Jocelyn, l’apostat de la gauche bobo, dans une fiction aussi drôle qu’effrayante…

Publié le 31 octobre 2011 - par - 1 071 vues
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Jocelyn, c’est le brave moderne dans sa naïveté d’agneau qui va au sacrifice en toute innocence. Bien décervelé par l’enseignement de l’oubli, bien culpabilisé par celui de la haine de soi, bien désarmé par la bienpensance obligée, bien émasculé par toutes les « déconstructions » intellectuelles, bien abruti par toutes les démonstrations des sociologues et autres enfumeurs chiffristes, bien anesthésié par le spectacle politique, bref : bien préparé à son élimination. Et par-dessus tout : Bon, si merveilleusement bon, si ouvert à l’Autre qu’il ne sait plus qui il est, si désireux de paver méthodiquement et allègrement la route de son Enfer, qu’on lui donnerait le Bon Dieu sans confession.
Jocelyn est un bobo. Il n’est pas athée, ni agnostique, car il ne sait pas véritablement ce que c’est ; mais il est tout de même profondément religieux à l’insu de son plein gré : car c’est un adepte de la modernité ; pas de la modernité en tant que devenir historique de la société des hommes, mais de la modernité idéologique, de la modernité faite religion et morale afin d’assurer péremptoirement son règne, et par son truchement celui de l’individu faussement souverain — en vérité consommateur effréné, soumis aux publicitaires, docile aux objets techniques qui le conditionnent quand il croit s’en servir, jouet de toutes les manipulations, et atome politiquement impuissant. De la modernité dans sa version furieusement « modernante », autiste au monde, qui, à force de vouloir sans cesse « avancer », « reculer les limites », « briser les tabous », « briser les frontières », « dépoussiérer et revisiter », « métisser », « communiquer », « publier », ne fait que tourner en rond, jusqu’au ridicule, un ridicule qui ne sera jamais achevé, sous couvert du seul diktat qui serait non seulement acceptable mais désirable : celui du Bien englobant, de la Bonté achevée, contre le lourd héritage de tout ce qui avait été considéré jusque-là comme « civilisation » qui ne rime que trop bien avec « nauséabond ». De la modernité comme hostilité mortifère et réaction nihiliste à tout ce que nous sommes et avons été. De la fausse modernité, dévoyée par des « leaders d’opinion » vulgarisant la leçon hypocrite, fournie en son temps par des intellectuels félons, de la « liberté libre », qui, de cime de l’exigence qu’elle était, est tombée dans le caniveau du parce que je le vaux publicitaire.
Et Jocelyn va rencontrer, brutalement, le Réel. Car, s’il échappe même à ceux qui s’efforcent de le capter, et bien entendu à ceux qui le fuient, le Réel tôt ou tard se manifeste, et il se venge. Son propre dans ce cas est de faire mal, très mal.
La faute du bobo Jocelyn, de Pierre Cassen et Christine Tasin, imagine ce qui se passerait suite à l’élection de François Hollande en 2012. Le texte est présenté comme une fiction, les auteurs disent qu’ils n’ont pas reculé devant le grossissement du trait. Il fait rire, c’est certain ; mais il fait peur aussi, car il vise juste — si juste que l’on peut redouter légitimement que le Réel, encore lui, ne dépasse la fiction, et que le trait soit au contraire encore trop léger…
Les félicitations exprimées par des islamistes au sujet du « travail » réalisé par Mme Aubry sur la ville de Lille, la scandaleuse participation de M. Hollande à la pseudo « commémoration » du prétendu massacre du 17 octobre 61, basée sur une version falsificatrice et univoque des faits, l’empressement du Sénat désormais à gauche à faire passer le droit de vote des étrangers aux élections locales et régionales, dans un premier temps, le témoignage de Xavier Lemoine, maire de Montfermeil, sur ce que lui a rétorqué un imam, savoir : « Monsieur le maire, en 2014 vous serez peut être encore réélu, mais en 2020 ce sera nous. C’est mathématique, car nous serons majoritaires » : tout cela, et bien d’autres choses au fil de l’information quotidienne, font froid dans le dos après la lecture de ce livre : on perçoit nettement que les chose pourraient, en effet, aller très vite désormais…
Le déroulement et le résultat de l’élection de 2012 que prévoit le livre, pour aller à l’encontre de tout ce que nous racontent les sondages et les autorisés de parole, sont très pertinents ; ils tirent la leçon des dernières expériences politiques du peuple français comme de l’analyse des réactions sur le long terme du corps électoral français, par temps de crise majeure. La composition du nouveau gouvernement, d’une drôlerie elle aussi un peu désespérante, sa volonté délibérée d’accomplir le Désastre sans plus tarder, d’aller une bonne fois pour toutes au bout d’une logique liquidatrice du peuple français, dans une perspective mondialiste et Oumma-compatible pour notre pays et notre République, les conséquences immédiates de ces décisions : tout cela, hélas, passe assez difficilement pour de la pure « fiction ».
