Julien Dray, incarnation de la gauche morale, futur ministre de François Hollande ?

Publié le 27 février 2012 - par - 1 053 vues
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Dans cette interview de 10 minutes, le fondateur de SOS Racisme n’y va pas avec le dos de la cuillère avec la direction du Parti socialiste, dont l’équipe de Martine Aubry, accusée d’être dans un état de délabrement avancée, et d’être un obstacle à un renouvellement des idées de la gauche. Juju en profite pour égratigner Harlem Désir, qui fut son premier président des Potes de Sos, en expliquant les raisons pour lesquelles il est devenu un apparatchik socialiste qui a vendu son âme à Delanoë. Il assaisonne au passage quelques autres anciens proches, comme Laurence Rossignol, accusée d’être une enfant gâtée de la politique. Il règle d’autres comptes avec Arnaud Montebourg et Jean-Christophe Cambadelis, qu’il accuse au mieux de ne pas l’avoir soutenu, au pire de l’avoir enfoncé… On remarque que le nom de François Hollande n’est pas prononcé une seule fois !

http://www.youtube.com/watch?v=rjtfmU8ZmJc&feature=player_embedded#!

Que les soutiens de François Hollande se rassurent, cette interview remonte à janvier 2010. A l’époque, Dray était au fond du trou (au sens figuré). Des articles de presse assassins évoquaient à nouveau ses frasques, et des sommes d’argent énormes, pas toujours expliquées, qui éclaboussaient quelques associations comme Sos Racisme ou la Fidl, connues pour être sous la coupe de celui que ses amis appellent Juju.

On peut comprendre l’amertume de Dray. Il a été le grand frère de toute une génération, qui lui doivent, pour beaucoup, comme Harlem Desir et tant d’autres, ce qu’ils sont devenus. Mais dans ce monde où le carriérisme a remplacé le socialisme, peut-il être surpris, et ne doit-il pas s’interroger sur ce qu’il a engendré ? Juju a toujours eu une image sulfureuse, et pas seulement au niveau de ses collections de montres. Il a la réputation d’être un homme de coups, souvent tordus, au sein du PS. Son passé trotskiste (son pseudo était Titus à la LCR) lui a appris un sens de la manœuvre et une efficacité organisationnelle qu’il a su utiliser remarquablement au sein du Parti socialiste. Il a longtemps animé l’aile gauche de son parti, avec son compère Mélenchon, lui aussi ancien trotskiste. Il a tantôt soutenu Fabius contre Rocard, Rocard contre Jospin, ou Jospin contre Fabius, en fonction des circonstances, et des contre-parties obtenues. Il s’est donc fait beaucoup d’ennemis, donc certains, les plus acharnés, l’appelaient « Gueule de Raie », quand ils surnommaient le sénateur de l’Essonne de « Méchant Con ». Mais, habiles stratèges, ils avaient de l’Essonne leur quartier général, ils « tenaient » la fédération de l’Essonne, Juju était député, et Méluche sénateur.

Ils ont mené par ailleurs, au sein du PS, des combats justes et courageux, contre la guerre d’Irak, pour les 35 heures, mais ont voté à Maastricht en 1992. Julien Dray a toujours rêvé d’être ministre, et surtout ministre de l’Intérieur. Il a donc vécu douloureusement le fait que ses amis de la gauche socialiste Mélenchon et Lienemann le soient, et pas lui. Est-ce pour cette raison qu’en 2007, il jouera à fond Ségolène Royal, dont il sera l’éminence grise, et le véritable chef de campagne, se fâchant en cette occasion avec son ami François Hollande et nombre de caciques du Parti socialiste. Si la présidente de la Région Poitou-Charentes avait gagné, Juju aurait été le roi du pétrole. Malheureusement, elle a perdu, et les ennuis judiciaires de son chef de campagne – avec lequel elle s’est fâché depuis – qui ont suivi sont sans doute dûs à quelques règlements de comptes internes qui font le charme de l’amitié entre camarades…

Nicolas Sarkozy avait pourtant fait, au lendemain de sa victoire et de sa politique d’ouverture, de Julien Dray sa cible numéro un. Celui-ci a beaucoup hésité, et a finalement refusé, conseillant au président d’essayer avec Malek Boutih… qui, lui aussi, après beaucoup d’hésitation, a fini par refuser. Ce fut donc finalement Fadela Amara, autre proche de Juju, qui finit par accepter de devenir secrétaire d’Etat, emmenant avec elle son compagnon Mohamed Abdi, secrétaire de Ni Putes Ni Soumises, pourtant lui aussi aux prises avec la justice.

