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Kim Jong-Un n’est pas fou, il a juste la bombe atomique

Bombe A ou bombe H, voilà un débat vraiment stérile.

Compte tenu de la puissance du dernier essai nucléaire effectué par la Corée du Nord, il est clair que Pyongyang possède dorénavant une puissance de feu nucléaire 10 fois supérieure à la bombe d’Hiroshima, soit l’équivalent des missiles M51 qui équipent nos sous-marins nucléaires.

Que ce soit une bombe A à fission dopée, ou une bombe H à fusion nucléaire, le résultat est bien là : La Corée du Nord vient de rentrer dans le club de moins en moins fermé des puissances nucléaires.

Ce pays possède le vecteur et a la maîtrise de l’atome. Les jeux sont faits.

Pas besoin des mégatonnes de TNT d’une bombe H pour semer la terreur. Les 100 kilotonnes de la bombe testée ce week-end par le dictateur de Pyongyang suffisent largement.

Les Occidentaux sont une fois de plus mis devant le fait accompli.

Des années de négociations n’ont mené à rien.

Des années de sanctions n’ont mené à rien.

Kim Jong-Un est sans doute un illuminé imprévisible, mais il n’est ni fou ni stupide. Il sait parfaitement où il va.

Les Occidentaux se trompent lourdement en le traitant “d’homme irrationnel”.

Persuadé que seule l’arme nucléaire peut le protéger d’une agression extérieure et lui apporter le respect international ainsi que le prestige national auxquels ils aspire, il se moque totalement des réactions occidentales.

Il n’hésite d’ailleurs pas à traiter Obama de “singe” ou Trump de “psychopathe”.

Et il a beau jeu de dire que les 5 puissances nucléaires reconnues sont mal placées pour interdire aux autres pays d’assurer  leur sécurité et leur indépendance.

L’arme atomique est donc l’assurance-vie de la dernière dictature communiste de la planète. Pas question de réunification avec la Corée du Sud.

Pour Kim Jong-Un, si la Libye et l’Irak avaient possédé l’arme atomique, Kadhafi et Saddam Hussein n’auraient pas subi le triste sort qui fut le leur.

Alors que faire ? Pas grand-chose.

Le binôme “Merkron” veut davantage de sanctions. Mais à quoi bon ? Déjà privé de tout, le peuple nord-coréen est blindé contre les sanctions économiques.

La Chine pratique le double jeu. Elle ne veut pas de tensions à ses frontières et aimerait calmer son turbulent protégé, mais elle a surtout peur d’une réunification des 2 Corées à  sa porte, ce qui renforcerait la puissance des États-Unis en Asie.

Par conséquent, elle continue de fournir tout le pétrole dont Pyongyang a besoin et préconise toujours la solution diplomatique, qui n’a aucune chance d’aboutir.

Et que peut faire Trump  à part menacer Kim Jong-Un de frappes préventives, tout en tweettant que la Corée du Nord est un “État voyou” ?

Pas si simple.

Certes, l’Amérique ne craint pas la Corée du Nord pour sa propre sécurité. Chacun sait qu’en quelques minutes ce pays serait rayé de la carte sous le feu nucléaire des bombardiers furtifs et des sous-marins américains.

Mais la crainte est pour la Corée du Sud, qui subirait de terribles représailles en cas de frappes préventives sur les sites nucléaires nord-coréens. Séoul est à 60 km de la frontière qui sépare les 2 Corées.

Steve Bannon, malheureusement écarté de la Maison-Blanche, disait tout haut ce que tout le monde pense tout bas :

“Jusqu’à ce que quelqu’un me démontre que 10 millions de gens ne seront pas tués à Séoul dans les 30 premières minutes par des armes conventionnelles, je ne sais pas de quoi on parle. Ils nous tiennent.”

Que fera Trump ? Mystère, mais il est plus censé qu’on ne le dit.

Il a promis “le feu et la fureur”, mais il y a fort à parier qu’il va se contenter de renforcer la présence américaine en Corée du Sud, sans prendre le risque de détruire les cibles nucléaires nord-coréennes et d’embraser la région.

De son côté, Kim Jong-Un n’est pas fou. Il veut assurer la pérennité de son régime, il ne veut pas le détruire sous un déluge de feu américain. Il ne franchira donc pas une ligne rouge que personne n’a intérêt à franchir.

En possession de l’arme atomique, la dissuasion sera son assurance-vie.

Et c’est “l’équilibre de la terreur” qui fera maintenir la paix, comme c’est le cas depuis 1945 entre les États-Unis et la Russie, ou plus récemment, entre l’Inde et le Pakistan.

Jacques Guillemain