Juppé ose dire qu’on ne peut être républicain et laïque si on est islamophobe !

Publié le 29 août 2012 - par - 2 727 vues
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En prétendant ce matin, sur France Inter, que l’islamophobie est le seul point de clivage du débat républicain et laïque en France à l’heure actuelle, Monsieur Juppé s’inscrit résolument dans la ligne négationniste que défendent, dans notre pays, les nostalgiques d’une Andalousie fantasmée, d’un Orient parfumé de jasmin, d’une civilisation supérieure appelée à régénérer notre vieille croûte desséchée, rabougrie, demandeuse d’une perfusion de sérum et déjà prête à l’évacuation générale.

Il est sidérant d’entendre un responsable politique d’un tel poids se donner de cette manière à ceux-là mêmes qui lui marcheront dessus pour pénétrer plus vite dans sa maison ouverte aux quatre vents. Sidérant, et glaçant. Car, comme en écho à ce qu’il dit, un haut responsable tunisien, le Président d’Enhadda, nous affirme, dans le même instant, que l’islam est « bien sûr éminemment politique ». Au moins les choses sont-elles claires de ce côté-là.

(Lire l’article sur Jeuneafrique.com : Rached Ghannouchi : « Islam et politique sont indissociables »)

Alors de deux choses l’une, ou Monsieur Juppé, il y a peu encore ministre des Affaires Étrangères, confond la Constitution coranique, transnationale et absolutiste, avec « Les rêveries d’un Promeneur Solitaire« , ou c’est une intelligence très surestimée par ses contemporains qui veille, à la manière d’une chandelle mourante, derrière sa posture de démiurge droit dans ses bottes. Je laisse le lecteur à ses intimes convictions en lui signalant qu’il est une troisième hypothèse, assez terrifiante : que Monsieur Juppé, en fait, travaille en conscience pour le remplacement plus ou moins brutal de nos valeurs républicaines par un « mix » de ces dernières avec celles, plutôt différentes, de l’étranger. Crédible?

S’il existe un point de clivage dans le débat en question, c’est pourtant bien l’entrisme, dans nos sociétés, d’une stratégie de conquête maquillée en pacifique co-existence religieuse, parée des attributs de la plus parfaite loyauté, et dont pas grand monde n’est capable de comprendre la mécanique interne (pourtant bien simple), à fortiori de l’expliquer. De cela, Monsieur Juppé ne tient publiquement aucun compte. Je refuse de croire qu’il n’ait, à un moment ou à un autre, envisagé la question sous cet angle. La politique arabe de la France, c’est tout de même lui qui l’a véhiculée, défendue, fait comprendre à ses interlocuteurs, pendant suffisamment de temps pour apercevoir derrière le paravent de la diplomatie, les réelles intentions des uns et des autres, face à lui.

Ou alors, c’est qu’on offre le Quai d’Orsay à des mal-comprenants.

« L’islamophobie est le point de clivage… » En balançant ex abrupto ces paroles lourdes de sens et de conséquences à ses compatriotes, Monsieur Juppé se place à son tour en procureur capable de pointer du doigt et de jeter aux chiens ceux qui ne pensent pas comme lui. Il rejoint la cohorte de ceux qui, ayant pour toutes sortes de raisons accepté, validé et commencé à diffuser le message sans ambiguïté des nouveaux maîtres de l’Égypte, de la Tunisie, de la Mauritanie, de l’Iran et de quelques autres lieux hautement démocratiques, se lancent ouvertement, en leur compagnie, à la traque de leurs opposants. En posant l’acceptation de la règle islamique (à definir bien sûr dans le cadre des institutions de la République, bla-bla-wesh-wesh…) comme un prochain devoir incontournable du citoyen français, il prétend imposer au plus grand nombre une vision des choses contre laquelle il serait par avance risqué de s’élever. En vérité, à sa manière sans grand souci de la nuance, il menace.

Et là, c’est grave et je ne suis plus d’accord du tout.

Simple citoyen, « happy taxpayer » conscient de ses obligations envers les autres, je défends formellement à Monsieur Juppé de pointer le doigt vers moi pour me traiter d’islamophobe, de mauvais Français, d’entrave-au-progrès ou de je ne sais quoi d’autre. Je lui dis, ici, que je demeure libre de mon jugement, et que celui-ci, à l’heure qu’il est, peut se résumer en quelques mots : tel qu’il est livré à lui-même, encouragé, privilégié, épargné, le tout sans contrôle, sans débat public, sans autre éclairage politique que la faible, partielle et partiale lumière portée sur lui par les médias, l’Islam que la majorité de nos élus, croyant naïvement pouvoir le réguler par la simple magie de la démocratie, refuse de regarder en face, représente un danger pour mon pays. Et je le mets devant ses responsabilités historiques.

Je ne vois là rien d’islamophobe. Pas plus que je ne considère comme anglophobe ou américanophobe mon engagement pour la défense des langues nationales, dont le français. Je me bats pour la survie de mon pays, avec les armes dont je dispose, point barre!

Avant d’être un jour sommé par la seule force de la pensée unique de me dédire, avant que me soit confisqué le droit fondamental de m’exprimer dans un pays qui dès lors ne serait plus libre, je livre à Monsieur Juppé une des raisons pour lesquelles, peut-être, mon grand-père, anonymement, aida des fugitifs à franchir le ligne de démarcation. Il me plaît de penser que ce fut parce qu’il avait entendu quelqu’un dire, dans l’hiver de l’Occupation : « le point de clivage du débat actuel, c’est la germanophobie ».

Alain Dubos

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