Jour de Colère : 40.000 manifestants, 500 anti-juifs

Les hasards du calendrier politique nous ramènent, me semble-t-il, à nos fondamentaux. En le disant ainsi, est-ce que je ne deviens pas un « fondamentaliste », quelqu’un de pas très souple et de plutôt borné, quelqu’un qui ruminerait de vieilles rancœurs et ranimerait des querelles surannées ?

En effet, j’ai eu depuis deux jours, à ferrailler avec de bons amis, au sujet de la caractérisation de la manifestation des « français en colère » qui a eu lieu dimanche dernier.

Un ami a voulu y voir un hétéroclite rassemblement de dangereux liguards antisémites.

Un autre a même dénoncé le fait : que la manifestation était, pour l’essentiel, d’accord pour dire que les jours de séjour à l’Elysée étaient, pour le Président Hollande, derrière lui, qu’il devait faire sa valise et suivre le conseil impératif que lui donnera un jour cette brave Ségolène : fais tes valises, et pars immédiatement !

Un autre ami, qui a suivi physiquement le cortège, a ramené à de plus modestes proportions les débordements s’exprimant contre le CRIF et plusieurs fois contre « le Juif – en tant que personne- auquel la France n’appartient pas ! »

Il est vrai que les franches rigolades canalplusiennes de chez Ruquier ont de quoi inquiéter. On a pu en effet voir une émission montrant un  gugusse se croyant rayonnant d’humour, – noir l’humour, noir- faisant un jeu de mots laid sur le « coup parti tiré en scooter », par l’encore Président de la 5ème république en état de coma prolongé, et sur le « coup tiré en scooter » par le djihadiste plusieurs fois assassins, Mehra.

Cela a fait se tordre de rire les côtes de l’animateur et de ses invités. Oui, répétons-le, il y a de quoi s’inquiéter

Mais à la différence de mes amis, je ne caractérise pas la manifestation du dimanche passé par les quelques enclaves pogromo-djihadistes manifestes que l’on y a vues, entendues et filmées. Néanmoins, je suis d’accord avec l’un d’eux pour dire : que la Dame Bourges, qui en fut un pivot, un porte-parole, se doit de se démarquer, clairement et publiquement, des candidats-assassins réinventant les slogans du « protocole des sages de Sion ».

Quinze personnes derrière le symbole celtique qui fut celui « d’ordre nouveau » ; deux à trois centaines derrière les énergumènes Soral et Dieudonné ; quelques dizaines appartenant à des franges catholiques confites dans l’idéologie inquisitoriale, selon laquelle : « les méchants Juifs infidèles ont mis à mort notre seigneur Jésus ».

En d’autres termes, en tout et pour tout, on a eu dimanche passé, sur 30 à 40000 manifestants, un demi-millier, maximum, pour prétendre que la source commune des différents maux dénoncés c’était… le Juif et son organisation « communautaire » non-religieuse, le CRIF.

Question : pourquoi invoquer ici Maimonide ?

Parce que le grand érudit, – contraint quelques temps à subir l’humiliation (sous peine de mise à mort immédiate en cas de refus) de la conversion à l’islam, lors du vaste djihad almohade mené des bords du Niger, jusqu’en Espagne conquise-, nous donne une des clés, pour la compréhension de l’actuelle situation.

L’ami qui a parcouru le cortège de dimanche dernier m’expliquait : que les dieudono-soraliens vomissant le Juif se trouvaient être, pour la grosse majorité de leur modeste effectif, de jeunes hommes venus de banlieues, portant capuche, et appartenant à deux « minorités visibles », musulmanes, noire et/ou blanche.

La matrice de la haine furieuse, la haine la plus belliqueuse et sûre d’elle, dans cette manifestation comme dans tant d’autres lieux, en France et ailleurs, ce n’est pas celle héritée de l’universitaire allemand Wilhelm Marr, – le théoricien de  l’antisémitisme moderne.

