Jugement de Belfort : Entretien avec Olivier Renault de la Voix de la Russie

procureurchevrierLa presse française est toujours muselée par des ordres ou par la peur de ses journalistes de parler des faits ou encore par la fainéantise de ces derniers. Suite à son article sur l’affaire de Belfort où Christine Tasin a été condamnée par ce que nous appelons un jugement charia, nous avons demandé à Olivier Renault, journaliste à la Voix de la Russie pour la rédaction française et allemande de répondre à nos questions car il est le seul journaliste à avoir fait une interview de Christine Tasin et il vient de faire paraître un article dessus.

Le procureur de Belfort a refusé de répondre à vos questions sur le motif qu’il ne vous connaît pas ?

J’ai téléphoné au procureur de Belfort pour faire mon article afin d’avoir la position de la justice sur les dires de Christine Tasin « «Il y a en France au moins un tribunal islamique, c’est le tribunal de Belfort ». Que cela soit en Allemagne, en France ou en Russie, la procédure est la même. Le service presse est constitué des juristes qui travaillent dans le tribunal. En général c’est le procureur qui répond. Parfois c’est un juge qui a cette fonction dans le service presse, c’est ce qui arrive en Allemagne. Dans tous les cas le procureur répond aux questions sans donner un jugement de valeurs et sans refuser de répondre. Il répond normalement à la question posée en employant des termes techniques du droit pour rester dans sa fonction et montrer que la justice est neutre et équitable. Durant 10 ans j’ai mené des enquêtes de terrain en Allemagne sur diverses procédures et en particulier sur les enlèvements d’enfants par la justice allemande. Je n’ai jamais eu un procureur au téléphone qui me réponde : « Je ne sais pas qui vous êtes monsieur, je ne sais pas ! » et d’insister dans ce sens en disant : «  Je ne vous connais pas, je ne lis pas votre journal. Par téléphone je ne sais pas qui m’appelle » et d’en rajouter une autre couche en disant : « Ecoutez, votre question est un peu tendancieuse, non ? », quand je lui propose de lui envoyer un mail avec ma question, à savoir si le tribunal de Belfort a rendu un verdict de charia. C’est que, comme je lui ai dit : « Le journaliste, son métier, c’est de poser des questions un peu tordues pour voir ». Un journaliste qui ne sonde pas, qui ne pose pas des questions mêmes surprenantes n’est pas un journaliste. Dans les écoles de journalistes en France ils apprennent la formule magique « il faut porter la plume dans la plaie ». En France il semble même être interdit de poser sa plume sur le bureau du procureur… Pourtant c’est Albert Londres, le modèle des journalistes en France dans leurs écoles, qui a dit, « je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. »

C’est intéressant ! Les journalistes en France précèdent les processions ?

Total ! J’ai vu l’article du journaliste de l’Est républicain que je cite dans mon article. C’est hallucinant ! Son article montre une photo d’enveloppes mais on ne voit pas le contenu de ces enveloppes. Le lecteur aurait été intéressé de juger lui même les documents en les lisant. Puis le journaliste va totalement dans le sens d’une justice charia car il écrit « la blogueuse de Résistance républicaine avait injurié l’islam sur le site de l’abattoir mobile place Robespierre à Belfort en octobre 2013 ». Pour le coup le journaliste de l’Est républicain a compris la phrase d’Albert Londres à l’envers, ah ah ah. Il plonge la main dans une corbeille de pétales de roses et les fait voltiger sur son interlocuteur. Les journalistes en France ne font pas que précéder les processions ! Ils courbent l’échine devant l’écran de leur ordinateur et dans les conférences de presse ! Il faut les voir ! Ils ont peur d’être virés ! Ou ils partagent la même pensée que leurs interlocuteurs. L’esprit du discours de la dialectique a disparu de leur travail. Ils partent d’une conclusion et en font un article. En Allemagne j’ai commencé à bien apprendre le métier de journaliste et aussi en Russie où les interlocuteurs répondent à vos questions sans la crainte de parler librement !

Vous en pensez-quoi de tout ça ?

Pour mon article j’ai parlé à Laurent Ozon pour avoir son avis. Je ne suis pas d’accord avec lui quand il dit : « La justice ne peut pas être rendue au nom d’une analyse politique ». Je trouve que justement en raison de la situation politique internationale en particulier dans les pays musulmans genre Libye, Irak, Syrie, etc… où des musulmans et des chrétiens sont massacrés, têtes arrachées devant les caméras comme des slogans publicitaires, la justice français ne peut pas ne pas tenir compte de cette réalité politique de guerre. Et dans ce contexte de guerre et de décapitations à la chaîne face à des êtres humains, pour un pays qui a interdit la guillotine sur son sol, de rester les yeux fermés sur l’évolution sociétale du pays et donc de refuser de se poser des questions fondamentales sur l’éthique, la dignité humaine, n’est pas tolérable. La justice de cette manière peut très vite se mettre au service d’une idéologie liberticide et continuer à dire qu’elle respecte le droit français. Le droit est issu des traditions et coutumes d’une nation. Nous assistons comme un juriste russe me l’a dit à Moscou « à un fascisme à l’envers en France ».  

Propos recueillis par Pierre Cassen

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