Karim Achoui à l’assaut du marché juridique des musulmans

Publié le 23 octobre 2014 - par
Share

Avec la sortie, en ce mois d’octobre, du livre « Musulmans quels sont vos droits ? 101 réponses pratiques aux questions que vous vous posez », l’ex avocat Karim Achoui, radié du barreau, publie aux éditions Hors lignes un guide juridique pratique, confessionnel, à l’intention des seuls musulmans. Annoncé au prix de 12 euros sur les pages Facebook du même Karim Achoui, l’ouvrage est vendu en réalité 17 euros en librairie.

achouiRien à voir avec les derniers livres de ses plus illustres confrères, notamment  « Justice et littérature » où Jacques Vergès décrivait l’avocat du futur … Dans les plus belles pages de Jacques Vergès, on ne trouvait pas le portrait de Karim Achoui. Rien à voir avec les avocats qui ont souvent dénoncé les erreurs de la justice et les dysfonctionnements de la justice ou les politiques qui ont « tiré » sur la procédure, notamment la garde à vue avec Henri Guaino qui estimait « le juge ne doit pas faire la loi ».

Un mercenaire du droit ?

Pendant son éphémère carrière d’avocat, Karim Achoui s’est voulu le défenseur des truands et caïds des banlieues. Mais, sans tomber dans une visite exhaustive du musée Grévin du grand banditisme, soyons honnêtes ! Karim Achoui n’a jamais été l’avocat de Jacky Imbert, l’immortel parrain marseillais, une légende vivante,  ou des protégés de François Marcantoni, ou des complices du célèbre truand, qui comme au cinéma, étaient surarmés…

Même à son époque de gloire, Karim Achoui n’a jamais été le défenseur des tueurs ou des victimes des Pâques « sanglantes » en Haute Corse, avec les assassinats de Jo Sisti et de J-L Chiodi, ou des auteurs ou des parties civiles des actes de violences perpétrés à Ajaccio, Propriano, Sartène, Porto-Vecchio, Vezzani, avec des meurtres toujours pas élucidés. même après les arrestations des corses à Marseille, et 12 mises en examen, surtout après l’assassinat de trop, lorsque deux tueurs avaient abattu Maurice Costa dans une boucherie.

Côté justice et magistrats, Karim Achoui n’a pas hanté l’un des meilleurs livres écrit par une magistrate, « La fin des juges » de Marie-Odile Theoleyre (http://suite101.fr/article/actualite–la-fin-des-juges-dans-une-societe-en-pleine-folie-a35178), longtemps présidente de la chambre correctionnelle du TGI de Lyon et qui, à aucun moment, ne cite Karim Achoui. L’homme n’a pas fait trembler les magistrats chevronnés.

Si nous devions consacrer une biographie non autorisée au parcours de Karim Achoui, nous serions tenté de parler d’un parcours à géométrie variable, avec la défense d’Antonio Ferrara et des frères Hornec, jusqu’à la sortie de ce livre, qui permet à l’ancien avocat de partir à l’assaut du marché des musulmans de France, en passant par la création de la Ligue de défense judiciaire de musulmans.

Surmédiatisation lorsque l’ex-avocat a été victime d’un règlement de comptes du milieu

Il faut reconnaître que Karim Achoui a bénéficié d’une surmédiatisation à certains moments de son existence, notamment le 22 juin 2007 où, sortant de son cabinet boulevard Raspail à Paris en compagnie d’une amie vers 22 heures, il repère sur le trottoir d’en face un homme « casqué, ganté, qui se tient droit », qui avance dans sa direction, s’approcher à moins de deux mètres de lui, glisse sa main dans le sac qu’il porte en bandoulière « pour en sortir une arme à feu », selon les propres explications fournies par Karim Achoui lors du procès de ses agresseurs quelques années plus tard.

Karim Achoui tente de s’enfuir en courant, deux balles l’atteignent. La première lui perfore le poumon, l’autre traverse son bassin de part en part. Le médecin qui l’a examiné dira plus tard à la barre que sa survie « relève du miracle ».

