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Joy Sorman est bien la fille de son père, le penseur libéral Guy Sorman

Le 25 mars dernier, Melle Joy Sorman, journaliste et écrivain, commettait dans Libération un article intitulé « Le vote des étrangers : plus qu’un droit, une nécessité ». Elle soutient ainsi la proposition de loi constitutionnelle visant à accorder le droit de vote aux étrangers aux élections locales, qui sera présentée par des députés PS, PC et Verts, dont Patrick Braouezec et le très comique Noël Mamère. Avant de passer en revue les arguments de ce court article, il convient de rappeler qui est Joy Sorman.
Ancien professeur de philosophie, elle quitta vite l’enseignement pour se livrer à de plus lucratives activités. Elle occupe en effet le poste de chroniqueuse sur Paris Première ainsi que sur Canal Plus, chaîne bobo s’il en est et un des principaux vecteurs de la bien-pensance télévisuelle. Elle fut aussi l’auteur d’un ouvrage qui, à n’en pas douter, ne passera pas à la postérité littéraire. Son titre « Du Bruit », résume cependant assez bien le sujet du livre, qui est le groupe de rap NTM. Melle Sorman lui rend un vibrant hommage ainsi qu’à Joey Starr, son leader charismatique, tout en analysant la portée littéraire et politique (sic) de ses textes.

L’on ne résistera donc pas au plaisir de faire partager à nos lecteurs la forte analyse de Joy Sorman sur le phrasé rap, qu’elle semble d’ailleurs considérer comme une langue à part entière : « Ecouter comment les gens se parlent, se chercher une intonation propre, inventer une langue. Etre jeune et apprendre à parler au reste du monde […]. NTM m’a appris à parler. Son flow ininterrompu en méthode Assimil dans les oreilles ». Si NTM a appris à parler à Melle Sorman, l’on ne peut finalement que se réjouir qu’elle ait renoncé à instruire la jeunesse !
Damoiselle Sorman n’est pas seulement un produit médiatique sans grande envergure intellectuelle comme on en voit tant sur le petit écran. Elle est aussi la fille de M. Guy Sorman, grand penseur libéral devant l’éternel, partisan de l’Etat minimum, fils spirituel de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher. Véritable zélote de la mondialisation, il hait les identités nationales, comme l’affirme crânement le titre d’un de ses ouvrages : « Le Monde est ma tribu ». Inutile de préciser qu’il vénère les Etats-Unis et leur modèle de société. C’est pour cela qu’il est également un fervent défenseur de la discrimination positive qui, pourtant, a été largement remise en cause de l’autre côté de l’Atlantique. Le CV du sieur Sorman atteste donc des lettres de noblesse de l’idéologie dominante : haine des Nations, des identités et amour d’un monde sans frontières, où les hommes circulent librement dans la paix et l’harmonie universelles.
Certes, les enfants ne sauraient être tenus pour comptables des errements de leurs pères. Aucune loi naturelle ne prévoit non plus la transmission directe et automatique de l’héritage idéologique des parents à leur progéniture. Toutefois, la lecture de l’article de Joy Sorman montre une filiation certaine entre ses idées et celles de son père. A commencer par cette condamnation lapidaire : « L’identité nationale est une foutaise qui ne devrait fonder aucun droit ». Fermez le ban !

Ainsi, selon Melle Sorman, le droit public, constitutionnel, la Constitution elle-même seraient des « foutaises » ? Il est vrai que lorsqu’on porte aux nues NTM, l’on peut difficilement émettre des jugements argumentés. Alors rappelons à Melle Sorman ce qu’est la citoyenneté. La citoyenneté est le statut juridique qui permet à un individu de devenir citoyen. Elle donne accès à l’ensemble des droits politiques, tout en créant des devoirs, permettant de participer à la vie civique d’une société ou d’une communauté politique, par opposition au fait d’être simple résident. En France (et dans bien d’autres pays), la citoyenneté est indissociable de l’adhésion à des valeurs et in fine à une identité.
Mais de cela, notre chroniqueuse émérite n’a cure. Comme d’habitude dans ce genre de discours, les devoirs sont évacués pour une citoyenneté à la carte. Joy Sorman, comme son géniteur, déteste la France et récuse son identité. Il est donc logique qu’elle ne cherche pas à promouvoir l’assimilation par la démarche d’adhésion à la communauté nationale. D’où son concept qui selon elle permet la justice et l’égalité : la citoyenneté de résidence. Le « citoyen de résidence » pourra donc disposer du droit de vote, sans remettre en cause son appartenance d’origine et en gardant ses valeurs et sa culture. L’unique légitimité de cette citoyenneté de résidence repose sur le travail. Les immigrés travaillent en France, ils ont donc le droit d’y voter. L’on peut sans peine imaginer que ce raisonnement peut être appliqué à l’échelle mondiale.

Dans un monde idéal, donc sans nations et sans frontières, les Hommes votent là où ils travaillent. La fausse citoyenneté promue par cette rebelle de plateau-télé n’est rien d’autre que la loi du marché, qui fait des Hommes non pas des citoyens avec des droits et des devoirs, mais de simples producteurs et consommateurs, interchangeables comme des pions sur le grand échiquier du capitalisme mondial. Joy Sorman ne s’en cache d’ailleurs pas : « J’habite et même je travaille, je suis femme de ménage et je ramasse vos ordures […], je suis issu de vos anciennes colonies, c’est ici chez moi et je suis un usager de la cité, j’ai donc absolument le droit de voter. » L’on n’aura pas manqué de remarquer au passage la même culpabilisation des Français à propos de leur Histoire, celle que le CRAN, les Indigènes… nous rabâche à longueur de temps, pour nous faire expier notre misérable condition de Français.
Mais ce ne sont pas les scrupules qui étouffent Melle Sorman, puisqu’elle compare la conquête du droit de vote des étrangers à celle du droit de vote des femmes. Elle oublie assez légèrement que ces femmes étaient Françaises et que leur combat pour la citoyenneté pleine et entière était parfaitement légitime. L’oublie-t-elle vraiment ? Il est permis d’en douter, l’appartenance à une nation étant pour elle résiduelle et sans intérêt. Ce que l’on a fait pour les femmes en 1944, on peut donc bien le faire pour les étrangers en 2010 ! Elle n’a pas peur non plus du paradoxe en affirmant que ce droit est une nécessité pour favoriser l’intégration. Certes, l’intégration connaît de sérieuses difficultés, mais ce n’est pas cette initiative qui y remédiera. Bien au contraire, le modèle communautariste anglo-saxon pourra davantage s’épanouir. Les politiques de discrimination positive, de quotas et de reconnaissance des spécificités religieuses et culturelles n’auront plus dès lors qu’à s’engouffrer dans la brèche.
Une fois n’est pas coutume, l’on terminera sur une note positive. Joy Sorman demande que cette question soit soumise non pas au Parlement, mais au peuple par référendum. Une telle consultation n’a que peu de chances de voir le jour. Mais si tel était le cas le peuple Français, à une large majorité, saurait dire non à ce funeste projet, tout comme le 29 mai 2005 il sut dire non à un abandon de sa souveraineté. Les élites politico-médiatiques auront beau marteler inlassablement leur propagande et diaboliser toute dissidence, les Français, attachés à leur citoyenneté ainsi qu’aux droits et devoirs qui en découlent, rejetteront de pareilles lubies, au grand dam de Joy Sorman et de ses amis mondialistes.
Marc ISULNOY