Kalachnikov à l’hosto : Marseille n’en finit pas d’innover culturellement

La « Capitale Européenne de la Culture 2013 » nous montre un peu plus chaque jour à quel point elle tient à ce que sa mandature demeure un repère pour les générations à venir. Investie d’une mission unique, Marseille met son honneur de phare méditerrannéen historique dans la balance et peuchère, ça penche vilain!

Laurent Obertone, statisticien scrupuleux de la violence ordinaire en France, n’avait sûrement pas répertorié l’avatar survenu à l’Hôpital Nord de Gaudincity, pas plus tard qu’hier : tandis que dans l’aile droite, un visiteur las d’attendre son tour défonçait une porte à coups de pied, un patient mécontent de son médecin lui braquait, à trois agressions de là, une kalachnikov sur la poitrine. À ma connaissance, il s’agit là d’une première absolue en milieu hospitalier.

Monsieur Aymeric Caron (joli prénom, très « Clovis-Mérovée », assorti au parfait agencement, très faussement romantique, de sa chevelure, manque la particule, c’est dommage), est payé à la pige chez Ruquier pour traiter les gens comme des sous-merdes (1). Comme il n’a pas encore réagi, il est permis de penser que seule une bonne rafale dans le buffet du praticien l’eut sorti de son silence. Et encore, c’est des histoires à la Obertone, ça… C’est vrai, après tout, alarmer les populations quand il n’y a même pas mort d’homme, où va-t-on si l’on se laisse aller à relever ce genre de vénielle incivilité! Il y a des choses plus graves, tout de même ; la prochaine sortie des Femen, le cheval dans le hachis Parmentier, les 10% d’abattement supplémentaire pour les journalistes (quand on va amputer ma retraite d’autant), c’est du lourd, ça!

Et puis, pensera Monsieur Caron, les milliers de Kalachnikovs entreposées en toute impunité dans les sous-sols marseillais et autres, il faut bien que ça serve! Les « quartiers populaires » de l’Europe en devenir ont le droit d’exprimer librement leur culture et si les percussions russes dum-dum ont remplacé chez eux la java des caboulots, c’est pour mêler leur aimable musique aux flons-flons version braquages de la grande fête phocéenne. Qu’on se le dise. Et fermez-là, Obertone!

Lequel empêcheur de vilipender en rond se trouve à cette heure interdit de Taddéi. Motif : double emploi sur la même chaîne. Quand la moindre comédie débile dite à-la-française tourne d’un plateau à l’autre le jour durant, dans les mêmes murs où officient les mêmes serveurs de soupe, l’argument fait quelque peu sourire. Personnellement, j’appelle cela censure. Mais je peux me tromper.

Monsieur Caron (2) a quant à lui de quoi être satisfait. Je lui suggère même, dès lors qu’on débarrasse son horizon d’un gêneur dont la placide résistance le met visiblement en rage, de se rendre sans délai dans les quartiers dits sensibles de la Capitale Européenne de la Culture 2013. Là, ayant dévoilé l’identité, l’adresse et les heures de sortie de l’insolent, il pourra lever sans peine le commando chargé de lui faire regretter ses lubies sécuritaires. Je dois dire qu’avec le capital de haine hébergé par son rictus et le fusil automatique qui lui sert de conversation, il est équipé pour ce genre de travail.

Alain Dubos

(1) En fait Monsieur Caron, « méchant » de service, est là pour faire douter les gens d’eux-mêmes, les amener à concéder qu’ils se trompent en partie ou totalement, qu’ils ne sont pas dans la ligne, dans la « normalitude » de l’époque. Pour cela, il use au besoin et selon les cas de la persuasion douce, de l’admonestation professorale ou de la colère libérée. Sans le moindre humour, ce qui n’arrange rien. Certain de sa supériorité, il est la relève clonée des soi-disant psychiâtres qui sévirent durant plus d’un demi-siècle dans les asiles et les camps de rééducation soviétiques. Un stalinien dans sa tête, à l’exemple de ces tortionnaires payés par le régime pour détruire patiemment leurs proies.

(2) Qu’il se méfie cependant. Les arguments de son condamné-par-avance ont provoqué quelques applaudissements dans le public. C’est là aussi quelque chose de nouveau de la part d’une claque habituellement servile et déposée là pour enfoncer un peu plus l’invité dans les gravats de sa démolition. Les ricanants gloussements de Monsieur Ruquier ne couvriront pas éternellement le fascisme sournois qui transpire, de plus en plus perceptible, de son émission.

image_pdf
0
0