JO Paris 2024 : Gagner Ensemble, mais en perdant quoi ?

Publié le 22 avril 2017 - par - 8 commentaires - 909 vues
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Les prétentions de Paris aux Jeux olympiques de 2024 sont compréhensibles. On devrait pourtant méditer l’étape préalable de ce but si convoité ; la compétition économique des villes précède les compétitions sportives, qui en restent marquées. Cette dénaturation du sport est trop connue pour être commentée. Mais cette affiche ajoute à cette compétition économique, encouragée en d’autres occasions par ce mot « Ensemble », l’idée d’une victoire raciale. Une victoire ou un gain, obtenu après une compétition dont les autres acteurs sont absents de cette photo (sauf s’il s’agit d’une victoire féminine). Cette victoire n’est pas que sportive, si elle est celle de jeunes gens issus de l’immigration, sur des adversaires imprécis. La bonne entente de ces deux personnages face-à-face, une fille et un garçon, semble due à leurs origines communes nord-africaines. Le décor flou devant lequel ils posent est celui des ponts de Paris, propice aux amoureux ; il peut aussi bien s’agir d’une banlieue proche.

Certes, l’effet de surprise de cette affiche, découverte dans une piscine parisienne, s’est atténué pour moi quand j’en ai trouvé deux autres versions sur le net (l’une d’elle avec un arrière-plan différent), qui présentent deux autres couples, dans la même pose et le même polo blanc Le souci de l’équité entre les deux personnages (homme et femme, blonds tous les deux, ou homme et homme, l’un blanc et l’autre noir) en recouvre une autre : l’équivalence en nombre, si problématique, entre les trois jeunes gens issus de l’immigration et les trois autres personnages.

On imagine d’autres versions : deux immigré(es), etc., qui auraient donné au message le sens d’une libération « gay » (un mouvement favorisé par certains politiques pour servir un projet destructeur visant les sources judéo-chrétiennes de notre culture). L’objectif étant de vider de leur sens toutes les différences. Dans la version qui présente deux hommes, l’un est un Noir, chauve et glabre, l’autre est un Blanc, mais brun et porteur de barbe : leur différence se dépasse dans une complémentarité sacralisée par l’idéologie de notre époque, sans égard pour la négation de l’essence originelle de l’individu, considérée aujourd’hui comme un mythe. Le danger de l’abolition des différences, dans la théorie de la violence mimétique, élaborée par René Girard, ne fait que se déplacer, à la manière d’un exorcisme, dans l’idée d’une compétition sportive (à laquelle pourraient participer, ou dans laquelle pourraient s’affronter ces deux personnages).

L’image la plus codée politiquement est celle qui comporte une référence au drapeau tricolore — sur les cheveux blonds de la beurette face à l’un de ses frères, resté brun. Sur cette affiche présentée isolément, l’« Ensemble » revêt un sens très réduit, puisqu’il exclut les Français de souche de cette représentation, des Français qui seraient plutôt les vaincus, dans la victoire promise par cet « Ensemble » — lequel est surtout martelé par les médias à propos de la lutte contre les terroristes — auquel il faudrait alors assimiler les adversaires hypothétiques de ce couple ? Or, l’union de ce dernier n’est pas une unité. La différence des deux visages est celle de deux peuples du Nord de l’Afrique, sans doute très voisins. Est-ce une intériorisation du rapport du Moyen-Orient et de l’Occident, qui n’est que mimé dans les cheveux teints de la fille ? Ou est-ce une transposition, édulcorée à l’extrême, des dissensions qui déchirent certains pays du Moyen-Orient, réduites ici aux signes illusoirement différents qui parent ces deux êtres ? Le sourire et les dents visibles de ces personnages ont l’ambiguïté que Herman Melville reconnaissait en tout sourire.

La pose du couple, renouvelée dans les trois versions, est une curieuse manifestation d’entente : signe ou interdiction de la sensualité ? Le toucher mutuel de deux index conjugue les sens les plus opposés… Et sur l’affiche comportant le signe bleu blanc rouge, l’ongle peint en blanc de la fille s’impose comme le point focal, incolore, de la représentation.

Le bonheur de ces deux jeunes gens est-il dû à l’hypothétique incarnation des valeurs tricolores ? La concurrence raciale, escamotée dans les autres versions de cette annonce, se prononce dans la teinture blonde des cheveux de la fille, trop mal assortis à son visage pour ne révéler que sa coquetterie. Ce pourrait être le signe d’un conflit intérieur, mais le sourire que se renvoient les deux personnages fait fi de cette psychose ; quand sourire au faux blond équivaut à sourire au vrai brun, dans une complaisance réciproque, imposée à l’observateur.

