Journal de bord de deux résistants français (2) : Prague la révoltée

Publié le 20 mai 2016 - par - 5 commentaires - 1 023 vues
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Première partie, voir ici.

Jeudi 12 mai

Journée consacrée, non pas au tourisme, mais à la découverte de Prague la révoltée. A la découverte de l’âme tchèque…

On reçoit un coup au coeur quand on arrive sur la superbe place de la vieille ville.

Ce ne sont pas les bâtiments anciens qui interpellent.

Ce ne sont pas les multiples restaurants pleins à craquer qui interpellent.

Ce n’est pas l’horloge astronomique du XVe siècle avec son défilé des 12 apôtres qui rassemble des milliers de personnes chaque jour, attendant l’heure fatidique de voir défiler ces petits personnages. Et on a tort, car quand on approfondit les choses, on découvre des choses étonnantes : La légende dit que les Bourgeois de Prague, tellement fiers de leur horloge, auraient fait aveugler son auteur, l’horloger Hanuš, afin qu’il ne puisse pas trahir ses secrets et construire ailleurs une rivale. Il était très sollicité et avait refusé toutes les propositions mais apparemment cela ne suffisait pas à les rassurer… alors ils le firent aveugler !

La vengeance étant un plat qui se mange froid, quelques mois plus tard Maître Hanuš parvint à aller près de son oeuvre, il plongea sa main dans le mécanisme de l’horloge qui s’arrêta. Il fallut des siècles pour parvenir à la faire à nouveau bien fonctionner, la plus longue panne ayant duré 95 ans, au XVIIIème siècle. Maître Hanuš mourut lors de sa vengeance, son vieux coeur n’ayant pas résisté, mais quel acte de révolte et de vengeance !

Ce qui arrête c’est ce monument situé en plein milieu de la place, consacré à un personnage austère s’il en fût, Jean Hus.

jean-hus

Jean Hus, devenu prêtre en 1400, lance un mouvement de réforme de l’Eglise. Malgré son excommunication, il s’obstine à dénoncer les trahisons de l’église et notamment le système des indulgences. Il prêche dans les campagnes et crée un véritable mouvement populaire… L’Eglise convoque donc l’hérétique à Constance en 1414 et… le condamne à mort. Malgré la dispersion de ses cendres dans le Rhin, il ne sera pas oublié et les guerres hussites déchireront le pays pendant les 15 années suivantes. Il faut dire que, en sus, dans la droite ligne que suivront un Calvin et un Luther, il avait décidé d’écrire en tchèque et non en latin et de faire connaître en langue vernaculaire les écrits sacrés. Il a ainsi donné ses lettres de noblesse à la langue littéraire tchèque.

Ce monument, en place centrale, sur la plus vieille – et plus belle- place de Prague est un message lancé à tous : à Prague l’on ne se soumet pas au pouvoir, quel qu’il soit, on préfère mourir.

C’est d’ailleurs ce que fit Jan Palach, l’étudiant tchèque qui s’immola par le feu place Wenceslas le 16 janvier 1969, après l’arrivée des chars russes à Prague le 21 août 1968 afin d’écraser le « printemps de Prague ». Ses obsèques rassemblèrent plus d’un demi-million de personnes, en plein régime communiste…

palachmemorial-place wenceslas

Mémorial place Wenceslas

Deux autres jeunes Tchèques suivirent son exemple la même année Jan Zajic le 25 février et Evzen Plocek, le 9 avril.

palach2

Avant Jan Palach, bien que moins connu, c’est un enseignant polonais opposé au communisme, Richard Siwiec, qui s’était immolé, à Varsovie, lui, pour protester contre l’occupation de la Tchécoslovaquie.

siwiec

Mais ce n’est pas tout ! Entre le XVe siècle et 1969, il y a eu à Prague 3 célèbres défenestrations !

A Prague, on ne discute pas, on élimine les opposants !

La première défenestration date de 1419, 4 ans après la mort de Jean Hus. Ses partisans, les « Hussites », plus remontés que jamais, font irruption dans l’hôtel de Ville et précipitent des conseillers catholiques par les fenêtres.

hotel-ville-prague-nouvelleville

C’est le début de la révolution hussite et d’une guerre civile qui durera jusqu’à la signature d’une trève en 1436.

La deuxième défenestration, la plus connue, date de 1618. Les protestants soupçonnent l’empereur de soutenir les catholiques à leurs dépens et de vouloir leur enlever leurs privilèges. Le comte Thunr « monte au château » avec une délégation et une discussion animée commence avec les gouverneurs catholiques qui remplacent l’empereur en son absence. Deux gouverneurs, réputés catholiques intransigeants, sont traînés jusqu’aux fenêtres et jetés dans le vide.

