Juin 1956 : l’Humanité approuvait la répression sanglante contre les « fascistes » hongrois

Publié le 18 juin 2013 - par - 3 193 vues
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L’assassinat, le 16 juin 1956, du Président Hongrois, Imre Nagy par les soviétiques, marque paradoxalement le début de la fin pour le communisme des pays de l’est.
Comme le rappelle Sylvia Bourdon dans son article sur la révolte des ouvriers allemands en juin 1953, contre le parti communiste allemend appelé par anti-phrases : Parti socialiste unifié d’Allemagne (Sozialistische Einheitspartei Deutschlands – SED), avait été un premier signal suivi par ce qu’on a appelé le « juin de Poznan » en Pologne qui vit les ouvriers polonais se révolter contre la dictature du Parti Communiste Polonais et son chef Boleslaw Bierùt.
Depuis la mort de Staline, le monde vit un dilemme profond : le communisme va-t-il survivre à son dirigeant ? Sera-t-il condamné à suivre la voie dure imposée par son maître de fer ? Ou saura-t-il se reformer ? En février 1956, au XXème Congrès du Parti communiste d’URSS, Khrouchtchev enfonce le clou, en dénonçant ouvertement les crimes de son prédécesseur. En octobre, les dirigeants de Pologne s’engagent sur la voie des réformes, quand soudainement les événements de Budapest créent une énorme surprise, offrant au monde entier le spectacle d’une société en révolution. Les manifestations des étudiants du 22-23 octobre 1956 ont pris une telle ampleur que Budapest et tout le pays glissent brusquement vers un état insurrectionnel et obligent le Comité central à rappeler au pouvoir Imre Nagy, l’homme qui incarne aux yeux des Hongrois l’espoir d’un communisme réformateur. Le fait est sans précédent dans une société totalitaire et sème la consternation dans le monde.

L’entretien de René Coty, président de la République Française, avec Paul Mathias, le correspondant de Paris Match à Budapest résume la stupeur : « Dites-moi ce qui s’est passé là-bas », demande le Président. « Les deux millions d’habitants de Budapest ont tout simplement oublié la peur – lui répond le journaliste – […] Il serait faux de parler d’un effondrement, monsieur le Président ; c’est plutôt un soulèvement ». Fort du soutien populaire, Imre Nagy remporte le 28 octobre une première victoire : le retrait des troupes russes de Hongrie, qui s’achève le 31 octobre. D’autres événements inimaginables quelques jours avant suivront : le 30 octobre, le système du parti unique est aboli et le 1er novembre, le pays se retire du pacte de Varsovie et proclame sa neutralité. Une nouvelle page d’histoire est en train de s’écrire lorsque le 3 novembre les blindés et les troupes soviétiques entrent de nouveau à Budapest et ouvrent le feu. L’impact sur l’opinion mondiale, déjà secouée par l’affaire de Suez, est énorme.

En France notamment, l’événement marque un tournant profond dans les convictions politiques de nombreux intellectuels. Sartre en tire les leçons dans l’Express du 9 novembre : « Ce que le peuple hongrois nous apprend avec son sang, c’est la faillite complète du socialisme en tant que marchandise importée d’URSS ». Malgré la résistance héroïque, la révolution hongroise est écrasée et ceux qui n’ont pas pris le chemin de l’exil sont la cible d’une répression terrible. L’importance de leur soulèvement reste néanmoins capitale. « Quel que soit l’avenir, écrira Raymond Aron sous la fraîche impression de l’événement, si longtemps que l’on doit attendre le jour où les Hongrois célèbreront leur révolution d’octobre, il est une victoire des vaincus qu’aucun épisode de l’histoire ne saurait effacer ».

Le 30 octobre, l’Union Soviétique, par la voix du Politburo, décide officiellement de ne pas intervenir en Hongrie contre le gouvernement réformateur de Imre Nagy qui vient pourtant d’autoriser le multipartisme. Le général Joukov déclare même: « nous devons retirer les troupes de Budapest et si nécessaire de Hongrie ». Khrouchtchev se trouve alors dans la datcha de Staline à Sotchi. C’est là, dans la nuit du 30 au 31, qu’il apprend, par le biais de deux agents du Politburo en poste à Budapest et proche de Nagy, la volonté hongroise de se retirer du pacte de Varsovie. C’est la goûte d’eau qui fait déborder le vase.

Les raisons de ce revirement sont multiples. D’une part, les motifs d’inquiétudes soulevés par l’insurrection hongroise sont nombreux pour Khrouchtchev. Il y a la peur de voir la domination du parti communiste soviétique et l’hégémonie soviétique en Europe de l’Est décliner et la peur de voir son image de leader écornée. Khrouchtchev craignait en effet que de nombreux membres du parti communiste, déçus par la déstalinisation qu’il a mise en œuvre, ne comprennent pas une non-intervention soviétique en Hongrie.
La défection hongroise du Pacte de Varsovie, représentant une brèche dans la zone de défense soviétique, confirme les peurs des Soviétiques et réveille l’ancienne hantise d’une invasion occidentales. D’autre part, le contexte international joue pour Khrouchtchev. En effet, celui-ci va profiter de l’intervention des forces israéliennes, françaises et britanniques contre l’Égypte (sur fond de nationalisation du canal de Suez) pour détourner l’attention de l’opinion mondiale. Le 31 octobre, Khrouchtchev contredit donc la décision de son Politburo en décidant de rompre le cessez-le-feu et d’écraser la révolution hongroise
Le 4 novembre 1956, les troupes soviétiques pénètrent en Hongrie et matent dans le sang la révolte hongroise à Budapest. Imre Nagy, chef du Parti socialiste ouvrier hongrois est arrêté; il sera exécuté le 16 juin 1958.
Humamortstaline

Le journal, L’Humanité passe un communiqué du Comité Central du PCF qui approuve sans réserve l’intervention soviétique qui vient sauver le camp socialiste d’un complot «fasciste» ourdi par l’Amérique.
Picasso, cynique, rusé et discipliné, approuve hautement l’«intervention». Roger Vaillant, Claude Morgan, Tristan Tzara protestent, eux, dans la presse «bourgeoise» et se font derechef vouer aux gémonies et traîner dans la boue. Sartre prend ses distances avec l’URSS et le PCF dans « Les Temps modernes » de novembre. Yves Montand et Simone Signoret, prestigieux compagnons de route sur lesquels le parti croyait pouvoir compter, s’éloignent à regret.
Thorez qui connaissait le contenu du rapport Krouchtchev au 20ème congrès du PCUS (Georges Cogniot lui en avait fait une traduction durant la nuit) attendra 1962 pour parler des « erreurs » du camarade Staline.
Du 23 octobre au 4 novembre 1956 les locaux du Comité Central, place de Chateaudun et de l’Humanité, boulevard Bonne-Nouvelle sont pris d’assaut par des manifestants indignés par la boucherie de Budapest.
Ainsi le journal l’Humanité, le PCF ont derrière eux une longue histoire de mensonges contre les peuples, qu’ils appliquent aujourd’hui au peuple français en paraphrasant Bertold Brecht qui après la révolte des ouvriers allemands en 1953 eu ce mot célèbre et glacant d’actualité : si le peuple ne leur plait pas, il faut changer le peuple.
C’est le programme des communistes et de la gauche française d’aujourd’hui, il faut remplacer le peuple français.

Lazare Zylbergleitt

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