Jeux Olympiques : défendre les valeurs universelles, face au relativisme culturel

La plus grande confusion règne à propos de ce que les athlètes peuvent ou ne peuvent pas faire pour soutenir la cause des valeurs olympiques à Pékin cet été. Une plus grande confusion encore règne sur le rôle du Comité International Olympique (CIO) dans cet imbroglio. Et que dire de la cause que l’on cherche à défendre : la démocratie en Chine ou l’autonomie ou même l’indépendance du Tibet ?

Quelle cause défend-on ?

Evacuons d’abord le dernier point. Comment ne pas être troublé par ce qu’écrit Jean-Luc Mélenchon sur l’histoire du Tibet « le Dalaï Lama et les autre seigneurs tibétains, écrit-t-il, ont accepté tout ce que la Chine communiste leur proposait et leur offrait. Cela jusqu’au jour de 1956 où le régime communiste a décidé d’abolir le servage au Tibet et régions limitrophes. Dans une négation des traditions que j’approuve entièrement, les communistes ont abrogé les codes qui classaient la population en trois catégories et neuf classes dont le prix de la vie était précisé, codes qui donnaient aux propriétaires de serfs et d’esclaves le droit de vie, de mort et de torture sur eux. On n’évoque pas le statut des femmes sous ce régime là. Mais il est possible de se renseigner si l’on a le cœur bien accroché ».
En même temps, comment ne pas être choqué par ce qu’on a vu à la télévision sur la façon musclée qu’a eu la police chinoise de réprimer toute manifestation, y compris en faisant des morts ? C’est ce qu’ont ressenti les sportifs français qui se trouvaient soudain pris au piège d’une « tourmente médiatique ». Il fallait prendre partie. Mais sur quoi ? Sur l’autonomie ou l’indépendance du Tibet ? Sur la porte ouverte au retour à des traditions d’un autre âge ? A moins que le Dalaï lama n’ait changé… ? Sur la violence des représailles ? Sur l’emprisonnement d’opposants chinois qui avaient simplement voulu s’exprimer ? Bref sur l’absence de démocratie en en Chine ?

Que peut le CIO ?

Qui a choisi Pékin pour les jeux ? Pas les athlètes, c’est la responsabilité du CIO. Choix sans doute contestable puisque les Jeux Olympiques se veulent différents d’une compétition sportive ordinaire, ils s’affichent comme porteurs de valeurs universelles de fraternité, de démocratie, d’égalité. Choix que le CIO a justifié au moment où la décision a été prise – il fallait calmer ceux qui le critiquaient ou le croyait-il lui-même ?- en affirmant qu’il avait obtenu des garanties d’une plus grande ouverture de la Chine au moment où se tiendraient les Jeux… Admettons. Admettons que le CIO y ait cru. Qu’il ait été trompé. Tout ce qu’il pourrait faire aujourd’hui c’est revenir sur sa décision et donner les jeux à une autre ville( déjà prête ? pas évident). Evidemment personne n’envisage cela.
On passerait alors clairement à une décision purement politique. Or, sur ce point il faut lever une ambigüité qui empoisonne ce débat : le CIO, même s’il « fricotte » avec les grands de ce monde, même s’il se fait plus puissant qu’il ne l’est, n’a pas vocation à faire de la politique ; c’est à travers le sport qu’il est censé faire en sorte que le monde devienne meilleur.
La doctrine olympique est relativement fumeuse. Si on la décrypte elle se résume en ceci : faire le pari que la mise en lumière d’une capitale comme Chine, la venue des médias du monde entier, la rencontre de la jeunesse des quatre coins du monde, le serment olympique, la libre et pacifique concurrence entre ces jeunes dans un pays considéré comme très fermé, allaient créer les conditions dune véritable compréhension entre les individus et allaient laisser des traces positives. Etre le début de quelque chose. En tout cas, sans peut-être le vouloir, le CIO a ouvert le débat ! Ce qui prouve paradoxalement que tout le monde a pris le CIO au mot ! Aujourd’hui on lui reproche de nous avoir menti.

Que faire ?

Au total, on va chercher des poux sur la tête du CIO sur un sujet qui est purement politique alors qu’on ne s’attaque pas à ce qui est vraiment de sa responsabilité : la façon dont il applique sa Charte. Il a perdu toute crédibilité face aux puissants de ce monde. Cette crédibilité il l’avait gagnée exemple quand il a osé exclure l’Afrique du Sud pendant 30 ans pour cause d’apartheid.
On ne croit plus le CIO parce qu’il utilise la charte lorsque ça l’arrange. Pour preuve j’ai sous les yeux une photo. Elle montre le président, Jacques Rogge, à la cérémonie de clôture des JO d’Athénes avec à ses côtés, sous la bannière olympique, des invités triés sur le volet dont…une ancienne médaillée égyptienne, voilée de la tête aux pieds ! Or c’est ce même président qui aujourd’hui interdit aux athlètes de porter un badge avec la mention « pour un monde meilleur » extraite de la Charte Olympique, sous prétexte que la Charte ne permet aucune manifestation de caractère politique ou religieux sur les sites olympiques ! Qu’est ce que c’est pour le CIO qu’un voile islamique sinon le porte drapeau de l’islamisme politique, le signe de la soumission des femmes et l’équivalent de leur apartheid.
Il faut soutenir l’initiative des athlètes français car elle a déclenché un débat au sein de tous les Comités nationaux olympiques sur le sens de la charte. C’est une occasion unique de se battre contre le relativisme culturel face aux valeurs universelles et laïques
Annie Sugier
Présidente du Comité Atlanta +

image_pdfimage_print