Journal de bord de deux résistants français de passage à Prague (1)

Publié le 18 mai 2016 - par - 5 commentaires - 1 044 vues
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Vitrail_Saint_GuyMercredi 11 mai.

Arrivée au petit matin à Prague. Impression de déjà vu au travers des vitres du train : maisons souriantes, petits jardins bien entretenus, bois de chauffage empilé partout, des cours d’eau, de la verdure, des usines dont les cheminées fument… Le sentiment de paix qui se dégage du paysage nous ouvre tout à coup les yeux. C’est tout simplement la France de notre jeunesse que nous avons vue passer, une France en partie encore rurale, où il faisait bon vivre, où l’on avait du travail, où l’on se sentait en sécurité.

C’est pourquoi, sans doute, à Prague même, plus tard nous ne serons pas étonnés de voir le matériel de réfection des trottoirs et d’un pont, des câbles et des pavés par milliers, laissé en place jour en nuit.. Pas de voleurs, à Prague, en-dehors des habituels pickpockets sévissant en secteur touristique ?

Pourtant, nous sommes bien en 2016, dans un de ces pays d’Europe où le moindre inculte, avide de laisser sa trace sur les monuments privés et publics passe des nuits entières à taguer, pardon, à enlaidir son paysage notre paysage. Et des tags, dans une des villes les plus touristiques d’Europe, il y en a à la pelle… Hélas.

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Il y a là une forme de décadence ou plutôt de haine de soi que l’on retrouve dans toute l’Europe. Les tags qui fleurissent, que d’aucuns parmi nos élites osent appeler art, à jeter avec les plugs anals et autres Rester vertical.

Pourtant il y a, forcément, d’authentiques artistes, de l’art véritable, qui transcende, partout. Mais, comme au temps de l’art soviétique, les authentiques artistes sont mal vus, n’ont droit à aucune promo, à aucune subvention… Chez nous du moins. Gageons qu’à Prague, l’amour de la patrie, de l’art… et les exigences des touristes doivent permettre une certaine pérennité de la beauté. Malgré les standards internationaux présents partout, KFC et Mac Do présents, évidemment, à côté de délicieux petits restaurants évoquant la Belle époque en France.

Comment s’étonner de la réaction de notre chauffeur de taxi, haut en couleur qui, d’emblée nous a parlé de l’islamisation et de l’immigration en France « Merkel and Hollande are crazy » et nous a dit son regret pour le communisme où chacun avait du travail et à manger. Il ne cessait de répéter qu’à présent il n’y a plus de travail, pas assez d’argent… Notre contact d’USVIT au Parlement nous expliquera que les taxis, sous le régime communiste, faisaient partie des privilégiés, se faisant payer « au noir » un certain nombre de prestations. Ceci explique dans doute cela, il n’empêche que ce vieil homme voit clair dans notre monde et dans la tragique évolution due à l’ultra-libéralisme…

Pourtant Dieu que Prague est belle ! Dieu que l’histoire de Prague est partout présente ! Dieu que l’architecture donne le tournis, baroque et ses trompe-l’oeil ici, gothique là, immeubles du XVIIème ou du XVIII ème ailleurs, statues moyenâgeuses d’illustres sculpteurs partout…

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Imitation des Bourgeois de Calais sur la place principale de la Vieille ville en hommage au révolté Jean Hus (nous y reviendrons dans la suite de ce journal que nous publierons les jours à venir).

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Monument à Jean Huss, Ladislav Saloun, 1915 Les Bourgeois de Calais, Rodin, 1895.

Même les plaques d’égout sont belles !

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Arrivés à l’hôtel, pas le temps de déballer les bagages que le téléphone sonne et que nous sommes invités à déjeûner au Parlement par deux attachés parlementaires des députés USVIT chargés d’organiser la journée de vendredi. Ces deux sympathiques jeunes gens nous font visiter de fond en comble l’édifice. L’hospitalité tchèque, la gentillesse et l’humour des Tchèques ne sont pas un vain mot, nous le vérifierons pendant tout notre séjour.