Cinq années d’instruction ont passé et six hommes, aux casiers judiciaires pour la plupart très chargés, sont renvoyés devant la cour d’assises de Paris sous l’accusation de tentative de meurtre en bande organisée. Pour le juge et les enquêteurs chargés du dossier, la conclusion est formelle : l’ex-avocat a été victime d’un règlement de comptes du milieu.

Mis en cause nommément par l’ex-avocat et cité à la barre des témoins quelques jours plus tôt, le commissaire Stéphane Lapeyre avait donné à la cour sa propre explication à cette théorie du « complot policier ». « Je pense que Karim Achoui connaît les commanditaires de sa tentative d’assassinat, qu’il connaît la vérité et qu’il n’a pas intérêt à ce qu’elle apparaisse. La réalité, c’est qu’il s’agit d’un complot de voyous pour des raisons de voyous », avait-il déclaré. Selon le commissaire, l’insistance de Karim Achoui à mettre en cause la police serait un « message adressé aux commanditaires. Une manière de leur dire, ‘Je me tais, alors vous, ne recommencez pas’« .

Pour les musulmans, ce livre peut constituer un investissement rentable

Argumentant sur les procédures à suivre, Karim Achoui fournit les arguments juridiques et les réponses à 101 questions pratiques de la vie courante, à l’image « Ma mère porte un voile, peut-elle accompagner ma classe à une sortie scolaire ? » ou « Je m’appelle Richard, puis-je arabiser mon prénom ? », ou encore « je suis incarcéré en maison d’arrêt, puis-je demander un menu halal ? ». Réponse « Non » à la première question, mais « Oui » aux deux suivantes.

Au fil des 101 questions, nous avons aussi relevé « Puis-je porter une tenue traditionnelle en prison ? ». Ou encore « Puis-je me marier avec plusieurs femmes ? ». Sans oublier des chapitres où Karim Achoui s’engouffre dans des brèches juridiques, notamment au niveau enseignement. A la question « Elève au collège, puis-je m’absenter le jour de l’Aïd », l’auteur du livre répond « oui » en se référant aux circulaires d’application de la loi du 15 mars 2004.

A la question « Puis-je refuser que mes enfants se rendent à l’école républicaine, et leur dispenser des cours à mon domicile », la réponse est « oui, en respectant certaines conditions », Karim Achoui se référant à l’article 131-10 du code de l’éducation. On n’allait pas s’arrêter là. Si une lycéenne ou une collégienne est expulsée de son établissement scolaire « parce qu’elle portait un turban », Karim Achoui fournit, clé en main, la procédure à suivre pour les recours.

Droit du travail, de la famille, relations avec les employeurs sont décortiquées, via les 101 questions et les réponses s’appuyant sur les textes juridiques ou la jurisprudence. La question 60 devrait, par contre, interroger de nombreux élus de la République. Elle est formulée ainsi par Karim Achoui : « Peut-on demander la dissolution du Front National (FN) comme étant un parti raciste (droit administratif) ? ». Réponse du même Karim Achoui, après une interprétation très personnelle de la loi du 1 er juillet 1901 : « Oui ! Si on peut démontrer un objet illicite ou l’incitation à la haine raciale par exemple ».

Ultime précision : ce livre est co-écrit avec un universitaire parisien Samim Bolaky, qui enseigne l’histoire du droit à la faculté de droit de Paris, et qui exerce aussi comme avocat spécialisé en droit pénal.

Ce guide juridique pratique pour les seuls musulmans amène une question logique : quelle serait la réaction des médias nationaux si Gilbert Collard, avocat médiatique, qui a toujours plaidé dans des affaires de premier plan, publiait un guide juridique à l’usage des seuls catholiques ?

Francis GRUZELLE

Carte de Presse 55411

Livreachoui

Le dernier livre de l’ex avocat Karim Achoui et de Samim Bolaky, enseignant à la faculté de droit de Paris, se veut une bible pratiques pour les démarches de tous les jours des seuls musulmans.
Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.