Jupiter : un modèle de bon gouvernement ?

Publié le 5 juillet 2017 - par - 9 commentaires - 1 127 vues
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La dernière décennie a été marquée par la « présidence hyperactive » de Nicolas Sarkozy et la « présidence normale » (sic) de François Hollande. Pour s’en démarquer, Emmanuel Macron a annoncé très tôt le genre de président qu’il souhaitait être : dans un entretien accordé à Challenges en octobre 2016, il a affirmé que la France avait besoin d’un « chef d’état jupitérien », une allusion à la divinité principale du panthéon romain.

Soit. Prenons-le au mot. Qu’est-ce qu’un « président jupitérien »? Et surtout, quel modèle politique le dieu Jupiter est-il ? Pour le comprendre, il faut se plonger dans le monde fascinant de la mythologie gréco-romaine. A travers l’histoire, la personnalité et les frasques de ce dieu, le lecteur pourra en juger de lui-même.

Jupiter est une divinité romaine considérée comme le roi des dieux. Équivalent romain de Zeus, il commande au ciel et à la terre, ainsi qu’à tous ceux (mortels ou immortels) qui y vivent. C’est un dieu protecteur de Rome dont il soutient la domination sur le monde. Plusieurs de ses interventions divines (guerres puniques, guerre des Gaules) auraient donné l’avantage aux troupes romaines en déroute.

Jupiter est considéré comme un dieu céleste, ne descendant que rarement sur terre, contrairement aux autre dieux qui sont en quelque sorte ses « ministres ». Il donne les grandes directives que les autres dieux s’appliquent à mettre en œuvre. Une organisation qui ressemble à celle voulue par Macron pour sa présidence.

Vers le IVe siècle avant notre ère, Jupiter est associé à son homologue grec Zeus avec lequel il finit par être confondu. On lui donne l’histoire, les attributs et la personnalité du roi de l’Olympe.

Fils de Saturne, il tue ce dernier pour s’emparer du pouvoir avec ses frères et sœurs qui formeront le clan des Olympiens contre les anciens Titans. C’est donc avec une idée de renouveau et de jeunesse qu’il ravit le pouvoir aux dieux de la vieille génération. Tuer celui qui vous a fait, une technique vieille comme le monde.

Les espoirs sont vite déçus. Le règne de Saturne était un âge d’or pour les hommes. L’avènement de Jupiter marque le début de l’âge de fer : les hommes doivent désormais travailler et suer pour se nourrir. Les catastrophes naturelles et les peu clémentes comme l’hiver et l’automne font leur apparition, ainsi que les maladies, les guerres et la tristesse. Seuls les forts survivent sous Jupiter : réussir ou n’être… rien.

Il se montre vite aussi despotique que les Titans. Ne souffrant aucune opposition, il n’hésite pas à châtier l’impudent Prométhée, coupable d’avoir volé le feu pour le donner aux hommes. Même les dieux le craignent et peuvent être punis s’ils désobéissent : ainsi, Asclépios est foudroyé pour avoir ramené des morts à la vie.

En grattant le vernis de ses postures omnipotentes, on voit cependant que Jupiter n’est pas le monarque omnipotent et omniscient qu’il veut faire croire. Par exemple, il ne parvient pas à s’imposer durant la guerre de Troie, oscillant tantôt vers un camp, tantôt vers l’autre. Il apparaît comme l’instrument des autres dieux (instigateurs du conflit, partagés entre les deux camps) auxquels il n’arrive pas à imposer son autorité, tandis que le sang coule à flot dans les deux camps.

Le combat contre Typhon est un autre exemple où la faiblesse de Jupiter-Zeus apparaît au grand jour. Terrible dragon à cent têtes, géant cracheur de feu et d’ouragans, Typhon contrôle une grande partie de la terre et menace de s’emparer de l’Olympe, d’asservir les dieux et de violer les déesses. On compte naturellement sur Zeus pour délivrer le monde de ce fléau. Au lieu de cela, il prend peur et s’enfuit avec les autres dieux. Rattrapé, Jupiter n’a d’autre choix que de relever le défi du combat singulier. D’un coup, Typhon désarme et sectionne les tendons du maître de l’Olympe qui git piteusement par terre, tel un pantin désarticulé. C’est finalement grâce à la courageuse Athéna que le monstre est vaincu et renvoyé aux Enfers d’où il n’aurait jamais dû sortir.

