en pensent. Leur réponse : « non mais quand même, on est de gauche, donc on peut pas être d’accord avec ce que vous dites ».

Bref, les vieux gauchos sont obtus, les jeunes gauchos sont ignares, et nous avons donc de beaux jours devant nous !

Roger Heurtebise

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