L’émeute ethnique à Barbés, en 2015, sur laquelle débute le livre, est encore un bel exemple de la force du livre, de sa logique implacable qui ne se déduit que trop aisément de ce que nous voyons déjà à l’œuvre tous les jours, du moins de ce que voient « les gens », au quotidien, dans la rue, dans les transports en commun, dans leur quartier, de leurs yeux qui n’ont pas le droit de le voir car ils n’ont pas le droit de le dire et moins encore de le penser ; de ce que savent fort bien ceux qui se « réinforment » en permanence, qui sont plus nombreux qu’on ne le croit généralement : Internet est une sorte de Radio-Londres pour une petite part, marginalisée certes, mais fort heureusement active au point que personne ne peut l’ignorer tout à fait.
Sommes-nous à la veille de tels bouleversements ? C’est bien à craindre. En effet, 2012 est une échéance cruciale et même vitale pour le pays, que ce soit sur le plan de sa continuité historique et de la composition même de son peuple, avec le Grand Remplacement dangereusement en passe d’être accompli si l’on ne prend pas rapidement les mesures qui s’imposent pour redresser la situation et rétablir la République, ou que ce soit sur le plan économique et social où menacent la ruine, l’abaissement, et la perte des dernières possibilités de reprise de notre puissance, sur des bases repensées.
Il est à craindre, en effet, au regard de l’inanité ou du flou du programme des principaux concurrents en lice vis-à-vis des enjeux essentiels, que la prochaine élection présidentielle ne soit pas l’occasion d’un débat démocratique exempt d’ambiguïté sur ces enjeux, que cette consultation électorale ne permette pas de faire face à toutes les difficultés en laissant se confronter honnêtement et avec toute l’ouverture d’esprit nécessaire tous les avis et positions susceptibles de se présenter au suffrage de nos concitoyens, et que ne puisse s’opérer le choix d’un avenir en toute conscience et responsabilité, sans hypocrisie ni démagogie. Il est à craindre par voie de conséquence que l’abstention ou l’éparpillement des votes ne l’emportent largement, que le candidat finalement élu ne le soit que par défaut, par rejet du concurrent, par moindre détestation ou inadhésion, ce qui serait le pire pour notre pays et créerait la certitude de le voir s’enfoncer toujours plus irrémédiablement dans le piège où il s’est laissé enfermer.
La faute du bobo Jocelyn se termine toutefois plus favorablement (disons plutôt : moins défavorablement, car suite à la catastrophe), grâce à l’apostasie soudaine de Jocelyn : le Réel s’imposant enfin sans détours, les mensonges idéologiques s’étant effondrés, et grâce aussi à une « petite graine » semée lointainement par un grand-père (ce « détail » est très important, il est juste, il encourage à résister), voilà que Jocelyn se réveille, que ses yeux se décillent enfin, qu’il se retourne d’un bloc. Son « apostasie », son abandon du catéchisme qui l’avait jusque-là dominé, son engagement dans la Résistance, la fin du livre sont étonnantes : l’aspect fictionnel y est de plus en plus manifeste, par la force des choses ; on aimerait y croire tout en doutant que cela puisse se passer ainsi, mais l’on est à nouveau pris par nombre de « détails » significatifs, étonnamment perspicaces, parfois très concrets, qui laissent songeur (l’organisation, les recoupements et complémentarités entre les uns et des autres, avec les provenances diverses des résistants, etc.). Et qui font réfléchir…
Il ne tient qu’à nous de faire que ce livre reste une fiction, et, sans doute, est-ce son but : les mois qui viennent sont décisifs. Les prochaines échéances électorales, si elles voient confisquer une nouvelle fois les débats vitaux pour notre pays au profit de vaines querelles de partis et d’enjeux de pouvoir politiciens, si elles portent au pouvoir une clique d’idiots utiles incapables de penser lucidement le temps, de servir le pays, et de restaurer la République, ou pire encore décidés à leur liquidation, alors on peut et on doit redouter le pire.
La faute du bobo Jocelyn se veut sans prétention autre que de s’inscrire dans une certaine tradition française, ironique et frondeuse ; il donne du plaisir, assurément, il fait rire ou sourire, mais il est aussi et surtout prémonitoire, inquiétant, et bienvenu.

Didier Bourjon

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