Aux trois tresses bleu blanc rouge de cheveux qui ornent les tempes de la fille (une extension capillaire qui a l’air d’un tatouage) répond le partage en deux zones de la coiffure du garçon. La revendication de la francité, fût-elle due à un simple bariolage, se nie elle-même (ou se dénonce comme artifice) dans l’effet de miroir avec l’aspect du garçon. Les tatouages exotiques sur le bras de ce dernier sont un souvenir banalisé des peuples primitifs, qui marquaient ainsi une appartenance clanique. La France, figurée par le tressage bleu blanc rouge, n’est plus différenciée d’un quelconque territoire exotique. Mais on ne s’en étonne pas plus que de ces tatouages, adoptés aujourd’hui avec un engouement général, qui pèche par l’inversion de son sens premier (sauf si l’on attribue à l’« Ensemble » le plus anonyme, la valeur d’un clan). Sur une telle photo, cette inversion n’est d’ailleurs que le signe innocent de celle qui affecte l’idée traditionnelle de la France.

Si maints champions sportifs sont les promoteurs de ces tatouages, ces deux jeunes gens, que rien ne désigne vraiment comme des champions, ne sont que leurs admirateurs. Comme si les passe-temps sportifs des parisiens pouvaient influer sur la qualité des prestations de ces machines à gagner que sont les sportifs de haut niveau. De rares chercheurs ou journalistes se sont irrités de l’impérialisme de l’« Ensemble », rendu ici, non sans paradoxe, à sa valeur la plus illusoire. Les vêtements sportifs et blancs du couple photographié effacent eux-mêmes la différence du néophyte et du champion, en même temps que l’idée de tout ancrage ethnique. On peut s’en réjouir, mais aussi s’en inquiéter, en songeant aux méfaits de l’égalitarisme, soulignés jadis par un Gabriel Tarde.

Si la photo aux couleurs de la France peut surprendre, c’est d’ailleurs moins pour les Français qui en sont exclus que pour les populations immigrées elles-mêmes, leur nature étant pulvérisée dans cette représentation qui l’affirme et la nie en même temps. Les autres versions de la photo confirment cette ambiguïté, avec la symétrie du couple français ( ?) et du couple de maghrébins, rendu plus français que le premier par le signe tricolore.

Comme si le sacrifice du pays d’origine, lequel ne survit que dans l’atmosphère estivale de la photo, allait de soi. Même si ce sacrifice trouve sa limite dans la rencontre sans doute amoureuse de ce couple issu de l’immigration. Une contradiction qui se noie parmi toutes celles qui se superposent dans cette photo si révélatrice de l’optique de notre époque. Ce gommage des différences est peut-être le prix à payer (je reviens à l’économique) pour la totale éclipse, dans l’esprit de la plupart des français, de la bizarrerie, lourdement occultée par les médias, des formes récentes de l’immigration.

Or, une légende accompagne toutes les versions de cette annonce : « Ville candidate aux jeux olympiques et paralympiques 2024 ». Nul signe d’infirmité sur les mannequins posant pour cette annonce. Les médias ne sont pourtant pas avares de ces images, certes assez stimulantes. Leur absence dans cette campagne publicitaire comporte un sens inavoué : la différence physique (des valeureux infirmes auxquels on refuse ce nom) est subsumée dans celle des races, aujourd’hui tout aussi incertaine. Sans doute est-ce un progrès éthique, mais, ici, la substitution de personnes normales aux invalides est un déni du message écrit. A moins de voir dans les Français blonds comme dans les Maghrébins les victimes équivalentes du destin. On peut ne pas agréer à cette idéologie, qui convertit ce qui relève de la politique (migratoire) en un phénomène relevant des aléas les moins maîtrisables et les moins politiques de l’existence.

Les chiffres pairs de l’année 2024 ont-ils ravivé chez le photographe la fibre de la parité, dont cette image est aussi l’icône ? Il en irait de la parité à tout-va comme de cette compétition raciale, fatale à l’Occident et d’abord à la France, dont ne restent que les couleurs sur cette photo, réduites au caprice d’une extension capillaire. Si la lutte contre le prétendu pouvoir masculin participe d’une déconstruction des différences entre les êtres, qui est aussi raciale. Sans voir que la négation des races, instituée comme une vérité absolue, recouvre une négation de l’être, édulcorée dans ces photos, qui instaure une forme inédite de totalitarisme. Mais il faut avoir le savoir de Frithjof Schuon, auteur de Castes et races, pour honorer dans les différences raciales un reflet des aspects majeurs du « Principe » qui s’illustre aussi bien dans les productions de « l’art universel »…

Ces photos, où la teinture blonde vaut une barbe noire, sont inspirées par l’idéologie des élus de Paris, à commencer par leur maire, grand défenseur ou bénéficiaire de la parité (une notion grandie par l’euphonie de ce mot avec le nom de Paris). Le génie féminin (qui a produit des merveilles) a ses failles, dont témoigne ici la vision d’un Paris centrifugé dans une marmite épicée où l’on ne distingue plus les ingrédients. Quel effet cette odeur aura-t-elle sur la commission chargée d’élire la ville candidate ? Il y a des chances pour qu’elle ne soit même pas sentie si l’Europe a, d’ici là, pris le visage que promeuvent ces images.