Il n’en est pas moins lâche dans sa vie privée. Marié à Héra, il la trompe allègrement. On connaît à Jupiter plus d’une cinquantaine d’aventures et autant d’enfants illégitimes. On notera son goût prononcé pour les jeunes hommes. L’exemple le plus connu est le prince troyen Ganymède que Jupiter enleva et emmena sur l’Olympe pour en faire son amant.

Notons enfin sa peur panique d’être renversé par plus fort et plus retors que lui, son obéissance à son épouse tyrannique, le lyrisme parfois creux et pompeux de ses oracles, son goût pour la richesse et le luxe, ainsi que des flatteries, de l’adoration et des prières.

A n’en pas douter, il y a quelque chose de jupitérien chez ce jeune quadra ambitieux qui veut façonner la France selon ses fantaisies. Mais on ne peut que déplorer le ridicule, pour un homme politique du XXIème siècle, de se comparer au roi des dieux romains. Voilà de quoi faire pâlir l’éphémère président Deschanel qui signait ses lettres avec un majestueux « Napoléon ». Plus on est petit, plus on singe la grandeur, quitte à exploser (de ridicule) comme la grenouille de La Fontaine.

La « présidence jupitérienne » augurée par sa soirée électorale et sa cérémonie d’investiture (riches en symboles régaliens presque mystiques) et par son discours lyrique d’avant-hier devant le Congrès et par sa photographie néronienne semble pour l’instant semble pour le moment se réduire à la forme, au symbole et au storytelling dignes d’un PDG d’une marque de savon.

Nicolas Kirkitadze

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9 réponses à “Jupiter : un modèle de bon gouvernement ?”

  1. Eschyle 49 dit :

    Economisez votre salive et votre encre d’imprimerie , lisez d’abord ceci ( 26.810 vues ) : http://reseauinternational.net/avons-nous-elu-un-fou/

  2. dufaitrez dit :

    Chacun sait maintenant que les « Dieux » n’existent pas… Les Totems non plus !
    La Tour de Babel a dispersé les Hommes, Macron dispersera les Français…
    Mais le faux Dieu Allah régnera sur la France ! Grâce à lui !

  3. André Léo dit :

    Qu’à a à voir Jupiter avec notre pays en déconfiture?
    La formule surmédiatisée remplace l’explication, le fantasme déiste s’impose au réel … pour le faire oublier. Du paranormal après du « normal 1er » ?
    Jupiter pour les romains, Zeus pour les grecs, Marduk pour les sumériens….la planète baladeuse Jupiter se montrait un peu partout dans le ciel nocturne, ce qui avait conduit les grecs anciens à imaginer que cette boule de gaz géante était le roi du ciel (!) et fourrait son nez partout, forniquait avec tout ce qui se trouvait à portée, quel que soit le sexe et le statut de l’élu-e du jour.
    La réalité triviale et pragmatique va rattraper l’image médiatique « jupitérienne » du Président. Alors, assez de parlotes, on lui demande juste d’écouter les Français et d’entendre leur ras-le-bol.

  4. daniele dit :

    Finalement, en lisant ton texte, il y a tant de ressemblance entre nos deux personnages le réel et le mythique que ça fait vraiment rire !

    Dis-moi, est-ce que l’Olympe n’aurait pas un côté musulman et Athéna quelque chose de Marine ?

    • Nicolas KIRKITADZE dit :

      Bonjour Danièle

      Vous avez bien compris ma métaphore :) L’Olympe serait plutôt la France, et Typhon l’islamisme. Tandis qu’Athéna me fait effectivement penser à MLP. :) Ce récit du combat entre Typhon et les dieux n’est pas de moi, c’est une légende de la mythologie attestée dès le Vème siècle av. J. C. Mais elle a quelque chose d’actuel, comme vous l’avez remarqué.

      Cordialement

      Nicolas K.

  5. Auguste dit :

    Bel article mythologique qui nous en apprend de belles sur Jupiter. la comparaison avec Macron est magnifique. Le freluquet en a pris pour son grade. Bravo !

  6. pat phil dit :

    on a besoin d’un présidennt qui ait une vision des choses à 5 ans et non d’un buveur de bière genre chirac, d’un excité qui changeait d’avis au gré des évènements, et d’un mou qui lui même ne savait pas où il allait

  7. reuri dit :

    Jupiter de mykonos, là j’ai comme un doute…

    • Wika dit :

      Troublant .
      Merci pour ces précisions Nicolas.
      Cet article ne donne pas envie de changer d’avis sur Macron quand on n’a pas confiance en lui et sa clique.