Defenestration-prague-1618

Ils seront paradoxalement sauvés par la très épaisse couche d’ordures qui avait été jetée dans les douves lors d’un récent nettoyage du palais. Ils ne demanderont pas leur reste et s’enfuiront, indemnes, malgré les coups de fusil tirés contre eux.

La population de la ville se soulève, brûle les églises catholiques… et c’est le début de la guerre de Trente ans.

Une troisième défenestration aurait eu lieu en 1948, bien que certains historiens ne la prennent pas en compte dans notre liste, puisqu’elle n’est pas le fait de révoltés tchèques mais celle de leurs ennemis, celle de » Jan Masaryk, ministre des Affaires étrangères de Tchécoslovaquie et seul ministre à n’être ni socialiste ni communiste mort au pied de la fenêtre de la salle de bains de son ministère. Des auteurs comme Milan Kundera (dans La Vie est ailleurs) rapprochent les différentes défenestrations1. Au début de l’année 2004 la police arriva à la conclusion qu’on l’avait bel et bien assassiné et qu’il ne s’était pas suicidé, comme le rapport officiel de l’époque l’avait affirmé. » Wikipedia.

jan-masaryk

Comment ne pas se réjouir, avec un tel passé, une telle histoire, une telle âme de révoltée, de voir Prague réunir les représentants de 14 pays pour dire non à l’UE, à l’islam et à l’immigration en créant Forteresse Europe ?

Pierre Cassen et Christine Tasin

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Notifiez de
Philippe

La répression du Hussisme a au moins eu une conséquence heureuse : le nationalisme tchèque s’est déplacé de « leur » église vers l’athéisme.
C’est aujourd’hui le seul pays européen qui soit plus athée que la France et je reconnais que je suis un peu jaloux, là.

brandenburg

Votre défense de Jean Huss est stupide.Il déchaîna des violences sans fin comme plus tard luther alors qu’il était quasi-analphabète,un primaire.
En 1968,les tchèques se montrèrent d’une lâcheté insigne,pas comme les hongrois en 1956,les berlinois de l’est en 1952,les polonais à d’innombrables reprises!Vous montrez ainsi le bout de l’oreille et vous n’êtes que des néo-païens,votre défense des catholiques n’est qu’une hypocrisie comme celle d’Alain de Benoîst,créateur de « la nouvelle école » paganisante avec à l’époque Pauwels qui fit du Figaro magazine l’organe officiel de ce néo-paganisme.Quant à votre pote Philippe Nemo,c’est aussi un hypocrite qui ne croit ni à Dieu ni à diable mais profite de la déliquescence du système français d’éducation pour fonder une nouvelle école qui n’a rien de catholique.
« La révolte contre la réalité est la metaphysique du mal »-Bernanos; »Il y a des gens qui ont des dogmes et qui le savent et ceux qui ont des dogmes et qui ne le savent pas »-Chestertonon!

Frayman

Desolé mais en 1968 les tchéques n´ont pas accepté passivement l´occupation soviétique . Il y a eu plusieurs centaines de morts . Les tchéques avaient aussi en mémoire le bain de sang a Budapest en 1956 quand les hongrois se sont révoltés contre les soviétiques . Voice of America lancait des appels a la resistance disant que les américains allaient venir au secours des Hongrois . Bien sur, ils ne sont jamais venus .
Les tchéques savaient qu´ils étaient absolument seuls et impuissants contre les chars et les soldats soviétiques .
Ce n´est pas de la lacheté mais de la sagesse . Ils ont resistés autrement : par la disidence pour certains et par la  » résistance passive » pour les plus nombreux .

Clamp

@ Brandeburg et Frayman

De toute façon, le message de Brandeburg est sans intérêt, il vise seulement à étaler sa culture. Il se contre dit lui-même en parlant tantôt de défense de Jean Hus, et la ligne d’après de défense des catholiques ( ? ). Comme si Christine et Pierre étaient des défenseurs des catholiques !

Et la seule ambition de cet article n’est la défense ni de l’un ni de l’autre, mais une mise en lumière de l’âme tchèque par ce petit condensé historique, au demeurant fort instructif et pour autant bien agréable.

Alors après, paganisme, métaphysique, Chestertonon, bref. Faut pas fumer le clavier !

Marie

Ville captivante. Merci de ce bel article. Et à propos de l’horloge astronomique, les sages praguois ont mis un turc au côté de la mort, afin de rester conscient après les tentatives d’invasions dans le passé et toujours valable aujourd’hui. Voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Horloge_astronomique_de_Prague