http://www.dailymotion.com/video/xaubsh_julien-dray-vs-zemmour-naulleau-3-i_news

Dans cet échange avec Eric Zemmour, on le sent très atteint par toutes les rumeurs, et surtout par l’absence de solidarité manifestée à son égard par la majorité des socialistes (excepté Peillon et Valls). Julien Dray sortira un livre de justification, « L’épreuve ». On pensait que la carrière de Julien Dray était terminée, d’autant plus que, avec un sens de la cruauté sans nom, la direction du Parti socialiste avait décidé de lui appliquer la discrimination positive qu’il réclame depuis toujours, dans les circonscription, au bénéfice de la diversité. Il lui a donc été demandé d’abandonner sa circonscription, qu’il occupe depuis 1988, à un enfant de la diversité, et pas n’importe lequel, Malek Boutih, autre ancien président de SOS Racisme. Pour ce dernier, c’était la dernière chance d’être élu un jour. Son premier parachutage, à La Rochelle, en 2007, n’avait pas été couronné de succès, les militants socialistes locaux, sur le terrain depuis des années, n’avaient pas apprécié qu’un des leurs, aimé de la population, doive céder la place à Boutih. Résultat, une primaire avait pourri la campagne, et Boutih, guère accepté par les militants locaux, en était sorti battu, et très amer après le PS.

Seul problème, Julien Dray n’avait absolument pas envie que cela soit son ancien « Pote » qui lui succède, et, en bon baron socialiste, lui a mis dans les pattes sa suppléante, elle aussi issue de la diversité, Fatima Ogbi. Et, comme nombre de votes démocratiques dans les sections socialistes, on a vu soudain, de chaque côté, de nouvelles adhésions rendre encore plus compliquées l’issue du scrutin. Aux dernières nouvelles, Malek Boutih était arrivé en tête, avec 2 voix d’avance sur sa rivale, mais 9 bulletins n’avaient pas été comptabilisés, donc tout paraissait encore possible.

Malgré tout, l’ancien président de SOS Racisme a été déclaré officiellement candidat socialiste. Pendant ce temps, hasard sans doute, Julien Dray a fait sa première apparition depuis fort longtemps, au nom du Parti socialiste, sur un plateau de télévision. Il est vrai qu’il est chargé de « la mobilisation citoyenne autour de la candidature de François Hollande », dont chacun mesure en effet que chaque jour, elle fait vibrer encore davantage les masses.

Lors de ce retour, à l’émission d’Yves Calvi, « Mots croisés », on a retrouvé le grand inquisiteur Julien Dray, celui qui a inspiré la doctrine de SOS Racisme. Quand Florian Philippot, du Front national, a affirmé que l’égorgement halal faisait courir des risques alimentaires, parce que le contenu de l’estomac coulait sur les plaies de l’animal, Juju a démasqué le racisme qui se cachait derrière ces propos : parler de virus pour le halal, c’est susciter auprès des Français l’idée que les immigrés sont malsains et nuisibles pour le pays !  Imparable, toute la culture de Sos Racisme est résumée par ce raccourci de son fondateur ! On attend donc avec impatience la plainte de Sopo contre Philippot, et on compte sur la procureur Anne de Fontette, qui a déjà poursuivi cinq fois Brigitte Bardot, pour instruire au plus vite cette plainte, et traîner le dangereux Florian à la 17e chambre.

Quant à Juju, manifestement, il a fini son travail d’introspection sur lui-même, et il a repris son bâton de pèlerin, avec les mêmes méthodes qu’auparavant. Il défend le bifteck, et roule pour François Hollande. C’est que lui qui cumule les postes de député et de conseiller régional (vice-président) depuis vingt ans, va perdre la moitié de ses revenus dans quelques mois, et devoir se contenter du seul salaire de conseiller régional. Devant un tel cas social, François Hollande, n’écoutant que son coeur, se doit d’avoir un geste. Julien Dray sera-t-il son prochain ministre de l’Intérieur ? Cela serait un beau couronnement pour la  carrière exemplaire de l’inventeur du concept de la Génération Mitterrand, et pour un des meilleurs représentants de la gauche morale…

Jeanne Bourdillon

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