La matrice en est eschatologique

La matrice de la haine la plus redoutable, celle qui transforma un jeune homme de Toulouse en assassin volontaire et implacable d’enfants juifs, c’est une haine… « Re-li-gieuse ».

Alors venons-en à Maïmonide, le quelques temps musulman malgré lui. Relisons-le, dans l’épître au Yémen. Maïmonide écrit à son correspondant :

« Il n’y a pas eu contre Israël de nation plus hostile qu’elle, ni de nation qui ait fait preuve de méchanceté systématique pour nous humilier, nous rapetisser et nous détester comme eux –les Ismaélites-. Même le roi David, que la paix soit sur lui, lorsqu’il vit, par l’esprit saint, tous les tourments qui attendaient Israël, commença par crier et se lamenter, au nom de la nation, à cause des malheurs des fils d’Israël, en disant : «  Quel malheur pour moi d’avoir séjourné à Mechec, demeuré près des tentes de Kédar ». Maïmonide poursuit, évoquant ici David : « voyez comment il appelle Kédar, parmi les fils d’Ismaël- parce que le dément (Mahomet) est de la descendance de Kédar, comme cela est connu par sa généalogie ».

Maïmonide, – qu’un invité de l’émission dominicale « islam » n’hésitera pas à présenter comme étant un grand intellectuel et penseur musulman-  poursuit : « il faut supporter les tromperies d’Ismaël et ses mensonges et garder le silence devant eux ; on s’appuie pour cela sur le verset écrit à propos de ses fils : » Michma, Douma, Massa… » (Gen. 25, 14) – tels sont les fils d’Ismaël-, ce qui signifie : écoute, garde le silence et supporte. » Moïse Maïmonide,  Epître au Yémen.

Le retour sur le passé nous ramène à la forgerie la plus vigoureuse, la plus vindicative, d’où sortent, comme des geysers chroniques, les flots les plus violents des diatribes assassines. On en a en effet vu dimanche passé, venus se coller, comme pour la dénaturer ou lui donner un autre signe, à la protestation politique qui n’est ni « d’extrême gauche », ni « d’extrême droite », qui est seulement protestation légitime, sociale, économique, et devenue politique.

Ce n’est donc pas le dieudono-soralisme qu’il faut combattre, qui manipule et instrumentalise

A l’inverse, c’est lui qui se trouve embarqué, instrumentalisé, manipulé, par le parti du djihad universel mené tactiquement, en s’employant à rassurer les uns pour anéantir les autres, pour revenir aux uns un peu plus tard. Pour parler clair, on ne peut combattre le soralo-dieudonisme, en restant confiné dans les catégories « droite-gauche », ou « extrême droite – extrême gauche ».

La stratégie et la tactique des Frères musulmans du parti « tunisien » Ennahda sont instructives à cet égard

C’est ce parti, – encore abusivement présenté samedi passé sur la chaîne LCP comme étant un « parti modéré » qu’il ne faudrait surtout pas combattre, surtout à la vigoureuse manière égyptienne néo-nassérienne-, qui a mené campagne pour que la nouvelle constitution tunisienne intègre, comme un élément organique de l’identité nationale tunisienne : le combat contre Israël, la destruction de « l’entité sioniste », l’interdiction légale, permanente et définitive, de toute relation commerciale, industrielle ou culturelle entre la Tunisie, ses habitants, et Israël et ses propres citoyens Juifs ou Arabes.

Deux intervenants (deux journalistes français spécialisés), présents sur le plateau de la LCP, n’eurent néanmoins de cesse de se faire les avocats de l’honorabilité et de la modération de la section tunisienne du parti international du djihad universel aux formes diversifiées par les déclinaisons de la « taqyya ».

Là réside le véritable problème et le danger mortel, à savoir : la prolifération de chevaux de Troie –des amoureux ou des personnages en empathie plus ou moins intéressée avec l’organisation des « frères musulmans »- de taille, de vigueur et de pugnacité variées.

Alon Gilad

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