Cette indistinction culmine dans le logo de cette campagne : une Tour Eiffel dissociée en deux morceaux, l’un rouge, d’un seul tenant (le bout inférieur tourne au jaune), et l’autre bleu, scindé en deux digitations, la seconde se termine par une queue verte. Un mélange du drapeau français et des drapeaux du Moyen-Orient (certains comportent des motifs jaunes). L’illusion de cette conciliation se trahit dans la séparation graphique de ces morceaux, comme dans le tressage capillaire tricolore de la fille qui est lui-même, jusque dans son rapport visuel avec la coiffure du garçon, le signe d’une schizophrénie qui ne peut pas ne pas résulter de ces transplantations sociales, quand elles impliquent le face-à-face de cultures inconciliables, quoi qu’on dise. Et malgré les bonnes intentions des concepteurs de l’affiche, qui incitent chaque être à un impossible reniement de son patrimoine originel. Cette pathologie est vainement conjurée par les index joints des deux personnages, qui imitent ainsi l’aspect de la Tour Eiffel. Le drapeau français survit à ces distorsions, mais c’est sous la forme du drapeau que l’on distingue à peine, au loin, sur une vague embarcation engagée sous le pont. Un drapeau couché sous les ponts, en exil sur un radeau flou, qui ne retient pas l’attention : le sommet de l’inversion des valeurs, et signe ultime de l’avenir de la France.

Michel Arouimi

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Notifiez de
spartac

 » JO Paris 2024 « .
Au delà du discours idéologique posant le  » vivre ensemble  » comme la nouvelle doctrine sociale, je penserai davantage aux conséquences financières qui impacteront négativement les français imposables; c’est à dire ceux qui travaillent ( eux ) .
Les J.O. = Des centaines de millions d’impôts sur les années qui suivent .
Ma soeur qui demeure à Montréal, m’a régulièrement rapporté son écoeurement à avoir vu apparaître de nouvelles taxes sur les produits de consommation à la suite des J.O. de 1976. et de constater que ces taxes n’ont jamais été retirées ensuite.
J.O. = Escroquerie du peuple qui a la connerie des les recevoir.

Gaulois Ruthène

Il faudrait arrêter de tout interpréter…
Bien sûr, comme tout affichage, il y a un message mais ne tombons pas systématiquement dans l’excès « d’analyse ». A trop vouloir démontrer on ne montre rien et la démarche devient ridicule !

Oeil de Lynx

Sans analyser quoi que ce soit, allez donc publier des affiches représentants des blancs pour des publicités en Afrique…. J’aimerais bien voir ça. Alors, pas de démagogie bienpensante, de grâce.

Rectrix

Il y peut y avoir propagande vivre-ensembliste dans cette affiche, mais il y a une erreur quant aux origines: il s’agit du couple de jeunes boxeurs médaillés ultramarins de la dernière olympiade, ceux qui ont réalisé cette affiche ont plutôt cherché à jouer sur ce ressort.
La lutte contre l’islam ne consiste pas à rechercher un message derrière un faciès, car on peut se planter mais à éradiquer une menace totalitaire .
Bien sûr que l’antiracisme est devenu une propagande une Hirsi Ali apostate noire le dénonce, mais soyons juste quand nous ciblons l’ennemi.

Gaulois Ruthène

D’accord avec vous.
Il n’est pas utile d’en rajouter quand la propagande et la manipulation nous submerge par ailleurs de façon grossière.

Mickdan

Tout est propagande maintenant en France,on diraient l’ ex URSS ou dans les pays du golf, la démocratie n’existe plus !!

Liechty

Vous dites qu’Estelle Mossely et Tony Yoka ont des origines nord-africaines. Vous devriez vérifier avant de dire des sottises. Les deux ont un parent congolais, le père. Pour Estelle, sa mère est ukrainienne, celle de Tony, Française. Si vous situez le Congo en Afrique du nord, il faudra réviser votre géographie.

Oeil de Lynx

Et ils ont tous les deux des têtes de suédois…