Grâce à eux nous arpenterons la « Chambre des députés tchèques » aux murs constellés de reproductions de traités et actes officiels remontant aux origines de la République tchèque. La fierté de leur pays et l’enthousiasme des deux trentenaires nous a fait chaud au coeur. Et, comme ici, c’est parce qu’ils aiment leur patrimoine et leur histoire qu’ils sont anti-islam !

Pierre Cassen et Christine Tasin

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Notifiez de
Clamp

Comme Josiane Filio, je suis étonné de voir si peu de commentaires. Bien sûr on peut se dire qu’il n’y pas beaucoup matière à débat, voire même que ce petit séjour aux attraits quelques peu touristiques pourrait bien susciter un peu de jalousie. Mais moi, j’ai plutôt apprécié ce petit dépaysement et cette visite architecturale. C’est vrai que ça fait envie, mais en même temps ça permet de mettre aussi l’accent sur tout ce qu’on a perdu de douceur de vie à force d’autodestruction.

Il me semble aussi, et je le déplore, que Christine et Pierre sont en général trop boudés par les commentaires. Nul n’est prophète en son pays mais je crains que ce soit peut-être aussi à cause de leurs origines politiques de gauches. Beaucoup de commentateurs sont de fervents cathos bien endurcis, voire des royalistes qui détestent le « gueuse », ou des mordus du libéralisme effréné. Ce n’est pas très fair play à mon avis.

Ces deux là risquent gros et construisent avec patience, détermination et intelligence

Clamp

nos seules chances de rendre aux prochaines générations de ce pays un avenir digne et acceptable. Ce n’est pas parce qu’on ne partage pas toutes leurs idées qu’on doit s’estimer fier de leur afficher un tel mépris. Il n’y a vraiment pas de quoi.

Personnellement, je suis réellement choqué, déçu et peiné.

J’ai pris les mêmes photos quand j’y suis allée. J’avais hélas un zona ce qui a quelque peu gâché mon voyage mais j’ai bien ressenti l’impression de sérénité que vous décrivez. Sur le Pont Charles à 7 h 30 du matin – il faisait 12° et nous étions le 2 octobre – une jeune femme aveugle chantait de l’opéra en robe légère, accompagnée d’un tout petit magnétophone posé sur la rambarde. Sur un autre pont, j’ai photographié les traces des balles du soulèvement d’août 68. Nous avons eu du mal à trouver quelqu’un qui parle allemand pour nous renseigner, mais nous avons parlé à un policier qui pratiquait un anglais plus qu’honorable. Nous avons laissé les hordes de touristes investir la mairie et sa fabuleuse horloge et avons préféré boire une bière à une terrasse en bavardant avec des Canadiens. En un mot, que faire à Prague ? Réponse : respirer l’air tranquille de la rue. C’est ce que nous faisons partout où nous allons (Dresde, Berlin, Venise, etc). Merci pour votre reportage.

Eglantine

Cela me donne envie d’y aller passer ma prochaine retraite

Josiane Filio

Comment ? 10 h 24 et pas un seul commentaire ? C’est un scandale !
Moi je vous dis un grand merci Christine et Pierre de nous faire partager ce joli voyage qui en plus a été constructif à titre personnel et pour vos deux associations auxquelles je tiens, et tout simplement pour notre France.
A l’âge de 14 ans j’ai eu la chance de séjourner un mois dans la Tchécoslovaquie de l’époque, et si mes souvenirs sont flous aujourd’hui, je garde néanmoins en mémoire l’extrême gentillesse des Tchèques qui semble ne pas avoir changée et c’est tant mieux. Dès les premières lignes j’ai eu l’impression de voyager avec vous, dans l’espace et dans le temps, et je serai ravie de suivre votre journal de bord … et d’en faire profiter tous mes contacts.
Merci à vous deux et bises affectueuses depuis l’Aude.